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Les mythes des déesses mères : Mère Nature, la protectrice.

La figure de la déesse mère peut être retrouvée dans de nombreux cultes et mythologies à travers l’histoire et le monde. Ces différentes cultures basaient en effet leurs rites sur la croyance en l’existence d’une mère commune à l’univers entier. Les fidèles vénéraient la figure féminine comme créatrice primitive à l’origine de toute forme de vie quelle qu’elle soit.


Dans ce premier article, seules les déesses Isis, Diane, Hécate et Déméter seront abordées. Le second article sera quant à lui dédié à Kali, Inanna et Astarte. S’il existe de nombreuses autres déesses mères dans bien d’autres cultes et religions polythéistes, ces sept déesses sont citées dans un chant Wicca que l’on peut retrouver dans certains Livres des Ombres, honorant les femmes oppressées, martyrisées pour leur désir d’émancipation à travers les siècles. Ce sort peut être retrouvé ici : https://www.sacred-texts.com/bos/bos508.htm. Il reste important de noter que selon les croyances Wicca, il ne faut absolument pas faire appel à des déesses sans avoir une connaissance profonde des rites (c’est-à-dire de la direction dans laquelle on prononce ce sort, des pierres nous entourant, de la couleur des bougies utilisées ou bien encore des plantes et fruits disposés sur l’autel) afin de ne pas attirer de mauvais esprits ou mauvaises énergies par erreur. Si l’envie vous prenait de pratiquer des rituels Wicca, il serait très judicieux de s’informer sur les pratiques existantes. Le livre Witch, Please - Grimoire de Sorcellerie Moderne de Taous Merakchi est vraiment intéressant, et propose de nombreux rituels allant des plus simples aux plus complexes pour les différentes saisons de l’année.


Isis, également appelée Aset ou Eset, était la déesse la plus importante de la religion polythéiste de l’Égypte Antique. Elle était à la fois une déesse funéraire, étant retrouvée dans une grande majorité de pratiques liées au monde des morts, une soignante pouvant guérir les malades et ressusciter les morts, ainsi que la figure maternelle ultime représentant à elle seule le cycle de la vie. Elle est traditionnellement représentée comme portant une robe fourreau, avec le hiéroglyphe du trône sur le front ou des cornes de vaches posées au sommet de sa tête. Il est intéressant de noter que les cornes de vaches trônant au sommet de son crâne peuvent être assimilées à un croissant de lune retourné, et que ce même symbole est retrouvé chez de nombreuses déesses mères. Isis est associée à la royauté, et ce, dès la cinquième dynastie. Les prêtres de la ville d’Héliopolis, qui vouaient un culte au dieu soleil Ra, ont eux-mêmes développé le mythe de la déesse Isis. Elle serait, selon eux, la fille du dieu de la Terre Geb et de la déesse du ciel Nut, ainsi que la sœur d’Osiris, Seth et Nephthys. Elle était également l’épouse de son frère Osiris, le roi d’Égypte, et régnait sur le royaume. Seth étant jaloux du pouvoir de son frère Osiris, il le piégea et l’enferma dans un coffre de plomb qu’il jeta ensuite dans le Nil. Seth devint ensuite Roi d’Égypte à son tour. Isis, ne pouvant se résoudre à oublier son époux, le chercha jour et nuit avant de retrouver le coffre à Byblos. Elle le ramena en Égypte où Seth, furieux du retour de son frère, le découpa en morceaux et répandit ses différents membres à travers le monde. Se transformant en oiseau, Isis retrouva les différentes parties du corps de son mari. Usant de ses pouvoirs magiques, elle assembla les parties du corps d’Osiris en l’entourant de bandelettes, faisant de lui un être liminaire, ne faisant ni partie du monde des vivants, ni de celui des morts. Neuf mois plus tard, Isis et Osiris eurent un enfant : Horus. Cet événement marqua le départ d’Osiris vers le monde des morts, dont il devint le roi. Isis prit la fuite dans les marécages du delta du Nil où elle attendit que son fils soit assez grand pour qu’il puisse reprendre le trône d’Égypte à Seth, ce qu’il parvint à faire. Ce mythe est symbolique de la figure de protection de la famille d’Isis, de par la manière dont elle a protégé son mari Osiris et son fils Horus : elle est la déesse mère par excellence. Celle qui a donné la vie et qui la protège à tout prix. Elle est également une déesse associée à la figure de la sorcière, usant de ses pouvoirs magiques à des fins bénéfiques. Ses pouvoirs la rendent, dans les écrits de l’époque, plus puissante que les dieux Osiris ou Ra.


Diane est une déesse de la religion romaine, associée à la déesse grecque Artémis. Son nom est étymologiquement rattaché aux mots ‘dium’ (le ciel) et ‘dius’ (la lumière du jour). Déesse de la fertilité et des animaux domestiques, elle est associée aux différentes phases de la lune. Artémis était quant à elle la déesse des animaux sauvages, de la chasse, de la végétation et de l’enfantement. Fille de Zeus, le dieu suprême, et de Léto, elle est également la sœur jumelle d’Apollon, dieu des arts, de la beauté masculine et de la lumière. Artémis est souvent décrite comme la déesse de la nature sauvage dansant entourée de nymphes au cœur de montagnes et forêts. Si elle était la déesse de la chasse, elle protégeait également les animaux trop jeunes pour être chassés. Dans certaines régions de la Grèce, elle surveillait les cours d’eaux entourés de végétation luxuriante où résidaient les nymphes des puits et des sources : les naïades. Elle est la plupart du temps représentée avec un chien de chasse, un cerf ou même un taureau. Ce dernier est un animal cornu, symbole pouvant être assimilé à un croissant de lune. Une fois provoqué, son courroux était, disait-on, terrible, à l’image même des éléments de la nature pouvant se déchaîner.


