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VLAD TEPES III L’EMPALEUR : Incarnation du mal pour certains, incarnation du héros pour d’autres.

Du latin Trans-silvam « au-delà de la forêt », la Transylvanie est une région du centre de la Roumanie qui jusqu’en 1918, faisait partie de l’Autriche-Hongrie. Elle est limitée au sud par les Alpes de Transylvanie, à l’est par les Carpates orientales et à l’ouest par le massif de Bihor. Elle couvre donc une superficie de 62160km². Sa notoriété vient de l’écrivain Bram Stocker pour son roman Dracula. Inspiré d’un personnage tyrannique, Stocker le transforme en séduisant vampire aristocrate capable de se transformer en chauve-souris. Sans le savoir, il vient de créer le modèle de vampire pour les siècles à venir. Mais qu’en est-il du personnage historique ?

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Né aux alentours de 1431 à Sighisoara (cité gothique de l’actuelle Roumanie) et issu de la dynastie des Basarab, Voïvode Vlad III est le fils du futur prince de Valachie, Vlad II. Ce dernier avait rejoint l’Ordre du Dragon (crée en 1387 par Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie et futur Saint-Empereur romain) qui est une société chevaleresque luttant contre l’expansion Ottomane en Europe. Cette désignation a valu à Vlad II, un nouveau nom de famille : Dracul. Le nom vient du vieux mot roumain pour dragon, drac. Son fils Vlad III, sera plus tard connu comme le « fils de Dracul » ou, en vieux roumain, Drăculea, d'où Dracula. En roumain moderne, le mot drac fait référence à une autre créature redoutée, le diable. C’est ainsi que Vlad II Basarab sera le premier à s’appeler Vlad II Dracul. Dans sa famille, Vlad III avait deux frères, l’aîné du nom de Mircea et son frère cadet Radu.

La Valachie est à l’époque un petit territoire situé entre deux puissants empires en guerres : les Ottomans à l’est et l’Autriche-Hongrie des Hasbourgh à l’Ouest. En 1437, Vlad II accède au trône de Valachie, celui qui était tant convoité par les pays voisins. En 1442, les Ottomans ainsi que le sultan Murad II, convoquèrent une réunion diplomatique et invitèrent Vlad II Dracul pour négocier un traité de paix. Mais à peine arrivé, le sultan Murad II le fait prisonnier. Il le libère quelques temps après sous certaines conditions : envoyer ses plus jeunes enfants (Vlad III et Radu) auprès de la cour. À cette époque, la tradition voulait que l’on demande des enfants ou des nobles otages à la cour ottomane des rois ou princes des pays soumis, afin de les maintenir dans la voie de l’obéissance de l’alliance des ottomans ; mais également pour parfaire leur éducation comme des futurs princes ottomans. Ce sont des janissaires, autrement dit une forme d’élite. C’est ainsi que les deux frères ont été instruits dans les sciences, la philosophie et les arts. Vlad est également devenu un cavalier et un guerrier qualifié. Malgré ce nouveau mode de vie, sa jeunesse en tant qu’otage reste pour le moins turbulente puisqu’il assiste aux exécutions et aux cruautés qu’inflige l’empire ottoman face à l’ennemi. Étant dans une société d’hommes, l’homosexualité et la pédophilie étaient répandues. Il est dit que Radu aurait été le mignon du Sultan et Vlad aurait subi des attouchements.

En 1447, Vlad apprend une nouvelle venue de Valachie. Son père, qui continuait de se battre pour garder sa place de voïvode, a été renversé par un clan ennemi, les boyards avec à sa tête Vladislav II. Il a été décapité et son frère Mircea qui était resté avec son père, fut aveuglé et enterré vivant. La vie de Vlad III était donc dès son plus jeune âge, remplie de chagrin, de mort et de douleur. Dans cette même année, Jean Hunyadi (militaire et homme politique transylvain) se proclame « voïvode des régions transalpines » ce qui lui permet de faire élire au trône, Vladislav II. La famille Draculea perd donc tout pouvoir.


Un an plus tard, Vlad est libéré par le Sultan Murad II. Ils concluent ensemble un pacte : les ottomans offrent des moyens militaires et financier pour s’installer sur le trône de Valachie en échange de quoi, Vlad s’engage à y mener une politique pro-ottomane. À sa

libération, Vlad ne pensait qu’à une seule chose, se venger de la mort de son père et de son frère. Sa première tentative pour la récupération du trône s'est appuyée sur le soutien militaire des gouverneurs ottomans des villes le long du Danube, dans le nord de la Bulgarie. Il a également profité du fait que Vladislav II était absent à l'époque, étant allé dans les Balkans pour combattre les Ottomans pour le gouverneur de la Hongrie à l'époque, Hunyadi. Il est immédiatement proclamé prince. Mais son mandat de souverain de Valachie a été de courte durée puisque de retour au pays, Vladislav II repris son droit sur le trône (étant devenu « officiellement » le prince de Valachie) avec l’aide de Hunyadi et du renforcement de ses troupes. Vlad est contraint de s’exiler en Moldavie durant huit longues années. Entre temps, il se lie d’amitié avec des représentants, notamment le futur Etienne III de Moldavie. Avec la chute de Constantinople en 1453, les derniers territoires se situant entre ces deux empires constituent un dernier rempart de la Chrétienté (catholique et orthodoxe) contre les Musulmans.

