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Trouble dissociatif de l'identité

Dernière mise à jour : 26 mars 2020

Le trouble dissociatif de l’identité, aussi appelé « trouble de la personnalité multiple » ou « TDI » est une maladie psychique complexe de par ses différents aspects. Nombreux la décrivent comme étant une sorte « d’étalement du moi » causé entre autres par un profond traumatisme qui remonterait jusqu'à l’enfance. Comme une carapace ou encore un bouclier, le trouble dissociatif de l’identité correspond, comme son nom l’indique, à un individu possédant une multitude (à savoir deux ou plus) de personnalités distinctes. On parle ainsi d’une personnalité décrite comme étant « l’hôte » et ayant des « personnalités secondaires ». Cela peut à première vue paraître effrayant mais force est de constater que notre monde est peuplé d’individus pluriels, à la fois homme, femme ou encore enfant. La beauté du trouble vient de cette pluralité de personnalités. Ce qu’il est intéressant de souligner c’est que lorsque l'une des personnalités est atteinte de vertige, une autre peut être passionnée par l'escalade, la peur ne s'applique donc pas à cette deuxième personnalité. L’une de ces personnalités peut être âgée de quatre ans tandis qu’une autre de soixante-dix ans. L’une est capable de jouer du Beethoven au piano à la perfection alors qu’une autre serait atteinte d’arthrose



Décrits comme mystiques, fous, ou simplement incroyables, découvrons ensemble l’histoire de ces personnes atteintes de TDI afin de mieux cerner le mystère autour de ce trouble.


1- L’origine du TDI : le cas de Louis Vivet

Commençons donc avec un peu d’histoire. L’origine de ce trouble, ou plutôt l’une des premières personnes reconnues comme étant atteinte de ce trouble, était un français du nom de Louis Vivet. Né à Paris en 1863, l’enfance de Louis fut assez problématique. Profondément perturbé par l’absence de son père et marqué par les sévices physiques et psychologiques que lui faisait endurer sa mère (prostituée de profession), Louis présente des signes de troubles mentaux graves, et ce dès l'enfance. Atteint d’hystérie et de paralysie temporelle, il débutait ainsi ses séjours en asile psychiatrique. Louis, dans l’ensemble des asiles où il était admis, était décrit comme étant un patient problématique et parfois même gênant. Il se battait et fuguait sans cesse. Ce n’est d'ailleurs qu’en 1888 que le terme de « personnalité multiples » fut créé afin d’expliquer son cas. En tout, les spécialistes estimaient que le jeune homme ne possédait pas moins de dix personnalités distinctes. La maladie portait désormais un nom. Mais à l’époque, il n’existait pas de consensus autour du cas de Louis Vivet, notamment à cause des témoignages de spécialistes ayant étudié son cas, qui avaient des avis divergents, en passant de l’explication du trouble à un impressionnant talent d’acting.


Nous connaissons désormais l’origine du trouble. Et même si, à l’époque, cette maladie psychique était très controversée, elle l’est beaucoup moins aujourd’hui. Malheureusement, et comme pour toutes maladies psychiques, certains individus en jouent notamment lors de procès afin de se faire déclarer instables et donc irresponsables quant à leurs crimes. Ces abus, très nombreux aux États-Unis, sont problématiques et rendent moins légitime la maladie car il est de plus en plus difficile de différencier un vrai malade d’un faux. Néanmoins il existe tout de même quelques cas connus de TDI assez impressionnants qui illustrent parfaitement des tenants et les aboutissants du trouble.


2- L’homme aux 24 personnalités

Nous allons dans un premier temps nous intéresser aux cas de Billy Milligan, l’un des cas les plus connus de TDI. Pour ce faire, nous conterons l’histoire de manière chronologique afin de mieux comprendre pourquoi le cas de Milligan est aujourd’hui décrit comme étant de « cas de TDI le plus complexe de l’histoire. » Billy, de son véritable nom William Stanley Milligan, nait le 14 février 1955 en Floride. Ses parents, Johny Morrison et Dorothy Milligan se séparent peu de temps après sa naissance. Son père étant alcoolique fît plusieurs séjours en asile psychiatrique, il se suicida en 1959. C’est à partir de ce décès tragique que commencent à apparaître certaines personnalités de Billy. La première se nomma Christene, c’était une petite fille âgée de trois ans et atteinte de dyslexie. La seconde était Shawn, un enfant sourd alors âgé de quatre ans. D’après les écrits datant de l’époque, ces personnalités ne se manifestaient que dans certaines situations qui contrariaient profondément Billy, comme par exemple lorsque sa mère le réprimandait.



