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Réincarnation : le cas troublant de Robert L. Snow

« Mon Dieu, me suis-je dit tandis que j’essayais de garder mon sérieux, mais dans quoi est-ce que je me suis embarqué ! »


C’est bouleversé que Robert L. Snow, capitaine de police américain, sortira de sa séance d’hypnose. Profondément ébranlé, il se mettra en quête de son passé, sur les traces de ce que fut son ancienne vie. Et ce qu’il va découvrir le métamorphosera à jamais.


Robert L. Snow ©BABELIO - 2007 - 2020

Robert L. Snow : les débuts

Robert L. Snow est né en 1947 dans l’état de l’Indiana aux États-Unis, et a poursuivi sa carrière dans la police dans la ville d’Indianapolis. Fort de ses trente-huit ans d’expérience dans les services de la criminelle, et plus particulièrement des homicides, il est également l’auteur de quelques ouvrages traitant des pratiques de terrain et des techniques d’enquête. Enrichissant ses premières amours que sont la fiction et l’écriture, ses articles et ses nouvelles remportent un franc succès. Véritable maître d’orchestre dans son service, ce capitaine néanmoins jovial gère ses affaires d’une main de fer. Mais ce qui caractérise le plus Robert Snow, c’est son cartésianisme, son scepticisme. En effet, il ne croit pas au spirituel et se moque éperdument des personnes se prêtant aux rituels ésotériques et autre procession visant à communiquer avec l’au-delà.


« Je trouve cela stupide, ce sont pour les personnes faibles qui cherchent des excuses, et un coupable sur qui remettre la faute de leur malheur. »


Au cours d’une soirée entre détectives à laquelle il est invité, il discute avec une psychologue au sujet d’un livre sur l’hypnose de régression, qui consiste à rentrer un patient sous hypnose et faire émerger en lui des souvenirs de vies antérieures. Cynique et particulièrement tranchant, il rit au nez de la pratique et estime qu’il s’agit tout bonnement d’un moyen pour un individu de trouver une raison à son malheur. Toutefois, la psychologue le met au défi de s’y risquer : une seule séance de régression, à moins que vous n’ayez peur ? Robert Snow ne se défile pas, et après plusieurs incitations, il se décide enfin : « Vous avez gagné, je vais le faire ! »


Dr. Mariellen Griffith : le basculement

Quelques mois après, Robert Snow se rend enfin à sa séance de régression auprès du Docteur Griffith, spécialiste de l’hypnose. Confiant et persuadé que tout cela n’est que pure imagination, il se procure même un enregistreur, afin de conserver les écoutes de son expérience et prouver qu’il a raison. Robert Snow se prête au jeu, accepte de coopérer et se détend sur son fauteuil, tout en suivant les consignes de l’hypnothérapeute.


Durant de très longues minutes, pendant lesquelles il s’ennuie et consent à visualiser à tout hasard des paysages, Robert Snow persiste à penser qu’il suffit d’inventer des souvenirs. Seulement, lorsque Dr. Griffith lui demande de visualiser une certaine vallée, le capitaine de police entre dans un état d’hypnose, sans le savoir, tandis que le décompte retentit dans le cabinet : 3, 2, 1.


Robert Snow parvient alors à se projeter complètement dans l’espace qu’il visionne dans son subconscient, à ressentir de manière limpide les effets du vent, les odeurs, tandis qu’il est toujours assis, les bras croisés dans le fauteuil du cabinet. Étrangement, l’environnement lui semble familier, comme s’il avait vécu dans ce lieu toute sa vie. Au cours de la séance, il va ainsi naviguer de vie en vie, d’époque en époque, sans savoir si son cerveau lui joue des tours, mais indubitablement sûr qu’il connaît tous ces lieux, ces vêtements, ces personnes, ces émotions.


« Je m’appelle Jack » sont les mots que Robert Snow prononce lorsqu’il atterrit dans sa vie passée la plus récente. Traversant des scènes de vie importantes, il se voit peintre au XIXème siècle marchant avec une canne, en manque d’argent, tantôt à la fois heureux en mariage, voyageant en France, le pays qu’il apprécie vivement, tantôt éperdument chagriné par le décès de sa mère causé par un caillot de sang. Il exprime aussi son dégoût pour les portraits, mais qu’il se force à accepter de peindre en échange d’argent, ou encore sa tristesse à l’idée qu’il ne puisse pas avoir d’enfant avec sa femme. Lorsque la psychologue lui demande de quitter cette vie, Robert refuse. Le bonheur mélangé à la déprime intensément ressentis le font chavirer et il creuse davantage dans ses souvenirs. Il voit notamment deux peintures, une représentant un paysage fleuri, accroché dans une maison, et l’autre, un portrait d’une femme bossue.


