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Nécrophilie : le Cas de Carl Tanzler

La nécrophilie est considérée comme un trouble mental s'apparentant à la perversion envers les morts. Plus précisément, il s'agit d'une attirance sexuelle envers les cadavres. Plus largement, ce désir peut également se manifester à l'encontre des personnes malades. Ce genre d'individu travaille généralement dans les hôpitaux, les morgues et parfois même, les cimetières. Cependant, pendant longtemps, on reliait les pillages de tombes et les disparitions de cadavres, à cette forme de pratique. Beaucoup de psychiatres considèrent qu'un nécrophile agit ainsi afin de s'assurer que la personne à qui il va « faire subir » ses fantasmes ne pourra pas lui résister, il ne supporterait alors pas le refus d'autrui, ni une forme d'opposition à ce qu'il souhaiterait. En fin de compte, un nécrophile est une personne souhaitant avoir quelqu'un sous son autorité sans avoir à montrer de signe de force.


Ce dont on parle moins c'est de l'amour que peuvent ressentir les nécrophiles envers les morts ou malades. Dans cette situation, il n'est pas forcément question de désirs sexuels, généralement, les personnes dans cette situation vont se contenter de vivre avec la personne comme si elle était vivante. Un film illustre parfaitement ce côté de la nécrophilie : Les noces funèbres de Tim Burton, dans lequel un vivant se marie avec une morte. Le cas de Carl Tänzler en est également un exemple.


Hatred, Pietro Pajetta, 1896, huile sur toile © Domaine Public

Carl Tänzler.

Georg Carl Tänzler naît le 8 février 1877. On sait très peu de choses sur son enfance si ce n'est qu'il a toujours prétendu voir l'une de ses ancêtres, Anne Constantia Von Cosel. Cette dernière lui aurait montré le visage de son véritable amour, une femme exotique aux cheveux bruns. Quoi qu'il en soit, Carl Tänzler retint cette description et resta, pendant longtemps, dans l'idée qu'il rencontrera cette personne un jour et qu'il pourra vivre avec elle, alors qu'il ne la connaît pas encore. Existe-t-elle vraiment ?


Il voyagea de l'Inde vers l'Australie, où il acheta de l'équipement et des bateaux. Ensuite, il s'intéressa à l’ingénierie, puis arriva la Première Guerre mondiale. Suite à cela, il fut retenu prisonnier avant d'être libéré, puis il partit à la recherche de sa mère dont il avait perdu la trace depuis 1914. En 1920, il se maria avec Doris Anna Shafer avec qui il eut deux filles. Par la suite, en 1926, sa mère lui conseilla de rejoindre sa sœur aux États-Unis, ce qu'il fit, suivi par sa femme et ses filles. Il devint manipulateur en électroradiologie médicale à l’hôpital militaire de Key West en Floride à partir de 1927, à ce moment-là, il a cinquante ans. Malgré les nombreuses années qui se sont écoulées depuis l'apparition de son ancêtre, bien qu'il ait une femme aimante, Carl ne fait que penser à la personne qu'il est censé rencontrer un jour.


Trois ans après son admission à l'hôpital, il rencontra celle qui lui tourmentait la tête depuis tant de temps. Maria Elena Milagro de Hoyos, une jeune femme de vingt-et-un an, mariée à un homme l'ayant abandonné après qu'elle eut fait une fausse couche, se rendit sur le lieu de travail de Carl Tänzler pour faire des examens, elle était atteinte de tuberculose. Voyant cette femme comme l'amour de sa vie, il essaya par tous les moyens de la soigner, allant des rayons X et de l'électricité jusqu'aux médicaments à base d'herbes ou de produits chimiques. Il la couvrait également de nombreux cadeaux, lui démontrant son amour. Jamais nous ne saurons si cela était réciproque, mais on pense que ce ne fut pas le cas.


