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Paulette Gebara : Accident ou infanticide ?

Le 22 mars 2010, - Huixquilucan de Degollado au Mexique : Paulette Gebara, âgée de 4 ans et souffrant d'un handicap physique ainsi que d'un trouble du langage, disparaît mystérieusement. Revenons sur cette affaire criminelle tragique qui a bouleversé le Mexique.


Paulette Gebara Farah, 4 ans ©Famille Gebera Farah

La famille Gebara vit à Huixquilucan, dans un quartier résidentiel chaleureux et sécurisé. Lizette Farah endosse le rôle de mère dit « sacré » au Mexique et consacre toute sa vie à ses enfants.

Le papa, quant à lui, Mauricio Gebara est un homme d'affaires qui tient une compagnie avec ses frères. Il gagne bien sa vie et la petite famille jouit d'une excellente situation financière ainsi que sociale. Les parents sont eux-mêmes issus de familles aisées et puissantes, ce qui leur octroie un solide réseau auprès de politiciens et policiers.

À première vue, c'est une famille parfaite, mais si nous nous immisçons dans leur intimité, le portait familial se ternit peu à peu.


Le couple se marie en avril 2001 à Mexico City et un an plus tard, naît une petite fille qu'ils appelleront du même nom que la maman. Au fil du temps, les relations dans le couple se détériorent, renforcées par les nombreuses tensions entre Lizette et la famille de Mauricio. Par exemple, lors d'une soirée où Lizette s'amusera, pour une fois, avec ses amis, Mauricio et ses proches la considèreront comme une femme ayant un comportement de débauche. De ce fait, Mauricio part tôt et rentre tard, pour se donner corps et âme dans son travail, laissant sa femme seule face à sa deuxième grossesse compliquée. L'accouchement est difficile. Paulette voit le jour en 2004, de manière prématurée à 6 mois. Elle ne pèse que 800 grammes et mesure 34 centimètres. Malgré le peu d'espoir, la petite survit. Elle développe tout de même un retard de langage et de déficience motrice, demandant l'attention de ses parents. Ces précautions médicales et les nombreux soins rendront d'ailleurs sa grande sœur jalouse qui consultera un psychologue pour enfants.



Le soir de la disparition


Nous sommes le 21 mars 2010 et comme tous les soirs, Lizette Farah met ses deux filles, Lizette (7 ans) et Paulette (4 ans), en pyjama et les couche.

Au petit matin, les deux gouvernantes de la famille, Erika et Martha Casimiro s'occupent de l'aînée et l'accompagnent à son bus pour l'école. Elles reviennent ensuite et Erika monte réveiller la petite Paulette, encore à l'école maternelle donc commençant plus tard.

Mais à la grande surprise de la nourrice, la petite fille n'est pas dans son lit. Peut-être qu'elle s'est réveillée avant ? Est-elle aux toilettes ? Erika la cherche dans toute la maison, sans succès.

La panique commence à monter. Au regard des problèmes de santé, Paulette n'a pas pu partir seule. Les parents sont de suite avertis. Mauricio appelle sa sœur pour la prévenir et contacte immédiatement les autorités.

Rapidement et grâce au réseau de la famille, le Procureur de la Justice d'Edomex (état du Mexique) et le maire de la ville sont informés de la disparition.



Une médiatisation importante


Les recherches débutent. Le bloc entier des résidences est fouillé avec des chiens pour pister la trace de l'enfant. Il n'y a aucun signe d'effraction. De plus, les gardiens de sécurité et les nombreuses caméras de surveillance ne donnent rien. Paulette est introuvable et personne n'a rien vu. Les policiers ne trouvent aucun élément, aucune piste et l'enquête patine.


Une campagne de grande envergure est mise en place avec des appels à l'aide pour retrouver la petite Paulette. Dans les journaux, à la télévision, sur Internet et même sur les autobus, tous les habitants croisent le regard de l'enfant.


Une médiatisation importante ©El Universo

Traduction : « Aidez-moi à rentrer chez moi. Je m'appelle Paulette et j'ai 4 ans. J'ai des déficiences motrices et de langage. J'ai une cicatrice dans le dos, du côté gauche. Je ne peux pas être laissée seule, j'ai besoin de mes parents. »


Les parents passent également à la télévision pour supplier le supposé kidnappeur de rendre leur enfant. Lizette Farah donne aussi des interviews, dans la chambre de sa fille, assise sur son lit et entourée de ses peluches. Plusieurs personnes sont d'ailleurs assez étonnées de la réaction de la mère, considérée comme froide et sans émotion. Nous ne sommes pas ici pour juger les réactions des protagonistes, propres à chacun mais nous tenions à le notifier.



Des zones d'ombre et des erreurs


Les témoignages recueillis le jour de la disparition sont différents. Nous avons une première version d'Erika, où le père serait allé faire un jogging seul, ce qui était inhabituel. Tandis que pour la deuxième version, Martha Casimiro serait allée réveiller le père.

De plus, le gros point noir de cette recherche est le manque de précautions de la part des policiers. Par exemple, la chambre de l'enfant n'a pas été sécurisée. Plusieurs personnes de l'extérieur, des membres de la famille et les parents y ont eu accès. Sans oublier que Lizette Farah et Mauricio Gebara n'ont pas été considérés comme suspects. Dès le début de l'enquête, les policiers ont accordé une confiance aveugle dans le couple. Les parents auraient dû être interrogés et suspectés, pour ensuite écarter cette piste en l'absence de preuves. Ils ont uniquement été placés sur écoute grâce à des micros dissimulés dans leur résidence. Un curieux échange entre la mère et sa fille de 7 ans a été enregistré :

« - Oui, ne dis rien, dis-leur que nous sommes très tristes parce que ta petite sœur s'est perdue. C'est tout ce que tu as à dire.

