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Stonehenge : terre de mystères et de spéculations

Au cœur de l'Angleterre rurale se dresse un tableau millénaire. Des pierres s'empilent, se chevauchent et se dessinent au milieu de vertes étendues. Ce spectacle, qui s'offre aux touristes venus des quatre coins du monde, est celui du monument néolithique le plus célèbre : Stonehenge.


Si par aventure vous empruntiez l'autoroute A303 près d'Amesbury au Royaume-Uni, n'oubliez pas de regarder par la fenêtre. Vous pourrez apercevoir l’impressionnant Stonehenge. Évidemment, pour apprécier la magie du lieu, il vous faudra vous arrêter. En prenant votre temps et en observant chaque pierre attentivement, vous pourrez comprendre la fascination collective pour ce lieu, si ce n'est pas déjà le cas.


Aujourd'hui, le monument a perdu de sa splendeur. Il n'en reste presque plus rien, épuisé par les millénaires qu'il a traversé. Le meilleur moment pour observer ces pierres reste toujours le solstice d'été. Tout les ans, des touristes et des locaux peuvent rentrer dans le cercle de pierres pour observer le soleil se lever. La poésie et l'histoire du lieu se conjuguent pour laisser place à un spectacle que nos ancêtres ont mis en place.


Le solstice d'été à Stonehenge © GEOFF CADDICK / AFP

Stonehenge est un lieu qui restera toujours une énigme. Il a été construit il y a si longtemps qu'aucune trace écrite de sa construction n'est disponible. Ces pierres étaient déjà fièrement dressées quand les égyptiens ont commencé la pyramide de Gizeh. Imaginez-vous bien, nous n'avions même pas créé la roue quand l'édifice était à ses premières phases de construction. Mais ces trois faits ne sont pas les plus fascinants de l'histoire de ce lieu. Plongeons nous dans l'histoire de Stonehenge, terre de mystères et de spéculations.


La première ''vraie'' étape de construction de Stonehenge arrive en -3000. Le début d'un cromlech, un monument constitué de monolithes verticaux, se dresse. On trouve des traces de construction antérieures mais sans preuve d'un lien avec le monument aujourd’hui célèbre. Stonehenge n'a pas non plus été l'affaire d'une génération ambitieuse. Ériger toutes les pierres a dû prendre plus de huit-cent ans. Vers -2500, Stonehenge est complet. Le cercle de pierre final est dressé.


Au lieu de tenter de relater l'arrivée chronologique de tous ces blocs de pierre et les aménagements successifs, essayons plutôt de décortiquer le monument dans ce que l'on pense être sa version finale.


Plan du site vers -2000 © Place Hecataei Milesii PHM

Nous sommes donc en -2500 avant notre ère. Vous pouvez apercevoir de loin les nombreuses pierres qui composent Stonehenge depuis la rivière Avon. En descendant de votre bateau, vous empruntez l'Avenue, le chemin donnant sur l'entrée principale de Stonehenge. En marchant vous croiserez la pierre Talon, communément reconnue comme la pierre du Solstice. Les dernières recherches démontrent l'existence d'une jumelle de cette pierre, mais nous n'en aurons jamais de preuve. Cette pierre Talon est placée presque exactement à l'endroit où le soleil se lève lors du solstice d'été. Cette position n'est certainement pas due au hasard.


Ensuite, un double talus fait le tour du site, laissant un fossé se creuser entre les deux tas de terre. En avançant vers l'intérieur, un vaste cercle de cinq à six cavités se dévoile. Ces trous dit d'Aubrey sont espacés régulièrement. On les trouve tous les cinq mètres sur un diamètre de cent mètres. Ils mesurent entre soixante-quinze centimètres et un mètre cinquante. Leur profondeur, elle, peut atteindre les un mètre vingt, bien que les plus petits ne fassent que soixante centimètres. Proche de ces trous, on peut aussi apercevoir des cavités funéraires. Tous les corps que l'on a trouvé et étudié ne venaient pas de la même époque, mais la majorité était richement ornementée. Stonehenge a donc été utilisé, entre autres, comme un monument funéraire. Dans le cercle des fosses d'Aubrey, on remarque aussi quatre pierres dépassant du sol. Ces pierres appelées « pierre station » forment un rectangle entourant la partie centrale de Stonehenge. Aujourd'hui, aucune idée précise de leur utilité n'est avancée. Une utilisation possible serait de représenter les cycles de la lune.


