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Qui se cache derrière la demoiselle de la mort ?

Mis à jour : 23 mai 2019


Il y a des tueurs nés et il y a des tueurs conditionnés toute leur vie à le devenir. Dans le cas de Aileen Wuornos il est difficile de se prononcer, entre démence et vie chaotique celle qu’on appellera plus tard « la demoiselle de la mort » est un vrai cas d’école, voici son histoire.



29 février 1956, Rochester dans l’État du Michigan aux États-Unis. C’est le jour qu’a choisi la petite Susanne Carol Pittman pour venir au monde. Sa mère Diane Pratt est tout juste âgée de seize ans et déjà mère d’un garçon âgé de 1 an, Keith.

La vie est difficile pour la petite famille. Tout juste séparée du père de ses enfants, un pédophile multirécidiviste, Diane doit se débrouiller seule sans aide extérieure.

On raconte dans la petite ville que la jeune femme est déséquilibrée et c'est d'ailleurs ce qui va porter préjudice aux deux enfants: En 1960 alors que Keith est âgé de cinq ans et Susanne âgée de quatre ans, leur mère les confie à ses parents, Lauri et Britta Wuornos. Faute de pouvoir subvenir à leurs besoins.


Les délits s'enchaînent


En 1971, alors qu'elle a seulement quinze ans, Susanne est expulsée du domicile familial, car celle qui se fera plus tard appeler Aileen a déjà une personnalité trouble. Elle survit à la dure, se lançant d’abord dans la prostitution pour pouvoir se procurer un peu d'argent. Sa réputation la précède ; on raconte que dès son plus jeune âge Susanne aurait eu de nombreuses relations sexuelles, notamment avec son frère et des inconnus. Tombée enceinte à la suite de ce qu'elle raconte être un viol, elle donne naissance à un petit garçon le 23 mars 1971.

Le 27 mai 1974 Susanne commet son premier vrai délit, elle est arrêtée pour conduite en état d'ivresse. Par la suite, les incidents s’enchaînent tout comme les nuits au commissariat. Agressions à main armée, vols, bagarres dans des bars et troubles à l'ordre public, la jeune femme est alors une cocotte-minute prête à exploser.


Une rencontre déterminante

Le 8 août 1986, Susanne rencontre Tyria Moore, vingt-quatre ans, dans un bar de motards. Tyria, aussi surnommée « Ty », travaille comme femme de ménage dans des motels. Les jeunes femmes deviennent vite inséparables, vivant une vie de nomade de caravane en caravane et de motel en motel. Malheureusement, le conte de fée ne dure pas longtemps et l'argent manque pour les deux jeunes femmes.

Susanne qui travaille toujours comme prostituée laisse alors échapper une idée intéressante : voler de l'argent aux hommes qu'elle côtoie.

Au même moment, elle commence à utiliser plusieurs alias : Sandra Kretsch, Suzann Lynn Blahovec, Lee Blahovec, Cammie Marsh Green, Lori Kristine Grody et le plus connu : Aileen Carol Wuornos.

C'est alors que démarre une vraie machination. La jeune femme choisit des emplacements bien précis, peu visités et à proximité de forêts. Elle attire ses victimes en jouant de ses charmes, feignant des pannes de voiture. En général ce sont des hommes qui s'arrêtent pour lui venir en aide. Elle monte dans leurs voitures, s’assure qu’ils ont de l’argent sur eux puis les abat avec son calibre 22. Elle cache ensuite les corps dans les bois sous une bâche en plastique et repart avec la voiture de la victime, voiture dont elle se débarrasse assez vite pour éviter tout soupçon.

La première victime d'Aileen est un propriétaire de magasin âgé de 51 ans : Richard Mallory. Il est tué le 30 novembre 1989 par balle mais son corps ne sera retrouvé que le 13 décembre 1989. Les meurtres s'enchaînent pour Aileen et le mode opératoire reste inchangé. Les victimes sont tuées par balles, laissées dans les bois et la voiture est retrouvée quelque temps après dans des régions différentes de celles où sont retrouvés les corps de leurs propriétaires. Elle tue alors 6 autres hommes : Charles Dick Humphreys, 56 ans et commandant à la retraite de l'US Air Force ; David Spears, 43 ans et ouvrier du bâtiment ; Chales Carskaddon, 40 ans et ouvrier de rodéo à temps partiel ; Peter Siems, 65 ans, le corps ne fut jamais retrouvé ; Troy Burress, 50 ans et vendeur de saucisses ; ainsi que Walter Jeno Antonio, 62 ans et sans travail.

Les sept meurtres plutôt similaires choquent l’opinion publique. La même question se pose : et s'il s'agissait d'une seule et unique personne ?


La chute du duo infernal


Arrive le jour où Aileen commet une erreur irréparable : elle laisse une des ses empreinte dans la voiture de Peter Siems, une de ses victimes. Après un accident de voiture, les deux jeunes femmes paniquent et abandonnent le véhicule sur la scène. Malheureusement pour elles, des témoins les remarquent et se rendent à la police qui fait circuler leurs portraits-robots.

