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Les meurtres d’Atlanta : qui est vraiment le tueur ?

Atlanta, 1979, où l’on découvre de nouveaux morts chaque jour, tous étranglés ou assassinés de manière similaire. Le point commun entre toutes les victimes ? Ce sont tous des adolescents afro-américains. Alors que la police ne semble pas enquêter et que la peur gagne la communauté afro-américaine, on fait appel au FBI pour percer le mystère des meurtres d’Atlanta. Si cette affaire vous semble familière, c’est parce que c’est le décor de la deuxième saison de Mindhunter, qui traite des grandes affaires de tueurs en série. Dans le programme, ce sont Holden et Bill qui se chargent de cette enquête et arrêtent un dénommé Wayne Williams avec l’aide de la police d’Atlanta, mais de nombreux doutes subsistent. Retour sur l’un des plus grands infanticides qui a secoué la ville d’Atlanta…


Atlanta, 21 juillet 1979, le jeune Edward Hope Smith, alors âgé de quatorze ans, quitte le collège pour rentrer chez lui. Ce sera la dernière fois qu’il sera vu vivant, puisqu’il est porté disparu le soir-même. Quelques jours plus tard, on retrouve son corps dans un bois de la ville, ainsi que celui du petit Alfred Evans. Le garçon, âgé de treize ans, avait disparu quatre jours auparavant alors qu’il attendait le bus. On découvre alors qu’Edward a été tué par balle et Alfred par strangulation. Le 21 octobre, c’est au tour de Yusef Bell de disparaître. A la différence des autres enlèvements, il y a un témoin. Celui-ci affirme avoir aperçu le garçon de neuf ans monter dans une voiture bleue. Il s’agirait d’une Cadillac qui sera ensuite recherchée par la police d’Atlanta, sans succès. Yusef sera retrouvé mort le 8 novembre dans le sous-sol d’une école primaire. On observe sur le short du garçon un bout de ruban adhésif, et on remarque qu’il a été frappé de nombreuses fois à la tête, mais c’est un étranglement qui a causé sa mort.


En tout, ce sont plus de vingt-trois personnes qui sont assassinées entre 1979 et 1981 à Atlanta, principalement des jeunes adolescents et des enfants d’origine afro-américaine, venant de quartiers défavorisés. La panique commence alors à s’installer dans cette communauté qui n’ose plus laisser ses enfants sortir seuls, et se sent délaissée et moquée. « La réaction de la police était que nous nous inquiétions pour rien et qu’il n’y avait pas de tueur en série », se rappelle une habitante d’Atlanta. Voyant que la plupart des victimes sont de couleur noire, les policiers considèrent ces meurtres comme étant organisés par le Ku Klux Klan qui est encore très actif à une époque où le racisme persiste en Géorgie. Ainsi, la police d’Atlanta ne semble pas faire de recherches très approfondies, allant jusqu’à cacher des disparitions pour ne pas inquiéter des gens et ne pas alerter les médias. On fait alors appel au FBI pour démasquer le tueur.


C’est l’agent John Edward Douglas, ainsi que son équipe, qui se rendent en Géorgie pour aider la police d’Atlanta à enquêter. John Douglas étant l'un des premiers profileurs, se rend sur chacune des scènes de crime pour les analyser et tenter d’établir le profil physique et psychologique du meurtrier. Pour lui, ce n’est pas le Ku Klux Klan qui a organisé ces disparitions mais bien un tueur en série. D’après l’agent du FBI, le tueur ne serait pas de couleur blanche pour plusieurs raisons. Tout d’abord, si un homme blanc se montrait dans un quartier défavorisé à Atlanta, qui est une ville où la plupart des habitants sont afro-américains, il serait remarqué très rapidement. En effet, il est très rare qu’une personne de couleur blanche se promène dans ce secteur, cela aurait donc attiré l’attention de la population qui aurait pu repérer facilement ses meurtres. De plus, Douglas affirme qu’un tueur en série ne tue jamais une personne d’une autre couleur de peau que la sienne. Selon cette hypothèse, la plupart des victimes étant noires, il ne pouvait pas s’agir de l’œuvre d’une personne blanche.


L’enquête continue en mai 1981, lorsque la police et les agents du FBI commencent à observer le pont surplombant la rivière Chattahoochee. On estime en effet que c’est ici que le tueur se débarrasse des corps puisqu’on y a retrouvé de nombreuses dépouilles.

Le procès a commencé en janvier 1982 et a duré deux mois. Alors que Williams continue de clamer son innocence, on retrouve de nouvelles preuves contre lui : les enquêteurs analysent des fibres de tissu retrouvées sur d’autres victimes, et celles-ci concordent avec sa housse de lit, ses gants, ses tapis et les poils de son chien. Au terme du procès, alors que Williams avait multiplié les mensonges et les faux-alibis pour prouver son innocence, il est condamné à la prison à perpétuité. Selon les enquêteurs, l’accusé souffrirait d’un complexe d’infériorité et d’un mépris pour les gens pauvres de sa couleur de peau, qui terniraient son image et l’empêcheraient d’effectuer son ascension sociale.


Suite à l’arrestation de Wayne Williams, beaucoup de personnes, dont les amis et la famille des victimes, affirment ne pas croire en la culpabilité de l’homme. Certains avancent une théorie du complot impliquant le Ku Klux Klan et la police d’Atlanta. En effet, avant l’arrivée du FBI, les enquêteurs disposaient de beaucoup de preuves contre l’organisation mais n’ont rien fait pour les arrêter. Ainsi, il se pourrait que le groupe ait voulu tuer des enfants noirs dans le but de commencer une guerre entre la communauté blanche et la communauté noire d’Atlanta. Les années 80 ayant marqué une grande période de liberté pour les afroaméricains, dont le maire était le tout premier maire noir, cela aurait pu ne pas plaire au Ku Klux Klan qui aurait décidé de se venger.


On accuse alors la police de ne pas avoir assez enquêté, et même d’avoir erroné des rapports d’autopsie, perdu des preuves importantes et manipulé des scènes de crimes dans le but de protéger le Ku Klux Klan. Pour certains, l’ensemble des crimes ont été attribué à Wayne Williams pour empêcher la population de savoir que l’organisation voulait déclencher une guerre. La ville étant en pleine expansion à cette époque, avec la construction d’un nouvel aéroport qui devait encourager l’économie de la ville, cette nouvelle aurait fait une très mauvaise publicité pour Atlanta. En revanche, après l’arrestation de Williams, tous les crimes ont cessé, ce qui confirme en quelque sorte les interrogations de la population.


En mars 2019, l’affaire a été relancée. L’actuelle maire d’Atlanta, Keisha Bottoms, a ré-ouvert les dossiers pour examiner de nouveau les preuves avec l’aide de nouvelles technologies, qui n’existaient pas trente ans auparavant. « L’objectif n’est pas de savoir si Wayne Williams est coupable, mais de fournir enfin des réponses à ceux que la tragédie a directement touchés », affirme le magistrat de la ville. Ainsi, peut-être en apprendrons-nous davantage sur la culpabilité ou l’innocence de Williams, et la possible implication du Ku Klux Klan dans ces meurtres.


Constance