- Pourquoi maman ?

- C'est tout ce que tu as à dire, sinon, ils vont mal interpréter les choses. Ils peuvent nous accuser de l'avoir enlevée ou de l'avoir mise dehors pour que quelqu'un l'enlève. Alors tu ferais mieux de ne rien dire, d'accord ? Parce que nous ne savons rien. »


Ces consignes troublantes ne donneront pourtant rien. Lizette Farah dira que ces échanges ne sont que facéties puis reviendra sur ses déclarations en invoquant que cette conversation a été enregistrée hors contexte. Aucune poursuite ne sera menée contre elle.


Le 30 mars, les parents sont transférés dans un hôtel et les nourrices sont conduites sur le lieu de la disparition pour une reconstitution. La même nuit, vers 2 heures du matin, le corps de Paulette est retrouvé.



Comment est-ce possible ?


L'enfant est découverte en pyjama dans son propre lit, coincée entre le matelas et le sommier. Elle serait tombée tête la première et n'aurait ensuite pas pu se défaire à cause de ses déficiences physiques. L'autopsie révèle qu'elle serait décédée accidentellement par asphyxie mécanique due à une obstruction des cavités nasales et de la compression du thorax. Le corps n'a révélé aucune agression physique ou sexuelle et aucune drogue ou substance toxique. Selon les enquêteurs, Paulette serait morte depuis 5 à 9 jours et son corps n'aurait pas été déplacé. Dans le lit, une couverture remplie de sang est retrouvée.


À l'annonce de cette tragique découverte, le peuple mexicain est révolté.

Comment un corps coincé au pied du lit n'a pu être décelé ? Comment les chiens, entraînés pour sentir des odeurs de cadavre à des kilomètres n'ont rien perçu ? Comment des membres de la famille qui ont dormi dans le lit de la petite après sa disparition n'ont pu se rendre compte du corps ? Comment la mère, assise sur le lit de Paulette n'a rien vu ?


C'est l'incompréhension générale.


Le Procureur Général de l'État, Alberto Bazbab, l'enquêteur principal, démissionne peu après sous la pression de l'opinion publique. Après cette décision, le nouveau Procureur, Alfredo Castillo Cervantes, s'exprime à la télévision pour expliquer l'autopsie.

Selon lui, Paulette est bien décédée au pied de son lit et son corps n'a pas été déplacé. La position du corps indique clairement qu'il y a eu l'absence d'oxygène due principalement au fait d'être recouvert par des couvertures. Un autre élément important montre que la salive de l'enfant a été retrouvée à différents endroits sur son matelas, démontrant ainsi qu'elle se déplaçait et qu'il est tout à fait possible qu'elle se soit retrouvée à cet endroit.

Enfin, l'enfant ne pesait que 15 kilos et son corps est resté dans un endroit sec et fermé à 19°C, sous des couvertures qui ont empêché l'air de circuler et par conséquence, de provoquer un quelconque dégagement d'odeur. Cela expliquerait l'absence de mouches ou de larves sur le corps en décomposition.



Des suspects, aucune poursuite


Les parents et les deux nourrices sont interrogés comme des suspects potentiels. Erika et Martha jurent qu'à aucun moment la petite ne pouvait être sous le matelas. Elles insistent aussi sur le fait qu'au moment de l'annonce de la disparition de Paulette, les parents semblaient détendus et assez indifférents.

Les deux concernés quant à eux, commencent à se rejeter la faute l'un sur l'autre.

Selon l'auteur et journaliste Martín Moreno, dans son livre Paulette : Lo que no se dijo (2007), le père aurait déclaré « Je sais où se trouve ma fille, je vous le dirais seulement si vous m'aidez » et la mère « Je sais où est Paulette et je sais qui l'a fait disparaître, c'est mon mari ».

Malgré certaines suspicions dans leurs déclarations, l'enregistrement des micros qui pourrait incriminer la mère, aucun des deux parents n'est arrêté. Ils ont divorcé rapidement après la disparition tragique de Paulette et se sont battus pour obtenir la garde de l'aînée. Mais l'enquête n'a en aucun cas été approfondie.


Sept ans plus tard, en mai 2007, le corps de Paulette, n'étant plus considéré comme preuve, a été incinéré sur la demande des parents.


En recherchant des informations sur cette hsitoire tragique, nous avons été surpris par l'absence de précautions des enquêteurs, les incohérences et les suspicions. La découverte du corps entre le matelas et le sommier est en effet étrange et cela nous semble impossible, malgré les déclarations du légiste et des autorités.

Il faut savoir qu'au Mexique, le taux de corruption est très élevé. Nous ne pouvons émettre des hypothèses sans preuve mais cela est à garder à l'esprit.


Et vous, quel est votre avis sur l'affaire Paulette Gebara ?


La vie de la petite Paulette Gebara s'est arrêtée brusquement, à l'âge de 4 ans, de manière étrange, sans aucune explication, et le coupable est toujours en liberté. Nous espérons vivement qu'un jour, justice soit rendue pour cet ange parti trop tôt.


Nos pensées vont aux proches de la victime ainsi qu'à Erika et Martha Casimiro. Que l'âme de Paulette Gebara repose en paix.


- Ève-Marie