Tout bascule pour Aileen le 9 janvier 1991 lorsqu'elle est arrêtée par la police dans un bar de motards dans le comté de Volusia aux États-Unis. L’interpellation est impressionnante et d'une violence inouïe. Sa complice sera elle aussi arrêtée le lendemain dans un autre comté, ayant eu le temps de s'enfuir pour échapper à la police.

Tyria Moore s’en sort mieux que sa complice puisque la police lui promet l'immunité judiciaire si elle les aide à faire avouer Wuornos. Aileen, qui s'est jusque-là murée dans le silence, passe aux aveux le 16 janvier 1991 grâce aux appels téléphoniques de Moore. Elle avoue avoir tué sept hommes par pure légitime défense. Voilà ce qu'elle dit aux officiers de police : « Ils sont devenus agressifs et j'ai décidé de me défendre... Je n'allais pas les laisser me battre ou me tuer. »

Moore est alors écartée de l'affaire et le procès d'Aileen débute le 14 janvier 1992, d'abord pour le meurtre de Richard Mallory dont Wuornos est reconnue coupable le 27 janvier 1992. Moore participe au procès de son ex-compagne et témoigne. Aileen est alors condamnée une première fois à la peine capitale le 31 janvier 1992. Le 31 mars 1992, Wuornos est accusée et plaide coupable de trois autres meurtres : ceux de Charles Humphreys, Troy Burress et David Spears.

Mais cela ne s'arrête pas là, en juin 1992 Wuornos plaide coupable pour le meurtre d'un autre homme, Charles Carskaddon. Elle est donc condamnée une cinquième fois à la peine de mort. Et pour la sixième et dernière fois Aileen Wuronos est condamnée à la peine capitale pour le meurtre de Walter Jeno Antonio en février 1993. Le meurtre de Peter Siems ne lui sera pas attribué, le corps n'ayant jamais été retrouvé.


« J'ai tué ces hommes, je les ai volés alors qu'ils étaient froids comme la glace. Et je le referais de nouveau. »

Tout au long des nombreux procès, les psychologues et psychiatres disent d’Aileen qu'elle est instable mentalement et qu'elle souffre probablement de schizophrénie. Elle est parfois confuse dans ses discours et semble présenter de graves troubles de la personnalité. Tout au long de ses années d'incarcération, Aileen Wuornos tente de faire appel de sa condamnation à la peine capitale. Toutes ses tentatives seront rejetées par la Cour Suprême des États-Unis.

En 2001, résignée, elle décide d’abandonner toutes les procédures d’appel et déclare : « J'ai tué ces hommes, je les ai volés alors qu'ils étaient froids comme la glace. Et je le referais de nouveau. Il n'y a aucune raison de me garder en vie ou quoi que ce soit, car je tuerai encore. J'ai de la haine qui suinte de tous mes pores... j'en ai assez d'entendre cette chose, "elle est folle". J'ai été examinée tellement de fois. Je suis compétente, saine et j'essaie de dire la vérité. Je suis celle qui déteste le plus fortement la vie humaine et je tuerais de nouveau. ». À la suite de cette déclaration, Wuornos s’entretient avec trois psychologues dans une période de 15 min. Ils en ressortent certains qu'Aileen est prête à mourir, elle se dit fatiguée de vivre depuis tant d’années dans le couloir de la mort.

Elle est exécutée par injection létale le 9 octobre 2002 dans une prison de l’État de Floride.


L'histoire d’Aileen Wuornos permet de se questionner sur la place de la folie dans la tête du tueur en série. Est-elle une condition sine qua none ? Peut-on tuer plusieurs fois sans éprouver de remords tout en étant sain d’esprit ?

Ce qui est certain c'est que l’on ne peut donner que ce que l'on reçoit. Après une enfance mouvementée, une vie en marge de la société, de multiples relations sexuelles monnayées vécues comme des viols, Aileen a décidé de rendre au monde ce qu’il lui avait donné. La vie de Susanne Carol Pittman se termina comme elle avait commencé : dans l'indifférence la plus totale.

Cette folle affaire qui a tourmenté les États-Unis a inspiré de nombreux réalisateurs, dont Patty Jenkins née dans les années 70 et passionnée par cette affaire. En 2003 « Monster » sort dans les salles de cinéma avec une Charlize Theron presque méconnaissable dans le rôle d'Aileen.


Sur ce rôle qui l'a énormément touché Charlize pose ces mots : « Sa façon d’exorbiter ses yeux quand elle était irritée, cette tension dans la mâchoire… Sa façon de marcher, de se tenir, les épaules en arrière. Cet air de défi permanent qu’ont les gens qui sont obligés de survivre dehors. J’ai essayé de m’habituer au corps d'Aileen, un peu comme pour une chorégraphie. »


Julie. P