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Les meurtres du Lac Bodom : le suspect se cache-t-il parmi les victimes ?

Dernière mise à jour : 22 déc. 2019

Le 5 juin 1960 aux alentours de onze heures, un jogger du nom de Risto Sirén fait l’horrible découverte d’une scène de crime sur les rives du lac Bodom, en Finlande. Il alerte alors la police en décrivant son atrocité. Un groupe de quatre jeunes campeurs a visiblement été attaqué, et il ne reste qu'un seul survivant. Une enquête est alors ouverte pour tenter de percer le mystère autour de ces trois meurtres.

Un soir d’été, le 4 juin 1960, un groupe de quatre adolescents profite des températures estivales pour camper sur les rives du lac Bodom, situé dans la commune d’Espoo à une vingtaine de kilomètres d’Helsinki. Maila Irmeli Björklund et Anja Tuulikki Mäki, âgées de quinze ans ainsi que leurs petits amis Seppo Antero Boisman et Nils Wilhelm Gustafsson, âgés de dix-huit ans, installent leur tente pour y passer la nuit. Hélas, le lendemain matin, les corps des quatre adolescents sont découverts par un menuisier qui effectuait son jogging. Une heure plus tard, la police arrive sur les lieux. Elle découvre la scène sanglante : les quatre individus sont empilés les uns sur les autres et portent de nombreuses blessures. Les corps de Gustaffson et sa petite amie Maila sont placés au-dessus de la tente alors que les deux autres se trouvent sous la toile.

Il semblerait que les campeurs aient été attaqués entre 4h et 6h du matin, pendant leur sommeil. Les enquêteurs affirment que le tueur n’est pas entré dans la tente mais qu’il aurait frappé ses occupants de l’extérieur avec un objet tranchant : une arme blanche qui pourrait s’apparenter à une faucille ou à un gros couteau. Cette arme ne sera par ailleurs jamais retrouvée, malgré d’intensives recherches dans le bois alentour. Il semblerait également que les cordes qui maintenaient la tente aient été tranchées avant qu’ils ne soient poignardés. Ce qui les auraient pris au piège sous son poids. On remarque également les affaires des campeurs éparpillées autour de la tente, ce qui fait comprendre aux enquêteurs que le tueur aurait volé plusieurs objets appartenant aux victimes, dont un portefeuille et des vêtements. Plus tard, on retrouva les chaussures de Gustaffson à environ 500 m de la scène de crime avec des traces de sang sur l’extérieur, indiquant que le tueur les portait pour effectuer les meurtres.

Enfin, on s’aperçoit rapidement que, malgré de nombreuses blessures dont une fracture de la mâchoire et des os du visage ainsi qu’une commotion cérébrale, Gustaffson est le seul survivant de cette attaque. Il est emmené en vitesse à l’hôpital.

Celui-ci, après avoir repris connaissance, demande aux médecins comment il a bien pu se retrouver dans l’accident de voiture qui lui aurait infligé ses blessures : on comprend alors qu’il a oublié les faits à cause de la commotion cérébrale. Pour poursuivre l’enquête, on utilisa l’hypnose pour tenter d'aider le jeune homme à retrouver des souvenirs de cette soirée. Il affirma alors avoir vu cette nuit-là « des yeux rouge vif venir vers lui ». Cette phrase a participé au mythe qui sera plus tard répandu dans le village, qui raconte que ce serait la mort elle-même qui serait venue tuer les adolescents, avec ses yeux rouges et sa faux.

Lors de cet entretien, il amena également des détails physiques sur l’assassin permettant d’effectuer un portrait-robot. Mais malgré ce portrait-robot, les recherches n’avanceront pas pendant de nombreuses années…

C’est en 2004, soit quarante-quatre ans après les faits, que la police décida de réouvrir l’enquête et d’arrêter Nils Gustaffson. Elle émet la théorie qu’il aurait été pris d’un excès de rage et de jalousie envers sa petite amie, et que dans cette crise il s’en serait pris à ses amis puis se serait infligé des blessures pour ne pas être soupçonné. C’est en tout cas ce qu’affirmera la partie pour l’accusation lors du procès en 2005. Cette même partie avancera qu’en reprenant toutes les anciennes preuves et en les analysant grâce aux nouvelles technologies, cela permettait de le désigner comme seul suspect : ses chaussures étaient tâchées de sang et puisqu’ aucun autre ADN n’avait été retrouvé sur la scène de crime, cela laissait penser que l’attaque s’était déroulée entre les quatre adolescents.

