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Panspermie : Et si c’était nous, les extraterrestres ?

Mal-aimée des astrobiologistes, car très controversée, la théorie de la panspermie interroge néanmoins sur nos origines, a fortiori, sur l’apparition de la vie. En effet, nous avons, encore aujourd’hui, de solides doutes quant à l’origine de la vie sur notre planète. Et si les graines semées sur Terre provenaient d’ailleurs, et même d’autres civilisations ?


Et si c’était nous, les extraterrestres ? © Journal du geek

La panspermie : quèsaco ?


D’origine grecque signifiant « des graines partout », la théorie de la panspermie émerge au temps de l’Antiquité. Les philosophes, levant le nez au ciel pour admirer les étoiles, se demandaient déjà si notre espèce ne venait pas d’un horizon plus lointain. Étoffée au XIXème siècle par le physicien Lord Kelvin puis dans les années 70 par les travaux des astronomes et biologistes Fred Hoyle et Francis Crick, la panspermie postule qu’il existe des transferts de matières organiques et bactériologiques extraterrestres lors d’un contact avec un environnement extérieur. Ces bactéries et micro-organismes seraient conçus dans l’espace stellaire, soit sur d’autres planètes à l’atmosphère idéale, soit dans les nébuleuses d’étoiles puis, nichées dans des corps rocheux, des vaisseaux spatiaux ou encore propulsés par la pression de la lumière. Au moment de l’éjection causée par un impact ou d’une rencontre avec une planète, les micro-organismes viendraient faire leur nid sur leur nouvel habitat et le contaminer. Ainsi, la panspermie veut que la Terre ait été fécondée avec du matériel biologique venu de régions extraterrestres.



Les arguments en faveur de la panspermie


Bien que vivement contestées par les scientifiques et astrobiologistes, des études et expériences modernes ont pourtant démontré avec succès qu’il était possible que des organismes unicellulaires ou pluricellulaires puissent vivre dans l’espace et traverser notre galaxie. Dans le cadre de sa recherche, l’agence spatiale japonaise a placé des agrégats de bactéries séchées dans l’espace, accrochés à l’ISS (la station spatiale internationale) pendant plusieurs années. Les chercheurs se sont alors aperçus que non seulement les bactéries avaient résisté, mais elles avaient façonné une forme de dôme afin de se protéger des conditions extérieures de l’espace. Après des calculs, ils en ont conclu que des organismes pourraient effectivement survivre plusieurs décennies face à l’environnement stellaire rudement extrême.


D’autres scientifiques, comme Fred Hoyle, sont notamment parvenus à prouver que les bactéries pouvaient survivre à des températures extrêmement élevées. Les diverses études menées tendent à mettre en lumière l’éventualité pour des organismes de se déplacer à travers l’Univers, et de se déposer sur d’autres objets célestes. L’observation de coupes de météorites trouvées sur Terre a même illustré la présence de bactéries dans les corps rocheux provenant de Mars, théorisant que la vie aurait été transportée depuis la planète rouge. De manière plus générale, la panspermie admet que la vie sur Terre a une origine exogène, et participe alors à l’expansion des espèces dans l’Univers. Il existerait ainsi tout un ensemble de planètes sur lesquelles ces micro-organismes se seraient développés pour y faire naître des espèces. La panspermie propose par ailleurs plusieurs variantes, plus ou moins tangibles, qui mettent en exergue différents moyens par lesquels le monde stellaire aurait engendré la vie sur les planètes.



La lithopanspermie ou la collision d’objets célestes


La lithopanspermie, ou la collision d’objets célestes © gurmed.org

La lithopanspermie est la variante la plus répandue puisqu’elle affirme que la présence de la vie sur Terre s’est effectuée de manière accidentelle, au moment où la planète n’en était qu’au stade de l’enfance, par l’intermédiaire de corps rocheux comme des comètes ou des astéroïdes. Des millions de météorites, contenant probablement des spores de vie, sillonnaient à ce moment les systèmes solaires et un nombre potentiellement significatif d’entre elles se seraient arrêtées en chemin sur la planète bleue.