Extrêmement déstabilisé par le rendez-vous, il en ressort néanmoins certain ; il a sûrement tout imaginé, les soi-disant souvenirs qu’il a eus sont simplement des créations de son esprit. Il écoute les enregistrements, perplexe, mais se résout à faire table rase de l’expérience. Après tout, il n’y croit pas, et confirme même à la psychologue qui l’avait encouragé à essayer qu’il s’agit d’un tour du cerveau. Cependant, il ne peut s’empêcher de repenser à cette séance, et plus particulièrement aux deux peintures. Jour et nuit il y songe et elles lui envahissent peu à peu l’esprit : « Je pouvais les voir distinctement dès que je fermais les yeux. Je rêvais de la séance et des écoutes toutes les nuits. J’avais une obsession. »


Représentation de la femme bossue © Viewzone

Le portait de la femme bossue : la quête

Entraîné par son insatiable besoin d’en savoir plus, Robert Snow décide de se renseigner dans le domaine de l’art afin d’en apprendre davantage sur les peintures et, peut-être, découvrir qui est le peintre derrière elles. Son but avant tout est de se prouver à lui-même qu’il avait déjà vu ces peintures quelque part, que ce soit lors d’un cours d’histoire de l’art à l’université, ou bien dans un musée en Indiana. Héritant de sa redoutable méthodologie de détective, il se rend dans toutes les librairies proches de chez lui, et se met en tête de lire l’intégralité des ouvrages en rapport avec l’art et la peinture.


Trois mois plus tard, après avoir épluché la presque totalité des livres, il ne peut qu’admettre que les peintures sont introuvables. Fort de son entêtement, il persiste inévitablement à chercher : il acquiert davantage de livres, se renseigne en vain auprès de marchands d’art, se cultive sur l’hypnose de régression et les vies passées. Un an après sa séance, Robert Snow est toujours sans réponse. Pourtant, il ne peut s’arrêter, et sa vie en tant que peintre ne cesse de le hanter.


Quelques mois plus tard, à l’occasion de leur anniversaire de mariage, la femme de Robert Snow les conduit à La Nouvelle-Orléans visiter l’héritage historique de la ville et les diverses galeries d’art qui s’y trouvent. L’une d’entre elles attire son attention et il choisit d’y faire un tour. Croisant les œuvres les unes après les autres, il s’arrête soudainement devant une peinture placée dans un petit coin à droite :


« Un jour, je me suis électrocuté en touchant un câble. Le choc ressenti devant cette peinture fut le même. C’était le portrait de la femme bossue »


Décontenancé par cette découverte presque improbable, Robert Snow demande au galeriste de bien vouloir lui révéler l’identité du peintre. Après quelques recherches, le nom tombe : J. Carroll Beckwith, peintre du XIXème siècle, ayant fait ses études d’art en France. Robert Snow peine à y croire, mais il détient enfin le nom de celui qui a peint le portrait de la femme bossue.


Le peintre J. Carroll Bewkwith © Domaine Public

J. Carroll Beckwith : la découverte

À son retour, il se met en tête de fouiller dans les librairies, mais peu d’informations peuvent être trouvées au sujet de Beckwith. Il découvre néanmoins que le prénom du peintre est « James », et non « Jack » comme il l’avait énoncé durant la séance. Satisfait de s’être trompé, et donc de prouver qu’il a imaginé toute cette histoire, il repose l’ouvrage, tout en contant sa victoire à la libraire. Cette dernière lui fait pourtant remarquer qu’à l’époque, « Jack » était le surnom de « James » et que Beckwith en particulier n’aimait pas son prénom et préférait être surnommé « Jack ». À nouveau stupéfait, Robert Snow inspecte en détail l’ouvrage reposé et apprend que des journaux intimes rédigés par le peintre tout au long de sa vie, et jamais publiés, sont conservés à l’Académie américaine des Beaux-Arts, à New-York. Pour Robert Snow, c’est l’étape finale : en lisant les journaux intimes de Carroll Beckwith, il sera fixé sur la véracité de ses soi-disant souvenirs. Il dresse alors une liste des points clés qu’il a exprimés durant la séance d’hypnose, comme le trépas de sa mère, son appétence pour la France et le vin, la possession d’une canne, l’incapacité d’avoir des enfants avec sa femme, entre autres.


Robert Snow parvient finalement à se faire livrer la copie des dix-sept mille pages regroupant la vie du peintre. Au fil de ses lectures qui durent des mois, il confirme la véracité de ses visions une par une. Le peintre avait fait ses études en France, appréciait son vin, était marié à une femme qui ne pouvait pas avoir d’enfant, se déplaçait à l’aide d’une canne, et de surcroît, avait été profondément affecté par la mort de sa mère, causée par un caillot de sang. L’intégralité des points qu’il avait mentionnés lors de sa séance étaient ainsi vrais, et relevaient d’une vie passée qu’il avait eue. L’hypnose de régression avait bel et bien fonctionné et avait révélé en lui existence passée, de laquelle il s’était réincarné en Robert L. Snow.


« J’avais faux. La vision que j’avais du monde était erronée. Toute la réalité que je pensais vraie, était fausse. […] Je me suis dit, Bob tu as tort, les gens dont tu t’es moqué et que tu pensais idiots avaient raison, et toi tu avais tort »


J. Carroll Beckwith et Robert L. Snow © Viewzone

Profondément altéré par la découverte de sa vie antérieure, Robert Snow décidera de raconter son histoire troublante dans un ouvrage, « Looking for Carroll Beckwith » (1999), et de mettre en lumière une croyance spirituelle inédite pour lui. L’histoire de Robert Snow est déroutante, car la recherche interminable d’indices et de preuves n’a abouti qu’à une seule chose : la réincarnation semblerait bel et bien exister, et nous porterions en notre subconscient les marques de nos vies antérieures.


Amandine