Une autre divinité grecque a également le rôle de déesse mère, bien que son mythe soit plus ancien que celui d’Artémis : Hécate. L'on retrouve l’origine de sa légende chez l’ethnie des Cariens dans le Sud-Ouest de l’Asie Mineure. Dans Théogonie d’Hésiode, l’un des textes fondateurs de la mythologie grecque, elle est décrite comme la fille du Titan Persès et de la nymphe Astérie, pouvant régner sur la terre, les cieux et les mers en contrepartie de services rendus aux dieux et aux humains. Déesse de la sorcellerie, de la magie et des sorts, elle pouvait accorder la réussite, la santé ou encore la sagesse à qui lui demandait. Protectrice des chasseurs et des marins, elle était également la gardienne des frontières symboliques telles que les chemins, les portes, les lisières de forêts ou les carrefours. Cela en fait une déesse liminaire, c’est-à-dire une déesse régnant sur tous les royaumes à la fois, ne connaissant pas de limites d’espace ni de temps. Elle est traditionnellement représentée comme une déesse à trois bustes, comme pour imager les trois royaumes sur lesquels elle exerce. Cette figure d’une triple déesse est également associée aux Parkes, les divinités tissant le fil de la vie, la première en charge de la naissance d’un être, la deuxième de sa vie et la troisième de sa mort. A l’apogée d’Athènes, soit au Vème siècle av. J.-C., elle est définitivement associée au monde des morts et à la légende de Perséphone, fille de Déméter, enlevée par Hadès, le roi des Enfers. Tout comme la Banshee, ses apparitions sont précédées de hurlements de chiens prévenant son arrivée imminente. Il est encore une fois intéressant de noter que les historiens ont associé la figure de la triple déesse aux trois phases de la lune : croissante, pleine et décroissante.


La dernière déesse de ce premier article est également une divinité grecque : Demeter, déesse de l’agriculture et du cycle des saisons. Tout comme Hécate, elle est la fille de Titans. Comme indiqué précédemment, sa fille Perséphone fût enlevée par Hadès, le roi des enfers. Désespérée à l‘idée de ne savoir où se trouvait sa fille, Demeter partit à sa recherche à travers le monde déguisée en vieille femme, n’occupant donc plus son rôle de déesse de la nature. Les céréales, arbres fruitiers et légumes s’arrêtèrent donc de pousser, faisant planer la menace d’une famine sur le monde. Zeus intervint donc en faveur de Déméter en demandant à Hadès de laisser Perséphone rentrer dans le royaume des vivants. Si cette dernière n’obtint pas le droit de rester l’année entière, il l’autorisa à rentrer sur terre pendant le printemps et l’été, Déméter n’acceptant de reprendre son rôle qu’à cette condition ; c’est ainsi que le cycle des saisons naquit. Une aura de mystère entoure le culte de Déméter. C’est en particulier le cas pour les Mystères d’Eleusis, nommés ainsi car si l’un de ses membres venait à divulguer les pratiques du culte, il en serait immédiatement puni de mort. Quelques découvertes archéologiques, ainsi que l’étude de textes antiques, ont permis aux historiens de cerner les croyances et pratiques de ce culte. Selon eux, les fidèles croyaient fermement à l’immortalité dans le sens d’un éternel renouvellement, une théorie comparable à celle de la réincarnation. Ils célébraient les récoltes des cultures, effectuaient des rites de fécondité et rejouaient le cycle de la vie qu’elle soit végétale ou animale. D’après les historiens, de nombreux philosophes tels que Socrate ou Platon auraient été initiés au culte. Déméter est généralement représentée tenant des épis de blés, symboles de fertilité et de fécondité de la terre, les céréales faisant déjà partie intégrante de l’alimentation en ces temps. Ses fidèles lui sacrifiaient en général des bœufs, qui s’avèrent être, encore une fois, des animaux cornus. Son animal de prédilection reste pourtant le serpent, que l’on peut retrouver dans les religions monothéistes comme symbole du mal, tout comme le bouc, animal cornu par excellence.


Il est en effet très important de noter que la religion Chrétienne, devenue religion de l’Empire Romain au IVème siècle après J.-C., a dû développer de nombreuses techniques d’évangélisation (c’est-à-dire de conversion progressive des non-croyants) afin d’agrandir son influence. La manière la plus efficace de convertir des populations aux cultes païens était d’intégrer leurs divinités aux traditions chrétiennes, puis de peu à peu les diaboliser afin de progressivement plonger ces traditions ancestrales dans l’oubli. Avec la redécouverte du paganisme grâce aux mouvements féministes des années 1980, le néo-paganisme a ouvert la porte à de nombreuses recherches sur le sujet, permettant de conclure que si l’image contemporaine d’un « Dieu » ou d’un être supérieur a plutôt tendance à être masculine, elle était par le passé en revanche féminine, à l’image de « Mère Nature ».


Lucile