La grande bataille pour reconquérir le trône débute alors en 1456. Âgé seulement de vingt-cinq ans, Vlad possède un soutient puissant grâce à ses relations qu’il a acquises et une grande armée endurcie, prête à faire tomber Vladislav II. Et ce sort lui sera favorable puisqu’il récupère à nouveau le trône sous les acclamations des valaques. À vingt-cinq ans, il obtient vengeance et devient ainsi un héros national. Mais c’est également en homme rompu aux épreuves et aux combats qu’il entamera un règne plongé dans la tyrannie. Ce qui lui valut cette notoriété qu’on lui connaît aujourd’hui.


Vlad Dracula L’empaleur.


Très vite, il se révèle un redoutable stratège et ne laisse aucune place à l’émotivité. En tant que prince de son pays, il se préoccupe du bien-être de ses sujets, mais également de ses finances. Il souhaite donc faire régner l’ordre et la discipline. Tout acte de vol, de mensonges et autres est sévèrement punis. Confiant dans l’efficacité de sa loi, il décide de mettre sur la place centrale de Targoviste, une coupe en or afin d’aider les voyageurs assoiffés. Durant son règne, la tasse est restée intacte et n’a jamais été volée, par peur des répercussions. Le crime et la corruption commencèrent à cesser et le commerce et la culture ont prospéré. Il n’hésita pas à empaler ses propres soldats qui revenaient du combat avec une blessure dans le dos et non sur le thorax car selon lui, on ne peut faire confiance à quelqu’un qui tourne le dos à l’ennemi. Mais son véritable coup de force est sa résistance face aux exigences de l’empire ottoman, qui rappelons-le est, à cette époque, une grande puissance conquérante. Il fallait choisir entre soumission ou lutte. Conscient que la menace de la disparition de son pays était inévitable, Vlad choisit de se battre. Sa résistance face à l’imposante puissance ottomane est notamment due à son règne tyrannique où la dévotion pour son pays était primordiale. Très vite, les peuples voisins comme les saxons, commencèrent à s’inquiéter de la montée de ce jeune prince aussi contesté que craint.


Mais l’époque est au grand bouleversement politique avec le décès de Murad II du côté Ottoman et la relève de son fils Mehmet II qui a pour objectif la conquête de Constantinople, la capitale du monde. Les Coures Européennes craignaient chaque fois que le sultan préparait une nouvelle campagne militaire puisqu’il occupe déjà trois continents et ne cesse d’acquérir d’autres régions. Durant les six années de règne de Dracula, le sort de la région dépendra de trois hommes importants : Matthias Corvin, âgé seulement de quinze ans et roi de Hongrie, qui est catholique, Vlad âgé d’environ vingt-sept ans, qui est orthodoxe et Mehmet II, vingt-six ans et musulman. Vlad et Matthias Corvin deviennent alliés et commencent ainsi à remporter des victoires. Mais l’objectif de Corvin est de récupérer à Frederic III la sainte couronne de Hongrie en reconnaissance pour son peuple d’avoir été élu. Son regard est donc porté vers l’ouest de l’Europe. En revanche, Vlad est confronté à la demande ottomane de tribut qu’il refuse de payer et préfère prendre les armes. Il excelle dans les attaques comme combattre par surprise de nuit, esquiver des attaques ennemies, prendre par embuscades…autrement dit, une guerre psychologique : effrayer l’ennemie pour mieux vaincre. Pendant un peu plus de deux années, l’alliance entre Vlad et Matthias permet la victoire sur de nombreuses batailles. Mais Matthias Corvin souhaite avec cette dernière victoire, établir une trêve avec les ottomans. Dracula est sur une ligne plus offensive. Une certaine tension commence à naître entre ces deux alliés.