Puisqu’il était le seul survivant, c’était donc lui l’assassin. Mais la partie chargée de la défense de Gustaffson contesta ces faits en affirmant qu’il n’aurait pas été capable physiquement de tuer les trois adolescents et de s’infliger lui-même ces blessures qui étaient trop importantes. C’est par ailleurs cette théorie qui fut finalement retenue à la fin du procès. Gustaffson fut alors acquitté et l’état Finlandais lui versa 45 000 euros en dédommagement des souffrances psychologiques causées par la période de détention préventive.

Outre Gustaffson, il y eut de nombreux autres suspects qui auraient pu commettre ces meurtres, mais aucun de ces soupçons n'a pu être prouvé… C’était en 1969 lorsque Pentti Soininem, alors en prison, avoua être l’auteur des meurtres du lac Bodom. Il avait, en effet, été arrêté plusieurs fois pour des actes de violence alors qu’il était âgé de 15 ans, dans les années 1960. Il habitait alors près d’Espoo où l’attaque avait eu lieu. Cependant, la police n’a jamais pu le croire car il avait été reconnu psychopathe à tendance mythomane. De plus, il s’est pendu en 1969, emportant avec lui la vérité sur ses aveux.

Un autre suspect fut Hans Assman, qui était supposé être un espion du KGB au moment où les meurtres ont eu lieu. L’homme s’était en effet présenté le 6 juin 1960 à l’hôpital d’Helsinki dans un état second. Il était agressif et nerveux, ses ongles étaient noirs et ses vêtements recouverts de tâches rouges qui, selon les médecins, étaient des tâches de sang. Son comportement avait alerté le personnel hospitalier ainsi que le directeur, d’autant plus qu’il habitait à moins de 5 km du lac. On avait appelé la police, mais l’homme n’avait été interrogé que très brièvement et ses vêtements n’avaient pas été analysés. On rapporta ensuite que, lorsque les détails concernant la description de l’assassin avaient été rendus publics, il avait rasé ses cheveux qui étaient blonds comme ceux du suspect.

L’homme qui interpella le plus la police fut Valdemar Gyllstrom. Il était gardien de kiosque et avait la réputation de s’énerver facilement et surtout de détester les adolescents qui plantaient leur tente dans les bois, une source rapporta qu’il avait déjà lancé des cailloux sur des campeurs. Un jour ou Gyllstrom était saoule, il aurait confessé le meurtre du lac Bodom à un voisin, en affirmant qu’il aurait tué les adolescents. Cependant quand la police l’interrogea, il avait un alibi. Sa femme affirma que la nuit du 4 au 5 juin 1960, elle était restée éveillée et que son mari ne s’était pas éloigné de la maison. Seulement, lorsque l’homme se suicida dans le lac Bodom en 1969, elle avoua que son mari avait menacé de la tuer si elle disait la vérité...

À ce jour, et malgré de nombreuses recherches, les crimes n’ont toujours pas été résolus et nous ignorons encore qui est l’assassin… Ils restent en effet très difficiles à résoudre dû au manque de preuves matérielles et aux nombreux suspects qui ont fini par se suicider. Ce qui est sûr, c’est que cette affaire a marqué la population finlandaise qui en garde un affreux souvenir. Ces meurtres sont toujours présents dans la culture du pays : ils ont inspiré le nom du groupe de Death Metal Children of Bodom, ainsi que plusieurs films finlandais comme Bodom sorti en 2016, qui met en scène ces, tristement populaires, meurtres du lac Bodom…

Constance