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The Haunting of Hill House ou la maison qui se nourrit de ses habitants.

The Haunting of Hill House, une série qui fait froid dans le dos. Mais d’où les scénaristes ont-ils bien pu tirer leur inspiration pour avoir un rendu aussi effrayant ?


Attention : cet article contient des spoilers à propos de la série Netflix.


En 1992, Hugh et Olivia Crain ainsi que leurs cinq enfants viennent de s’installer dans leur nouvelle maison, ils souhaitent la rénover afin de la revendre rapidement. Il s’agit plutôt d’un manoir au vu des dimensions immenses de la demeure. Les enfants, pour la plupart très jeunes, ne se rendent pas compte qu’ils commencent à vivre des événements de plus en plus étranges. Jusqu’au soir où leur mère, qui subit ces phénomènes paranormaux plus que le reste de sa famille, n’arrive plus à surmonter tout cela. Le père, voyant que sa femme devient un danger pour la famille, emmène ses cinq enfants au milieu de la nuit pour s’échapper de la maison. Ils n’y retourneront jamais. Hugh dira aux policiers lors de sa déposition qu’Olivia s’est suicidée puisque la situation est beaucoup trop complexe pour que qui que ce soit ne le croit. Comment expliquer que sa femme ait été possédée par les démons de la maison ? Olivia sera enterrée quelques jours plus tard. Hugh insiste fermement sur le fait que la Hill House ne doit pas être revendue, qu’elle doit être condamnée et que quelqu’un vérifie tous les jours qu’il n’y ait personne à l’intérieur.


En 2018, les enfants se posent des questions et Hugh n’entretient plus une très bonne relation avec eux. Certains de ses enfants pensent que leur mère s’est suicidée et que leur père n’a rien fait pour empêcher cela. Mais, la petite famille commence à se rendre compte qu’ils continuent à être hantés par cette maison et plus particulièrement par ce qui y vit. En effet, même s’ils n’y vivent plus, les apparitions de la « femme au cou tordu » se font de plus en plus pressantes. Chaque enfant voit surgir ces démons qui les poussent à revenir à la Hill House. De vieux démons qui les poussent parfois au pire.


Mike Flanagan, le réalisateur de la série, s’est inspiré du livre publié en 1959 « Maison Hantée » de Shirley Jackson ; considéré par Stephen King comme l'un des romans fantastiques le plus populaire du XXème siècle. Il existe déjà deux films reprenant ce livre : « La Maison Du Diable » (1963) et « Hantise » (1999). Ce qui fait le succès du roman de Shirley Jackson, c’est son inspiration tirée du livre : « An Adventure » (1901) de Charlotte-Anne Moberly et Anne Frances Jourdain : deux anglaises qui racontent comment elles ont rencontré des fantômes de la Renaissance dans le Petit-Trianon du Château de Versailles. Il reste une part de mystère puisque l’écrivaine de « Maison Hantée » s’est aussi basée sur des travaux personnels, disponibles dans l’ouvrage : « Shirley Jackson : A Rather Haunted Life » (2016). Bien que ne croyant pas aux manifestations paranormales, l’écrivaine a tout de même accumulé une bibliothèque personnelle concernant tous ces phénomènes. Voici ceux dont elle s’est inspirée pour écrire « Maison Hantée ».


La première inspiration est celle de la « Maison Winchester » située à San-José en Californie. L’inspiration est surtout d’un point de vue esthétique. Mais si vous souhaitez connaître l’histoire décadente de cette maison, un article est déjà disponible sur le site.


On peut constater quelques similitudes esthétiques entre la Hill House et la maison Winchester : un nombre de fenêtres importantes avec une hauteur de façade similaire.


L’écrivaine ne s’est pas arrêtée là puisqu’elle a aussi ajouté le célèbre Château du Neuschwanstein dans son œuvre. Situé en Allemagne, le Roi Louis II de Bavière fait construire ce château au milieu du XIXème siècle, sur les ruines de deux autres châteaux. C’est à partir de ce moment là que les rumeurs selon lesquelles les militaires ayant vécu ici au XVIIème siècle continuent de gémir en errant dans le château suite à leur mort violente apparaissent.


Shirley Jackson s’est également inspirée de la maison Everett aux Etats-Unis, où la première femme de monsieur Everett, continuerait de hanter les lieux, habillée de blanc.


Il s’agit des inspirations qui ont permis l’écriture du livre de Shirley Jackson. La série Netflix s’en est, certes, inspirée mais furtivement. On peut quand même se rendre compte que beaucoup de fantômes se cachent dans les plans. Des fantômes qui n’interagissent pas forcément avec la famille.


On remarque vite que chaque épisode est axé sur un personnage, ce qui permet d’exacerber leur démon intérieur. En allant dans leur passé et en revenant dans leur futur, on se rend compte que certains actes anodins arrivés pendant leur enfance ont eu certaines répercussions sur leur comportement une fois adulte. Aucun des enfants ne s’en est sortis indemne finalement. S’agit-il de vrais démons, fantômes, ou n’est-ce qu’une représentation du traumatisme qu’ils ont subi jeunes ?


Pour les scénaristes, la Hill House est bien hantée mais les fantômes ne sont que les outils de la maison. Une maison qui se nourrit de l’énergie de ses habitants. Une maison malade qui digère ses habitants subtilement grâce à la Red Room qui n’est autre que l’estomac de la demeure, prenant ainsi possession de ses habitants et les obligeant à se tuer. Comme on le voit dans le dernier épisode de la saison une.


Finalement, il s’agit avant tout d’une œuvre concernant la psychologie et les liens intra-familiaux. On ne peut pas nier l’existence des entités qui sont présentes dans la maison mais les fantômes créés de toute pièce par les réalisateurs reflètent certains troublent. Cependant, les noms des personnages du livre de Shirley Jackson ont bien été repris dans la série, ainsi que le concept de la maison « vivante ».


C’est donc un savant mélange entre l’œuvre originale et l’interprétation des réalisateurs qui permet de donner naissance à une série de qualité. Mais, malheureusement (où plutôt heureusement), il n’y a jamais eu de famille Crain ni de Hill House dans la réalité.


Eloïse