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Robert Pickton, le tueur en série qui donnait ses victimes à manger à ses porcs d'élevage.

Dès les années 1980, de nombreuses femmes commencent à disparaître de manière inquiétante dans la banlieue de Vancouver au Canada. Ces disparitions ne sont pas prises au sérieux par la police canadienne, et ce pour de nombreux facteurs.


Les disparues étaient issues de classes populaires, pour une majorité d’entre elles amérindiennes, en général sans domicile fixe, se prostituant pour pouvoir subvenir à leurs addictions diverses. Sans interventions de la part des forces de l’ordre, la personne à l’origine de ces disparitions put continuer sans encombres.


Robert Pickton avait été suspecté dès 1997 d’être un tueur en série par un membre des forces de l’ordre, ce qui valut à cet enquêteur une sanction professionnelle. Pourtant, Robert Pickton venait d’être accusé de tentative d’homicide sur une travailleuse du sexe, l’ayant poignardée à de multiples reprises suite à une altercation.


Robert Pickton ©2021 CBC/Radio-Canada. All rights reserved.

En février 2002, la police canadienne obtient un mandat pour fouiller la ferme de Robert William Pickton après que l’un de ses employés, Bill Hiscox, ait relevé que nombre des travailleuses du sexe s’y rendant venaient à disparaître. Si le mandat de perquisition concernait des armes illégalement entreposées dans le lieu, les forces de l’ordre découvrent les effets personnels de nombreuses travailleuses du sexe disparues et obtiennent un nouveau mandat leur permettant de fouiller le terrain lui-même.


Les fouilles organisées sur l’exploitation fermière des Pickton permettent d’exhumer bon nombre de membres humains appartenant à ces disparues. Des pieds, mains et têtes sont retrouvés dans des congélateurs dans les locaux de la ferme.


La police n’arrive pour autant pas à retrouver le reste des corps des jeunes femmes, et il apparaît rapidement que ces derniers ont été dévorés par les porcs élevés par Robert Pickton et son frère David. Il transparaît également qu’étant donné le succès de la ferme des Pickton, la viande de ces mêmes cochons aurait été vendue à de nombreux bouchers et entreprises alimentaires de la région, les résidents de Vancouver ayant ainsi indirectement consommé les restes de ces jeunes femmes.


Cette ferme était une affaire familiale, tenue depuis le début du vingtième siècle. En 1995, le prix du mètre carré ayant drastiquement augmenté dans la région, les frères Pickton vendent une partie de leur exploitation pour plus de deux millions de dollars canadiens. Devenu millionnaire, David peut désormais emménager seul à quelques kilomètres de sa ferme natale et déléguer la majeure partie de son travail d’éleveur à des employés. C’est à cette période qu’il commence à enlever des femmes puis les assassiner. Il ouvre également un lieu associatif où se rencontrent population locale, Hell’s Angels et travailleuses du sexe dans des soirées se terminant parfois dans la violence.


Robert Pickton lors de son procès en 2007 © Copyright 2021 The Globe and Mail Inc. All rights reserved.

La police canadienne accuse en 2005 Robert Pickton du meurtre de vingt-sept femmes, faisant de lui le serial killer canadien au plus grand nombre de victimes potentielles. Pour autant, la police scientifique relève plus de quatre-vingt profils génétiques inconnus dans la ferme des Pickton. En 2007, Robert William Pickton est reconnu coupable pour le meurtre de six femmes : Serena Abotsway, Mona Wilson, Andrea Joesbury, Brenda Wolfe, Georgina Papin et Marnie Frey. Si la justice canadienne n’a pu prouver que six meurtres, plus d’une vingtaine supplémentaire lui sont attribués. Pickton aurait quant à lui déclaré à l’un de ses camarades de cellules, en réalité un policier sous couverture, avoir assassiné 49 femmes, et avoir manqué sa cinquantième victime en bâclant ses derniers crimes.


L’affaire Pickton soulève une problématique importante au sein de la société canadienne : le désintérêt total et systémique des forces de l’ordre quant aux disparitions de femmes appartenant à la communauté amérindienne. Comme cela a pu être évoqué dans l’article sur l’autoroute des larmes, ce manque d’investissement de la police canadienne a été récemment décrié et mis en lumière. Suite à l’affaire Pickton, la police de Vancouver s’est officiellement excusée de ses manquements dans son traitement des disparitions des travailleuses du sexe assassinées par Robert Pickton, ce qui a grandement contribué à la lenteur de son arrestation.


Plus récemment, plusieurs comptes tiktok se sont exprimés sur l’affaire Pickton et les disparitions en séries de femmes dans la région de Vancouver qui continuent quotidiennement. S’il a été avéréque Pickton entretenait des relations étroites avec les Hell’s Angels (un gang de motards très actif aux États-Unis), de nombreux membres de familles de victimes commencent à élever la voix en affirmant que Pickton n’était pas le seul tueur en série de femmes dans la région de Vancouver.


De plus, de nombreuses rumeurs accusant son frère David Pickton d’avoir été son complice circulent également sur la toile depuis l’arrestation de Robert. Ces rumeurs sont évidemment à prendre avec prudence, mais il est nécessaire de garder à l’esprit que David Pickton a été condamné pour agression sexuelle en 1992.


David Pickton sur son exploitation fermière en 2010 © Copyright 2021 The Globe and Mail Inc. All rights reserved.

Des entretiens préalables au procès ont également démontré l’influence qu’avait David Pickton sur son frère Robert. Selon leur sœur aînée, David dictait les moindres faits et gestes de la vie de son frère, lui ordonnant même quand aller se coucher. La question demeure toujours dans le débat public : la justice canadienne a-t-elle laissé libre un potentiel complice, voire un commanditaire, de meurtres en série en liberté ?


- Lucile