Des études mathématiques américaines et espagnoles ont également suggéré que la force magnétique des planètes était suffisante pour faciliter la collision de ces objets célestes avec elles. Les chercheurs ont ainsi présenté plusieurs modèles de simulation et ont estimé que près de 300 millions d’événements cosmiques de ce genre auraient pu survenir, amenant la probabilité pour que des bactéries soient éjectées des corps rocheux sur Terre à un pourcentage foncièrement élevé. De plus, la période durant laquelle avaient lieu ces collisions concorde avec la présence d’eau sur Terre, un argument de plus en faveur de la lithopanspermie. Par ailleurs, l’observation de traces de bactéries dans des corps rocheux retrouvés sur Terre tend davantage à accréditer cette théorie.



La pathospermie, ou la propagation de maladies extraterrestres


Des germes pathogènes extra-terrestres arrivés sur Terre ? © la-cosmologie.e-monsite.com

Cette variante relativement déroutante et effrayante de la panspermie souligne le fait que les organismes liés à la genèse de la vie ne seraient pas les seuls à voyager dans l’Univers. D’autres organismes, à l’origine de pathologies extraterrestres auraient très bien pu naviguer jusqu’à la Terre par l’intermédiaire de météorites et se propager sur la planète. Les études de Fred Hoyle et de son collègue Chandra Wickramasinghe ont cherché à révéler que la collision ininterrompue avec des géocroiseurs pourrait avoir introduit son lot de bactéries dont le pathogène est fortement incompatible avec le patrimoine génétique de l’humain. Un de leurs arguments phares, outre la présence de matériel vivant dans l’espace, stipule que certaines maladies, voire pandémies, sont apparues de manière prompte et inopinée sur la planète, à des endroits opposés.


Hoyle et Wickramasinghe évoquent la grippe de 1918 et certains cas de polio comme ayant une origine extraterrestre, de par leur apparition soudaine à plusieurs endroits de la Terre. Par ailleurs, l’observation et l’étude de corps extrêmophiles (voir photo ci-dessus) capables de survivre dans les conditions atmosphériques les plus extrêmes tend à mettre en avant la véracité de la pathospermie. Des pathogènes, coincés dans des corps rocheux, auraient ainsi fini par s’extirper de leur enveloppe et se seraient alors propagés sur les continents, contaminant l’humain.



La panspermie dirigée, ou la colonisation par des extraterrestres


Exemple de panspermie dirigée dans Alien: Prometheus © 20th Century Fox

Une autre variante intrigante de la panspermie est celle de la panspermie dirigée. Abordée dans le film Alien: Prometheus (Ridley Scott, 2012), la panspermie dirigée définit le transport volontaires de micro-organismes par des civilisations extraterrestres, en vue de coloniser une nouvelle planète et de perpétrer son espèce. Dans les années 60, certains astronomes comme Carl Sagan avaient émis l’idée selon laquelle la Terre pourrait avoir été fécondée par d’autres civilisations, il y a plusieurs millions d’années. Des peuples avancés sur le plan technologique auraient la capacité d’envoyer des objets, soit des météorites, soit des engins spatiaux à travers l’espace renfermant des germes de vie, en direction d’une planète vierge afin de l’ensemencer. En 2016, un projet d’essai modélisant une sonde intelligente a permis d’illustrer le type d’engins spatiaux que pourraient utiliser des civilisations extraterrestres pour transporter des microbes sur de longues distances, et traverser l’atmosphère sans perturber l’équilibre de l’environnement de la nouvelle planète. Si l’étude est intéressante, les chercheurs signalent néanmoins l’importance de trouver dans le génome humain une signature particulière, qui permettrait de prouver que notre patrimoine est en effet issu d’une civilisation extraterrestre.


Longtemps réfutée, la panspermie revient sur le devant de la scène ces dernières années, grâce à la recherche d’exoplanètes et de la vie sur Mars. Notre vision selon laquelle l’apparition de la vie sur Terre serait unique est bel et bien remise en question par les hypothèses déroutantes de la panspermie. Si nous n’en sommes encore qu’à des suggestions, de nombreuses études pertinentes s’évertuent tout de même à illustrer les prémices d’une origine extraterrestre de la vie. Il se pourrait donc bien que d’ici quelques décennies, nous puissions enfin répondre à la question : D’où venons-nous ?


- Amandine