Avançons nous vers le centre du monument. Vous pouvez y apercevoir des trous de fondation inexploités, l'ébauche d'une idée jamais complétée. Maintenant, vous êtes proche des pierres levées : les pierres mythiques de Stonehenge. Devant vous se dresse un cercle majestueux et impressionnant : le cercle de pierres suspendues ou sarsen. Cet assemblage est l'une des prouesses du monument. Soixante pierres composent cet anneau : trente sont placées de manière verticale, et trente sont placées par-dessus ces pierres de manière horizontale. Toutes ces pierres mesurent neuf mètres et pèsent plus de vingt-cinq tonnes chacune. La prouesse ne s'arrête pas là. Ces sarsens viennent d'une carrière à plus de trente-deux kilomètres du site de Stonehenge. Pour les amener, deux hypothèses s'affrontent : tirés par des bœufs dans des paniers ou bien sur des rondins. Nos ancêtres néolithiques ont amené ces soixante pierres de vingt-cinq tonnes jusqu'à cet endroit précis, malgré leur taille et leur poids gigantesques. Ils les ont ensuite taillé, leur donnant des encoches pour rester stable. Ils ont pour ce faire utilisé des cornes de cerf pour tailler la pierre. Ce genre d'encoches n'était pas une nouveauté, mais c'est le premier ouvrage où l'on trouve cette technique sur de la pierre. Ils ont ensuite placé ces pierres, avant de les superposer.


A l'intérieur de cet anneau, on trouve placé en cercle des pierres bleus, ou bluestones. Ces pierres beaucoup plus petites, d'environ deux mètres de haut, sont au nombre de soixante. Petite particularité de ces pierres : elles viennent d'une carrière du Pays de Galles, soit à plus de deux cent vingt-cinq kilomètres de Stonehenge. Ces bluestones auraient été amenées par bateau, passant par la mer puis la rivière Avon. Ces pierres bleues entourent une formation en forme de fer à cheval de trilithons. Les trilithons sont des sarsens mais qui ne sont pas connectés les uns aux autres. Ils sont donc trois par trilithons, deux verticales et un par dessus à l'horizontale. L'ouverture de ce fer à cheval donne vers l'Avenue et sur une vue parfaite lors du solstice d'été.


Encore à l'intérieur de ce fer à cheval, on retrouve d'autres pierres bleues placées de la même manière que les trilithons.


Au centre de ces cercles et des fers à cheval, une unique pierre d'autel est présente. Aujourd'hui, personne ne peut affirmer sa position initiale ou son rôle. Elle est placée au centre du cercle sans savoir si cette position lui confère une utilité particulière.


Évidemment, il y a bien d'autres pierres à décrire sur ce site riche en histoire. La plupart nous cachent encore bien des choses, d'autres ont disparu.


Passons maintenant à la suite de l'histoire de Stonehenge.