Malheureusement, un peu plus d'un an après leur connaissance, Maria Elena mourut. Le docteur insista pour payer les funérailles et il fit construire un mausolée de pierre pour éviter la détérioration du corps de la défunte pouvant être causée par les eaux souterraines. Il vint alors la visiter tous les soirs jusqu'à voir apparaître son fantôme avec lequel il parlait. Ce dernier lui exprimant son amour et lui demandant de faire sortir le cadavre de sa tombe. Ce à quoi songea Carl ; il finit par le faire. Ne serait-ce pas de la folie ? Quand on sait qu'il peut voir les fantômes et que l'un d'entre eux lui demande de vandaliser une tombe, de la piller, on se demande si notre homme ne souffre pas de schizophrénie doublée d'obsession. Il est entendu qu'aucun individu sain d'esprit n'aurait réagi de la sorte.


Une folie menant à un problème bien plus important.

Le cadavre était en décomposition depuis deux ans, il dégageait une odeur de pourriture et était physiquement peu ragoutant. Carl ayant perdu son travail, il avait acheté une petite cabane dans laquelle il ramena le corps de Maria Elena avant de s'occuper de le « raccommoder ». Il inséra des chiffons dans son abdomen, il recouvra son visage d'un tissu de soie trempé dans de la cire et du plâtre, ajouta des yeux de verre ainsi que ses cheveux qu'il avait recueillis peu après sa mort par le biais de sa mère. Il l'habilla et l'aspergea de parfum en très grande quantité, tentant de masquer l'odeur qui émanait du cadavre.


Maria Elena de son vivant / en poupée © 2020 PREUVES DU PARANORMAL

Durant sept ans, il vécut paisiblement avec cette poupée, lui parlant, jouant de la harpe et dormant avec. Cependant, la rumeur vint aux oreilles d'une des sœurs de la défunte : Maria Elena ne siégeait pas dans sa tombe, mais dans l'habitation de Carl Tänzler. Elle s'y rendit pour s'assurer de cette information, découvrant l'affreuse représentation de sa sœur. Notre homme fut arrêté pour profanation de sépulture, cependant, le délai de prescription ayant été dépassé, il fut relâché. Le corps de Maria Elena ayant été repris et enterré dans une tombe anonyme, il ne pouvait plus recommencer.


Malgré tout, Carl écrivit par la suite son autobiographie annonçant qu'il était prêt à monter à bord d'un avion avec le cadavre afin que le rayonnement de l'espace redonne vie à sa bien-aimée. Il construisit une nouvelle poupée à l'effigie de la femme qu'il aime afin de finir sa vie avec elle. On le retrouva le 3 juillet 1952 gisant sur le sol aux côtés de la fausse Maria Elena. On apprend après coup que sur ses deux poupées, Carl avait inséré une sorte de tuyau au niveau de l'entrejambe. On se doute de ce à quoi il a pu servir.


Lorsqu'on ne sait pas ce dernier détail, on peut penser qu'il n'est qu'un homme romantique ayant éperdument envie de vivre avec sa bien-aimée malgré sa mort. En revanche on voit le côté pervers de cette histoire qui ressort davantage avec ce qu'il a ajouté sur ses mannequins. En revanche, on se demande tout de même comment il a pu en arriver là. Avait-il des réactions beaucoup trop extrêmes par rapport à ses pensées d'origine ? Personne n'en doute, mais il doit bien y avoir une raison. Tout être humain est névrosé, en revanche, certains le sont plus que d'autres, Carl en est un parfait exemple. A-t-il fait tout cela parce qu'il n'a jamais eu Maria Elena de son vivant et qu'il était frustré ? C'est fortement possible. Cependant, sa situation mentale n'était pas des plus saines. Malgré tout, il semblait avoir des sentiments pour cette jeune femme, elle ne lui servait apparemment pas seulement d'objet sexuel.


Beaucoup de nécrophiles ont existé à travers l'histoire et sont présents de nos jours, certains d'entre eux ne vont pas déterrer les morts pour subvenir à leurs envies, ils auront tendance à tuer euxmêmes leur « proie » afin de se satisfaire. Le cas de Carl Tänzler est peu écœurant en comparaison d'autres affaires dont a pu s'occuper la police.


Judy