La mère de Billy, Dorothy, décide ensuite de déménager dans son état de naissance à savoir L’Ohio dans lequel elle se remariera à plusieurs reprises. Mais l’horreur commence avec l’un de ses maris, un certain « Chalmer » qui commencera en 1963 à abuser physiquement de Billy. C’est sous les abus sexuels et les coups qu’une nouvelle personnalité voit le jour : Danny, un adolescent de quatorze ans, passionné de peinture. Le profond traumatisme causé par Chalmer provoquera chez Danny deux importantes phobies : la personnalité était terrifiée par les hommes et par la société, plus généralement. Danny ne peignait que des natures mortes. Cela correspondait à une journée ignoble durant laquelle Chalmer aurait forcé Billy à creuser un trou en lui répétant qu’il creusait sa tombe, il l’aurait alors enterré vivant.


A l'âge de quinze ans, Billy fait un séjour en clinique psychiatrique où une « névrose hystérique avec aspects agressifs » lui sera diagnostiquée. Profondément traumatisé par son vécu, Billy tentera à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours, en vain. Et pour cause : Billy était sous la protection de ses autres personnalités. Et au fil des années, d’autres personnalités naissaient. Elles seront ensuite comptées au nombre de 24. Possédant ainsi pas moins d’une vingtaine de personnalités, il est intéressant de souligner que celles-ci interagissaient énormément entre elles. L’exemple d’interactions le plus marquantes correspondaient à cinq règles que s’étaient fixées les personnalités afin de mieux « cohabiter » :

• Il était interdit de mentir ;

• Toutes activités sexuelles étaient prohibées, la chasteté était de mise ;

• En cas de problèmes, elles se devaient de protéger les femmes et les enfants d’abord ;

• Elles se devaient d’être sans cesse actives intellectuellement parlant ;

• Il était formellement interdit de voler les affaires des autres personnalités.


Tout au long de sa vie, Billy cumulera les ennuis avec la justice. Les problèmes judiciaires commenceront à ses dix-sept ans, lorsqu’il sera reconnu coupable d’agression, de séquestration et de viol envers deux prostituées. Il cumulera ensuite les délits jusqu’à un point de non-retour en 1977 lorsqu’il kidnappe et viole trois adolescentes. Cette histoire ne vous semble pas familière ? Réfléchissez quelques instants... Au cinéma peut être ?


Vous l’aurez peut-être compris, l’histoire de Billy Milligan fut l’inspiration première de Daniel Keyes et Night Shyamalan lors de la production et de la réalisation du film « Split » sorti en 2016. Daniel Keyes aurait d’ailleurs déclaré « Toutes les scènes et les dialogues sont reconstruits à partir de souvenirs de Milligan ».



Le cas de Billy Milligan n’est pas un cas isolé, bien autre contraire. Plusieurs histoires et individus sont atteint du même trouble. Dans un autre registre, beaucoup plus poétique, plongeons maintenant au cœur de la vie de Kim Noble, une artiste aux multiples facettes.


3- Kim Noble : l’artiste aux treize styles différents



Au même titre que Milligan, Kim Noble, âgée aujourd’hui de cinquante-neuf ans, est une auteure, mère et artiste originaire du Royaume-Unis. Elle souffre elle aussi de TDI qu’elle explique avec ses mots par « C’est quand d’autres personnalités prennent possession de notre corps. » Malgré ce trouble, Kim et ses personnalités ont une magnifique manière de vivre et de revendiquer ce trouble : elles passent par l’art. Kim est, en effet, reconnue dans le monde de l’art et pour cause : qui peut se vanter d’avoir une dizaine de styles différents ? Sans officielle formation artistique, Kim et ses personnalités auraient développé leurs style grâce à un thérapeute artistique. Aujourd’hui, elles racontent leurs histoires à travers une multitude de tableaux, tous différents mais tous riches en significations et histoires. Parfois tristes voire même sadiques, elles méritent toutes d’être racontées.


On remarque donc à travers ces exemples que le trouble dissociatif de l’identité est bel et bien réel. Force est de constater qu’il n’est pas vécu de la même façon selon les individus et qu’il n’y a pas de consensus sur les personnes en étant atteintes. Par exemple, tous les individus qui en souffrent ne sont pas aussi dangereux que Milligan et notre charmante Kim Noble en est le parfait exemple. Comme toute maladie psychique, elle est vécue de façon différente suivant les individus.


Même si, aujourd’hui, les recherches sur le sujet sont multiples, il existe tout de même un part d’ombre concernant le TDI. Même si, d’un point de vue scientifique, le phénomène semble être plutôt limpide, il existe un courant de pensée, un peu plus mystique, soutenant la thèse d’une possible possession et si l’on se penche un peu sur le sujet, ces suppositions, aussi grotesques puissent-elles paraîtres pour les plus cartésiens d’entre nous, ne sont pas si infondées que ça. En effet, comment expliquer scientifiquement parlant les différences de maladie entre les personnalités ? Les différences de phobie ? Les différences de force aussi ? Personne n’est en mesure de répondre clairement à toutes ces questions et c’est cette part de mystère qui rend le syndrome de personnalité multiple encore plus beau et intéressant.


Ju_lie