Les hommes néolithiques, les celtes et les anglais ne sont pas les seuls à avoir profité de Stonehenge. Quand les Romains ont envahi l'Angleterre au début du premier siècle de notre ère, ils ont eu la chance de visiter Stonehenge. De nombreuses pièces romaines ont été retrouvées sur le site, mais aussi un celte décapité que l'on a attribué à l'armée romaine. Au cours du premier siècle, on attribue la première trace écrite de Stonehenge à l'historien grec Diodore de Sicile : « Il y a au-delà de la Celtique, dans l'Océan, une île qui n'est pas moins grande que la Sicile. (…) On voit dans cette île une vaste enceinte consacrée d'Apollon, ainsi qu'un magnifique temple, de forme ronde, orné de nombreuses offrandes. ». L'historien aurait perçu l'existence de Stonehenge comme un temple à Apollon, le voyant par le prisme de sa culture grecque. La trace de Stonehenge se remarque encore dans le Roman de Brut de Wace. Cet historien normand du XIIème siècle attribue Stonehenge à Merlin et aux géants. Ce roman nous apporte aussi la plus vieille image du monument.


Illustration dans le Roman de Brut : Merlin et un géant collabore pour créer Stonehenge © Domaine public

Depuis le XIXème siècle, de nombreuses personnes ont tenté de rénover et conserver Stonehenge. Malgré tous leurs efforts, Stonehenge a perdu de sa splendeur. En 1918, le site est devenu un bien public pour assurer sa conservation. De nombreuses pierres sont manquantes, ou brisées. Stonehenge a tout de même accédé au titre de World Heritage Site en 1986.


Alors, à quoi servaient donc toutes ces pierres différentes ? Quel était l'objectif de ces hommes néolithiques, un but si grand qu'ils ont passé des générations à construire cette œuvre avec une si grande précision ? Jamais nous ne saurons la vérité, mais on peut postuler de nombreuses choses.


On a trouvé autour de Stonehenge de nombreux corps, datant de diverses époques. Stonehenge a donc été utilisé comme un cimetière, mais tout le monde ne semble pas y être enterré non plus. Si pendant plus de huit cents ans, les morts avaient été enterrés sur le site, alors les corps retrouvés auraient été bien plus nombreux. Si tout le monde n'y était pas enterré, quel était le critère ? L'étude des corps montre plusieurs choses : certains défunts auraient pu être des dignitaires politiques, des personnes importantes au vu de leurs riches ornements. Les autres défunts trouvés étaient dans un état de santé assez mauvais. Illustration 3: Illustration dans le Roman de Brut : Merlin et un géant collabore pour créer Stonehenge © Domaine public (https://www.bl.uk/collection-items/waces-roman-de-brut) Une majorité souffrait même de maladies ou de traumatismes osseux. Stonehenge aurait pu être une destination avec des vertus thérapeutiques. Faire une visite dans ce lieu revenait peut-être à un pèlerinage qu'effectuaient les malades.


La thèse d'un temple ou d'un culte à cet endroit précis est aussi une piste intéressante. Certains scientifiques évoquent même la thèse d'un temple égyptien à distance. Des articles scientifiques entiers se consacrent à cette thèse, pourtant assez farfelue.


Stonehenge à l'heure actuel © Domaine public

D'autres théories évoquent la précision du site avec le cycle du soleil. La précision étonnante du placement des pierres avec les solstices est éblouissant. Stonehenge aurait donc pu être une sorte de calendrier ou une horloge géante pour les hommes du néolithique. De la même façon, Stonehenge aurait pu être utilisé en tant que centre d'observation spatiale ou un centre d'étude du mouvement des astres.


Évidemment, il y a des thèses plus fantaisistes sur le rôle de Stonehenge. La thèse la plus ''basique'' est la création de Stonehenge par des extraterrestres, il y a des millénaires. Une autre hypothèse inclut l'aide de géants dans la construction du site, ou même la totale construction de Stonehenge par des géants. Le folklore anglais attribue à Merlin l'enchanteur la construction du site comme nous l'avons déjà fait remarquer.


En somme, Stonehenge est un miracle de technologie néolithique. Un ouvrage si impressionnant qu'encore aujourd'hui plus d'un million de touristes le visitent chaque année. Nos ancêtres nous ont légué la preuve du génie et de l'ingéniosité humaine.


Emilie