Le dimanche de Pâques 1457, Vlad organise un grand banquet en invitant les nobles boyards. Cet épisode aura joué un rôle déterminant sur la légende de Dracula. On raconte qu’il empala cinq cents boyards âgés (le chiffre aurait été amplifié par rapport à la réalité) dont les principaux chefs de familles boyards qui étaient responsables de l’exécution de son père et de son frère et força les plus jeunes boyards (hommes et femmes) à marcher de la capitale jusqu’à la ville de Poenari. Une marche de cinquante Miles sans autorisation de s’arrêter pour se reposer. Arrivés sur place, ils devaient construire une forteresse, placée sur les ruines d’un ancien avant-poste surplombant la rivière Arges, qui était également un point stratégique. Elle servait d’urgence en cas d’attaque ennemi. Sa construction connut beaucoup de pertes boyards qui étaient par conséquent, transformés en esclaves. Aujourd’hui, elle est connue comme étant la citadelle (ou château) de Poenari.


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Un des faits historiques qui se révéla véridique est que Vlad Tepes pratiquait bien le supplice du pal, autrement dit l’empalement publique. D’où son autre surnom : Vlad l’Empaleur. Contrairement à la légende, il n’a jamais été un assassin compulsif, mais plutôt un homme de son temps puisque les tortures et supplices étaient largement pratiqués à l’époque médiévale en Occident comme en Orient (la roue de torture, l’éviscération, le démembrements etc). L’imagination de l’homme est sans limite lorsqu’il s’agit de faire torturer quelqu’un. Le supplice de l’empalement est néanmoins d’une très grande brutalité puisque le pal est une branche ou un tronc écorcé d’une longueur d’un mètre soixante à trois mètres. Le supplicié est maintenu au sol par des hommes ou des cordes puis, le pal est introduit dans le fondement pour les hommes ou le vagin pour les femmes en évitant les organes vitaux. Il est ensuite poussé pour le faire ressortir par la bouche, le thorax ou le dos. Ainsi l’empalé pouvait survivre quelques heures ou quelques jours dans d’atroces souffrances. L’utilisation du pal avait de nombreux buts : d’une part psychologique pour effrayer les sujets afin d’empêcher une quelconque trahison, mais également terroriser les adversaires politiques. Pour les modernes que nous sommes aujourd’hui, cet acte est d’une cruauté inconcevable, mais il ne faut pas oublier qu’elle fait malheureusement partie de l’esprit de l’époque.


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Fin 1461, Dracula va lancer une campagne de terreur contre les ottomans sur le Danube. L’empalement aura joué un très grand rôle. Tout commence lorsque Mehmet II envoie deux émissaires à Vlad venus réclamer un grand tribut. Ils s’agenouillent face au souverain, mais refusent d’ôter leur turban en prétextant qu’il est dans leur coutume de le garder. Offensé de ne pas respecter les mœurs et usages du pays, Vlad décide de clouer leur turban sur leur tête afin de « renforcer cet attachement » pour leur coutume. Les quarante hommes qui composaient la suite émissaire, sont quant à eux empalés. Sa cruauté ne s’arrête pas. En plein hiver 1461-1462, il décide de traverser avec ses hommes le Danube gelé et effectue un Raid dévastateur sur plusieurs kilomètres.

Le but ? Pénétrer dans la citadelle de ces villes où étaient entreposés les garnisons et l’artillerie. Suite à cela, il écrit une lettre à Matthias Corvin (qui circule en Europe) en lui détaillant les villages détruits, le nombre de victimes… et c’est ainsi qu’il rompt la paix fragile qui s’était installé entre la Hongrie (et ses alliés) et les ottomans. Vlad appela Matthias Corvin à intervenir avec ses troupes, mais ce dernier, étant préoccupé par la récupération de la couronne, refusa de partir sur un nouveau front. Vlad se retrouvant sans alliés pour l’aider, doit donc faire face à l’impressionnante armée ottomane que Mehmet II a fait dresser pour lui faire payer son audace. Mais les rumeurs circulent et personne ne sait par quel chemin Mehmet II passera. Vlad va alors se lancer dans une attaque unique : tuer le sultan en personne.


Dans la nuit du 17 au 18 juin 1462, il s’introduit dans le camp adverse, afin d’exécuter le sultan mais ce dernier ne s’y trouvant pas, il dut repartir ce qui entraîna une panique au sein des troupes ottomanes. Durant plusieurs semaines, les ottomans continuent leurs campagnes sur la Valachie et s’avancent jusqu’à Targoviste. D’après la légende, le corps de vingt-cinq mille officiers turcs tués par Vlad lors du raid sur le Danube sont dressés sur des pals à leur arrivée. Cette scène sera surnommée la forêt des pals. Il est dit que des oiseaux avait également nichés dans les cages thoraciques. En voyant cette image, Mehmet II décide d’arrêter la campagne afin de réfléchir à une autre stratégie. Pour l’armée Valaque et Vlad, c’est une victoire d’avoir à nouveau résisté à l’envahisseur.

