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Marcel Petiot, le Docteur Satan

Le 11 mars 1944, une épaisse fumée nauséabonde s’échappe d’un hôtel particulier rue Le-Sueur, dans le 17e arrondissement de Paris. Alertée par l’odeur, une foule de voisins se regroupe devant l’immeuble et prévient les pompiers ainsi que les forces de l'ordre.


La résidence appartient à un certain Marcel Petiot, docteur de profession, né en 1897 à Auxerre. Interné en psychiatrie par le passé, l’homme a pour autant toujours réussi à échapper à la vigilance des autorités, sûrement trop occupées par les conflits ayant successivement ébranlé le pays. Il obtient ainsi son diplôme de médecine malgré des troubles psychiatriques évidents, et ce depuis l’enfance.


Photographie d'identité judiciaire du docteur Marcel Petiot (22 novembre 1944). © Domaine Public

Marcel Petiot aurait en effet torturé de nombreux animaux, notamment des chats, leur tirant dessus ou les ébouillantant. À l’âge de dix-sept ans, il est arrêté pour avoir intercepté le courrier de nombre de ses voisins et s’être servi des informations contenues dans ces lettres afin de semer le trouble dans le voisinage.


Il interrompt ses études de médecine en s’enrôlant dans l’armée française au milieu de la Première Guerre mondiale début 1916. Ayant été blessé au front par un éclat de grenade en mars de l’année suivante, il est traité dans un hôpital dans lequel il commet quelques vols. Petiot est conduit en prison militaire avant d’être interné en psychiatrie, présentant un trouble dépressif paranoïaque. L’armée française ayant connu d’importantes pertes au front, elle renvoie Petiot au combat à sa sortie de l’hôpital psychiatrique en 1918 avant qu’il ne soit définitivement déchargé de ses responsabilités militaires suite à de nouvelles blessures l’handicapant davantage. Un nouvel examen psychiatrique fait état de ce qui pourrait aujourd’hui être considéré comme un syndrome post-traumatique, associé à ses troubles préexistants. Marcel Petiot arrive pourtant à décrocher son diplôme de médecine en 1921 et ouvre un cabinet à Villeneuve-sur-Yonne un an plus tard.


Petiot y commet des menus larcins comme des fraudes à l’assurance maladie ou des vols chez certains de ses patients. Très charismatique et charmeur, il arrive pourtant à éviter la prison et suscite l’intérêt de la population de Villeneuve-sur-Yonne, notamment de par son célibat qui durera jusqu’à ses trente ans, un âge avancé pour l’époque. Des rumeurs courent sur les disparitions de femmes dans l’entourage du docteur Petiot, soupçonnées d’avoir été ses maîtresses, sans pour autant que ce dernier ne soit inquiété.


Les controverses entourant la personnalité de Petiot grandissant, il décide d’ouvrir un cabinet à la capitale en 1933 où il continue ses activités discutables aux yeux de la loi. Il réalise un grand nombre d’ordonnances d’opiacés à ses patients toxicomanes sans motif médical valable et pratique des avortements clandestins pendant près de trois ans. À la suite d’une énième pulsion de cleptomanie, cette fois-ci dans un commerce, il est arrêté et jugé irresponsable, envoyé d’office en hôpital psychiatrique à la maison de santé d’Ivry-surSeine. Libéré un an plus tard, il continue à pratiquer la médecine sans être inquiété par l’Ordre des médecins.


Au milieu de la Seconde Guerre mondiale, le docteur Petiot offre ses services aux personnes étant menacées par la police allemande, tels que des résistants, des criminels notoires ou encore des familles juives. Il prétend faire partie d’un réseau de résistants capable de les faire passer en zone libre, puis de les emmener en Amérique du Sud ou au Royaume-Uni. Les rumeurs entourant son supposé réseau grandissant, la Gestapo décide d’y envoyer un prisonnier juif devant les informer des pratiques de Petiot. L’informateur en question, Yvan Dreyfus, disparaît sans laisser de traces. Petiot est arrêté peu de temps après par la Gestapo et torturé pendant huit mois durant lesquels il n’avoue rien, étant en effet questionné sur la Résistance dont il ignore en réalité tout. Il se lie d’amitié et se fait respecter par ses camarades de cellule résistants, le croyant l’un des leurs.


À sa sortie de la maison d’arrêt de Fresnes, il décide d’effacer toute trace de ses activités criminelles. Et pour cause, c’est une usine du meurtre semblable à celle de l’américain H. H. Holmes qui se trouve rue Le-Sueur. L’hôtel particulier comporte de nombreuses chambres à gaz insonorisées à doubles cloisons afin que Marcel Petiot puisse assister à l’agonie de ses victimes par des judas.


Une du journal Le Matin, 14 mars 1944. © Domaine Public

Afin d’échapper à tout soupçon, Petiot décide de démembrer les corps de ses victimes et de les faire brûler dans la chaudière située au sous-sol de l’hôtel particulier. C’est cette odeur qui suscite l’attention de ses voisins le 11 mars 1944. Les pompiers et les forces de l’ordre arrivent alors devant le 21 rue Le-Sueur et essaient d’en contacter le propriétaire. Marcel Petiot répond à leur appel téléphonique et leur assure qu’il se dirige d’urgence vers son domicile secondaire. À la place, il prend la fuite et intègre les Forces françaises de l’Intérieur, sous le nom de code capitaine Valéry. La Résistance lui permet d’échapper aux forces de l’ordre, malgré une grande médiatisation de l’affaire pendant sept mois, persuadée de cacher un résistant ayant éliminé des collaborateurs et officiers allemands en soutien aux forces du général De Gaulle.


Ce sont d’ailleurs les médias qui ont permis l’arrestation du docteur Petiot, surnommé le « Docteur Satan » dans leurs colonnes. En effet, Petiot écrit une lettre de réponse au journal Résistance l’ayant accusé d’être un « soldat du Reich », ce qui trahit sa présence dans les environs de Paris, seule zone de distribution du journal. Il est arrêté le 31 octobre à la station de métro Saint-Mandé-Tourelle.


Le Docteur Petiot à son procès. © D.R Source

Lors de son procès, Petiot maintient sa version d’avoir été un résistant éliminant seulement des collabos et soldats allemands. Cette défense est pourtant mise à mal par les effets personnels ayant été découverts au sein de l’hôtel particulier : une trentaine de valises contenant des effets personnels de femmes, hommes et enfants. Il est accusé de vingt-sept meurtres mais en revendique plus du double, ne se cachant plus d’avoir uniquement assassiné des innocents face aux preuves irréfutables ayant été présentées au jury.


Marcel Petiot est condamné à mort et exécuté le 25 mai 1946. Il demande à son avocat de ne pas le regarder être guillotiné, déclarant avec le sourire que cela n’allait en effet « pas être beau ». Il emporte avec lui les richesses volées à ses victimes, un butin avoisinant les trente millions d’euros, ainsi que l’identité exacte d’une grande majorité d’entre elles.


- Lucile