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Moby Dick : le véritable naufrage à l'origine de la légende

Sorti en 1851, l’ouvrage de Melville conte l’histoire d’une baleine blanche coulant un baleinier. Cette œuvre aura effrayé un bon nombre de personnes. Mais qu'en est-il de l'origine de cette légende ? Et si les créatures qui peuplent l'océan, étaient réellement capables de faire couler des navires ?


Manhattan, milieu du XIXe siècle. Ismaël, un jeune homme passionné par la mer et Queequed, un harponneur, décident d'embarquer à bord d'un baleinier. Alors qu'ils découvrent le Pequod, un énorme navire sur lequel ils partiront en mer, les deux hommes rencontrent ceux qui effectueront ce grand voyage avec eux : des aventuriers, des exilés, des clandestins... Un homme imposant, au visage balafré et à la jambe de bois, se présente comme étant le capitaine du Pequod. Il se prénomme Achab. Alors que la traversée commence, le capitaine avoue à son équipage qu'il n'est pas seulement motivé par l'envie de satisfaire le marché de la baleine. Il recherche Moby Dick, un énorme cachalot blanc, monstrueux et féroce. C'est en effet ce mammifère qui lui a arraché une jambe lorsqu'il était plus jeune. Ismaël comprend alors que l'unique désir d'Achab est de se venger, en tuant de ses propres mains Moby Dick. Au terme de cette traque infernale, le Pequod échouera, emportant dans sa chute tout son équipage. Il ne restera qu'un homme : Ismaël, qui survivra en s'agrippant à un cercueil qui le sauvera de la noyade.


La légende de Moby Dick, racontée dans le roman éponyme d'Herman Melville © 2014-2020 axlsalles

Ce récit d'aventure, racontant la quête vengeresse d'un capitaine de baleinier, est devenu un classique de la littérature. Il s'agit de Moby Dick, écrit par Herman Melville en 1851. L'auteur était lui-même un marin chassant la baleine de 1840 à 1842. C'est donc en puisant dans ses souvenirs et en s'inspirant de faits réels, qu'il écrira ce roman et qui deviendra célèbre bien des années après sa sortie. Certains affirment que Melville s'est inspiré de l'histoire vraie d'un cachalot nommé Mocha Dick par les marins dans les années 1830. C'était une énorme bête mesurant plus de vingt mètres, ayant survécu à de nombreux harponnages sans jamais se faire attraper. La baleine avait aussi la réputation d'attaquer les baleiniers qui s'approchaient d'elle. Cependant, aucun scientifique ni texte historique n'a pu prouver que ce cétacé avait réellement fait couler des navires.


En revanche, c'est le naufrage de l'Essex qui semble avoir inspiré Melville dans son écriture de Moby Dick. Ce baleinier part en mer le 12 août 1819 afin de chasser les baleines pour récolter leur graisse. À cette époque, le marché des cétacés était très lucratif, car leurs graisses permettaient de lubrifier les machines ou de s'éclairer grâce aux lampes à huile. C'est donc dans cette optique qu'une flotte de trois bateaux part en mer. Elle est dirigée par George Pollard, assisté par Owen Chase et Matthew Joy. Après des mois de pêche, c'est le 20 novembre que les baleiniers atteignent l'océan Pacifique. C'est alors qu'un énorme cachalot de plus de vingt-cinq mètres attaque le bateau de Chase, provoquant d'abord un choc latéral, puis frontal. Owen Chase écrira dans son carnet de bord : « la bête nous a frappé du côté au vent... et a détruit totalement notre avant ! » C'est alors que le baleinier commence à prendre l'eau. L’équipage doit donc se dépêcher afin de récupérer des vivres et du matériel de navigation avant que tout ne sombre dans l'océan.


L'Essex, attaqué par le cachalot (croquis des carnets de Nickerson) © Domaine public

Après cet accident, l'équipage décide de reprendre la mer pour regagner la terre ferme et essayer de sauver le navire ravagé par le cachalot. La terre la plus proche est les îles Marquises, mais les marins refusent de s'y arrêter, par peur de sa réputation d'île peuplée par des cannibales. Mais les jours passent et les hommes manquent de rationnement : la fin et la soif se font sentir. Lorsqu'un des hommes tombe malade et décède de sa maladie, le reste de l'équipage décide de le manger pour survivre. Au bout de quelques mois, les hommes finissent même par tirer à la courte paille pour désigner qui sera le prochain à être mangé, afin qu'on lui tire une balle dans la tête pour pouvoir se nourrir. C'est finalement après plus de quatre mois que le peu de survivants seront sauvés par des vaisseaux anglais. Il ne restera de ce périple que huit hommes sur vingt partis en mer.


À son retour sur la terre ferme, Owen Chase écrira son aventure dans des carnets et la racontera à sa famille. C'est d'ailleurs en discutant avec le fils d'Owen que Melville prendre la décision d'écrire Moby Dick.


Owen Chase âgé © Domaine public

Des siècles après ce terrible accident, cette légende de baleines tueuses continue de fasciner les plus curieux. Les scientifiques étudient toujours l'histoire des fonds marins, et découvrent qu'à l'époque où Melville écrit Moby Dick, énormément de cachalots tueurs peuplent l'océan. Ces animaux, d'un naturel timide, peuvent décider de chasser les humains dès qu'ils se sentent agressés ou menacés. Le professeur Whitehead, après avoir fouillé les archives de l'époque et étudié des reconstitutions de situations, assure qu'il y avait bien à l'époque de Melville des navires coulés intentionnellement par des cachalots. Pour les professionnels, il s'agit d'une espèce particulière de cachalots : les physétéridés, qui pourraient s'attaquer aux bateaux.


Ces cétacés possèdent un melon sur le dessus de leur tête : une boule de graisse représentant un quart de leur poids. Cette partie de leur anatomie leur permettrait d'éperonner les bateaux, et même de les faire couler en fonçant sur eux à grande vitesse. C'est d'ailleurs ainsi que procèdent les mâles pour séduire les femelles en période de reproduction : ils se foncent l'un sur l'autre à une vitesse dépassant les vingt kilomètres heures, pour tenter de couler leur adversaire.


Un grand cachalot pourrait être à l'origine de la légende de Moby Dick © Franco Banfi – Biosphoto

Bien des siècles après sa sortie, le roman d'Herman Melville reste un classique de la littérature américaine : certains voient à travers cette œuvre une bataille entre le Bien et le Mal, entre la violence humaine et la nature qui reprend ses droits. Cette œuvre a marqué les esprits et a été adaptée de nombreuses fois dans la culture populaire : aussi bien dans des films comme Moby Dick réalisé en 1956 par John Huston, ou même dans des séries ou des bandes dessinées. Cette légende de la baleine tueuse continue d’effrayer de nombreuses personnes, car elle nous rappelle une fois de plus que les fonds marins sont peuplés de créatures terrifiantes et encore inconnues.


Constance