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Quel est l’ingrédient mystère des pâtés de la rue des Marmousets ?

Mis à jour : 20 mai 2019


Les légendes urbaines tiennent une place importante dans l’imaginaire collectif, qu’elles servent à se divertir lors d’une soirée entre amis ou pour faire passer un message important aux enfants. Rappelez-vous de la fameuse histoire de la Dame Blanche qui nous rend encore inconfortable sur les routes de rase campagne. La légende de la rue des Marmousets risque quant à elle de changer votre vision des barbiers et des pâtissiers...


Paris, XIVe siècle, la ville est affaiblie par le début de la guerre de Cent Ans et par la peste qui n’en finit pas. Alors que les habitants tentent de survivre dans ce contexte difficile, une petite pâtisserie commence à connaître un franc succès. Elle se trouve sur l’île de la Cité, au coin de la rue des Marmousets et de la rue des Deux-Ermites, et produit les meilleurs pâtés en croûte de la ville. Les habitants s’y précipitent tous pour goûter aux fameuses tourtes : La légende raconte même que le roi Charles VI en personne, gouvernant le pays à cette époque, raffolait de ces célèbres pâtés.

Cette nouvelle ne fit qu’augmenter les ventes car, à cette époque, si l’un des membres de la famille royale appréciait quelque chose, il était d’usage de suivre son exemple.

Les affaires de la pâtisserie marchent alors très bien grâce à ces tendres et délicieux pâtés. Le pâtissier possède en effet une recette très singulière... L’ingrédient qui fait toute la différence est néanmoins troublant : c’est la chair humaine utilisée à la place de la traditionnelle viande animale qui rend les pâtés si savoureux.


La réalisation de cette recette est le résultat d’une collaboration entre deux hommes. L’histoire raconte qu’en 1384, un barbier et un pâtissier, dont les boutiques sont accolées, s’associent pour créer cette entreprise macabre. Le barbier se charge d’égorger les victimes, souvent des moines du chapitre de Notre-Dame, puis de récupérer leur argent et de les dépecer. Il envoie ensuite la chair hachée par une trappe qui débouche directement dans la cave de son voisin et associé : le pâtissier. Celui-ci cuisine ensuite ses pâtés avec la chair reçue.


L’affaire marche ainsi quelques années, jusqu’en 1387, lorsque deux chanoines décident d’aller s’acheter une de leurs célèbres tourtes. C’est alors qu’un d’eux, Martin, reconnu le chien de Gunthar, un moine allemand du chapitre de Notre Dame, appelé également Alaric selon les versions de la légende. Le chien aboie devant la boutique du pâtissier, à tel point qu’il attire le regard de tous les passants. Les moines prennent donc la décision d’aller voir Gunthar pour lui demander de récupérer son chien, qu’ils pensent possédé. Mais arrivés à Notre-Dame, ils ne le trouvent pas, ni à midi, ni en début d’après-midi. Inquiets, les moines décident de partir à sa recherche.

Alors qu’il cherche Gunthar, Martin passe une nouvelle fois devant la boutique du pâtissier, où se trouve toujours le chien de son compère. Il s’arrête pour le caresser dans l’espoir de calmer ses aboiements incessants et aperçoit alors une lumière dans la boutique. Martin décide d'entrer, découvre une trappe ouverte qui mène au sous-sol et tombe nez à nez avec le pâtissier et le barbier en train de dépecer une carcasse humaine. Le moine se sauve alors rapidement et cours interpeller une patrouille de guets.


Les hommes sont arrêtés et avouent leurs crimes. La Cour de Parlement les condamne alors à être brûlés vifs dans des cages de fer, près de la place de Grève. La maison où les crimes eurent lieu fut ensuite rasée et une petite pyramide fut construite à la place.

À présent il ne reste presque plus rien de cette sombre affaire. En effet, après les travaux de rénovation de Paris du Baron Hausmann qui ont eu lieu au XIXe siècle, la rue des Marmousets et la petite pyramide qui s’y trouvait furent détruites. L’emplacement de la boutique du pâtissier se trouve maintenant 20 rue Chanoinesse. On dit même qu’il reste une pierre de cette ancienne boutique, qui avait été rasée après les faits, située dans le garage des policiers motocyclistes de l’île de la Cité.


Même s’il ne s’agit que d’une légende, celle-ci semble fondée sur une réelle affaire criminelle datant du XVe siècle. Plusieurs historiens ont en effet relayé cette entreprise mais il n’existe aucun document officiel traitant de celle-ci. La plus ancienne chronique écrite concernant cette histoire fut publiée en 1612 par un prieur de Saint-Germain-des-Prés, nommé Jacques de Breul, qui écrivit à propos d’une rumeur monstrueuse qui serait survenue dans la rue des Marmousets vers 1430. Il raconte ainsi : « Le bruit a couru qu’il y avait en la Cité de Paris, rue des Marmousets, un pâtissier meurtrier, lequel ayant occis en sa maison un homme, aidé à ce par un sien voisin Barbier, feignant raser la barbe : de la chair d’icelui faisait des pâtés qui se trouvaient meilleurs que les autres, d’autant que la chair de l’homme est plus délicate, à cause de la nourriture, que celle des autres animaux. »

Une légende semblable a également vu le jour en Angleterre. Elle relate l’histoire d’un barbier londonien du XIXe siècle, nommé Sweeney Todd. Cet homme commettait des meurtres et faisait disparaître les corps avec la complicité de sa maîtresse qui préparait des friands à base de leur chair. Cette affaire a donné lieu à de nombreuses adaptations au théâtre et au cinéma. La plus ancienne date de 1847, alors qu’une pièce de théâtre sort à Londres sous le nom de Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street. S’en suivent de nombreux films et la la comédie musicale de Sondheim en 1979, qui reprend le même nom.

L’adaptation la plus connue reste cependant un film de Tim Burton datant de 2007: Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street en 2007.

Dans son film, Tim Burton présente Sweeney Todd comme une victime de la société. D’abord connu sous le nom de Benjamin Baker, ce dernier est condamné à tort par le malhonnête et corrompu juge Turpin, qui désire lui prendre sa femme. Il l’exile alors en Australie pour se débarrasser de lui. Benjamin s’évade du pays quelques années plus tard et prend le nom de Sweeney Todd pour retourner à Londres où il espère retrouver sa femme et sa fille. À son retour, il croise Mrs. Lovett, sa voisine, qui tient une boutique de tourtes à la viande. Celle-ci lui apprend que sa femme, après avoir été violée par Turpin, s’est donné la mort et que sa fille est retenue prisonnière par celui-ci. Sweeney prend alors la décision de se venger quoi qu’il en coûte…


Si vous n’avez pas vu le film n'hésitez pas à le regarder vous pourriez être agréablement surpris. (Et surtout, ne vous rendez pas chez un barbier en pleine nuit, surtout s’il se trouve au coin d’une petite ruelle mal éclairée…)


Constance