En ayant résisté à Mehmet II, Vlad va devoir faire face à la révolte interne de son propre frère Radu qui à ce moment-là, a été choisi par le sultan. Ce dernier souhaite ramener la Valachie dans le giron de l’empire ottoman. Vlad est alors âgé de trente-deux ans et Radu vingt-quatre ans. Harcelé par l’armée de Radu, Vlad et sa troupe de cavaliers trouvent refuge sur la forteresse de Poenari. Il se tourne alors vers son allié Matthias Corvin dans l’espoir d’obtenir un soutien militaire. Ce dernier va écrire une lettre à Pie II afin d’obtenir une avance d’argent pour partir en croisade et aider Vlad. Mais au lieu de l’aider, Corvin va l’abandonner et détournera l’argent puisqu’il part racheter sa couronne auprès de Frédérique III. Vlad est contraint de fuir et en 1462, poursuivit par l’armée ottomane et les troupes de Radu, il se réfugie dans une chapelle creusée dans la montagne à l’abri des regards et protégé par les moines orthodoxes. (cetateni, chapelle troglodyte).


Radu Le Beau accède officiellement au trône de la Valachie le 25 juin 1462. Résigné à l’exil, Vlad rejoint le royaume de Hongrie afin de retrouver Matthias Corvin, mais à mi-chemin, il devient à son tour prisonnier par Corvin. Sans royaume ni armée, l’alliance est rompue pour ce dernier qui ne voit en Vlad qu’une simple gêne. Sa détention va durer douze années. Tandis qu’il est retenu dans diverses prisons, des histoires à son sujet résonnent dans toute l’Europe. Avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, Corvin va imprimer plusieurs pamphlets à l’encontre de Vlad afin de se dédouaner de sa collecte d’argent pour l’achat de sa couronne. Le but est de faire passer, aux yeux du monde et de la chrétienté, Vlad comme étant un fou inspiré par le diable et de faire de lui un traître. Et ces pamphlets marcheront, car pendant des siècles, Dracula sera vu comme tel.

Après douze années d’emprisonnement, Matthias Corvin lui rend sa liberté mais également le réinvesti dans les charges de postulants au trône de Valachie et redevient chef de guerre contre les ottomans. On lui fournit une armée, de l’argent et on le voit mener une campagne en Transylvanie. Pourquoi un tel retournement de situation ? Sa libération a été possible, car il s’est converti au catholicisme. En se reconvertissant, il pouvait retrouver sa liberté et son rang. Il peut à nouveau exceller dans son rôle de chef de guerre et redevient même prince de Valachie en 1476 à l’âge de quarante-sept ans. Son règne sera de courte durée puisque Mehmet II prépare depuis quelque temps, une offensive d’envergure. Au printemps de la même année, il passe à l’action en envahissant la Moldavie. Encore une fois, Dracula doit faire face, seul, à cet envahisseur, Corvin ne répondant pas à l’acte de guerre, car trop occupé sur d’autres fronts et est en plein préparatif de mariage avec Béatrice d’Aragon. La bataille du côté de Vlad est mal préparée par manque de temps, mais un événement inattendu l’aidera puisque la peste et la faim frapperont l’armée ottomane. Non seulement elles interrompent la progression des turcs, mais également leur fait rebrousser chemin. Vlad en profite pour mener la contre- offensive. Mais cette victoire marque pour lui le début de la fin.


La chute d’un Tyran.


C’est dans la forêt de Vlasia que Dracula va connaître sa fin. Encore là, la légende et la véritable histoire s’entremêlent. Il existe deux versions : la version la plus probable serait que vers noël 1476, les ottomans sont revenus faire une attaque surprise et Vlad Dracula a été anéanti (pas assez d’hommes ni assez de force pour se défendre). Son corps dit-on est décapité et sa tête envoyée au sultan. L’autre version raconte que Dracula a repoussé les armées turques. Pour mieux contempler son œuvre, il serait monté sur une petite colline, mais un de ses hommes le prenant pour un turc, l’aurait mortellement frappé d’un coup de lance. Des études récentes ont montré que son prétendu tombeau au monastère de Snagov contenait que des ossements de chevaux datant du Néolithique. Certains pensent qu’il serait enterré en Italie. À ce jour, nul ne peut encore affirmer avec certitude la localisation de son corps.


La vie de Vlad Dracula a donc été remplie de combats et de tueries, ayant été pris entre deux mondes hostiles dès sa plus tendre enfance. Il a réussi à résister le plus possible à l’envahisseur Ottoman, et protéger ainsi son pays. La légende de Dracula provient de ses nombreux détraqueurs qui ont tout fait pour nuire à son image de fou sanguinaire. C’est donc à quarante-sept ans, que la vie de Vlad Tepes III s’achève, mais que son mythe commence.

Roxanne