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Les harpies : les hybrides du vent

Vous étiez tranquillement assis devant Percy Jackson, Narnia, Van Helsing ou bien les jeux The Witcher et God of War, lorsque vous avez vu l’ombre de leurs ailes, puis de leur chevelure sublime mais également leurs serres acérées, prêtes à emporter une âme, peut-être la vôtre...


Harpie sur une branche d’arbre ©Digital Art de Vasylina

Qui sont-elles ?


Créatures mi-femme, mi-rapace, elles apparaissent pour la première fois dans l’Odyssée d’Homère et sont relayées par l’ouvrage du poète Hésiode, La Théogonie, datant du VIIIe av. J-C.


Selon la mythologie grecque, les harpies ou harpyies, sont les filles du dieu marin Thaumas et de l’océanide d’Electre, ou les progénitures de Typhon, titan des vents forts et des tempêtes. En effet, leur origine reste assez floue mais nous pouvons constater que le vent occupait une place essentielle dans l’imaginaire grec, étant quelque chose de mystérieux et insaisissable. Les harpies étaient alors considérées comme les esprits du vent.


Elles sont au nombre de deux ou de trois, selon les croyances.

Nous avons :

- Aellos (Tempête) surnommée également Nicothoé (Pieds rapides).

- Ocypété (Haut vol rapide).

- Podagre (Pieds légers) ou Célanéo (Obscure).

Tout comme les sirènes, elles jouissent d’un imaginaire prônant un idéal féminin envoûtant. Elles sont décrites comme des êtres au visage sublime et raffiné, encadré par une chevelure soyeuse qui orne un buste avantageux.



De figures séductrices à créatures hideuses


Ce sont les poètes des ères suivantes tels que Virgile dans l’Éneide (IIIe ou IIe siècle av. J-C.), qui décrivent leurs supposés traits difformes, leur visage pâle et leurs mains crochues. Les harpies deviennent alors des créatures répugnantes, destructrices et terrifiantes. Elles incarnent les divinités de la dévastation et de la vengeance des cieux.


L’étymologie du mot « harpie » provient du verbe « Harpazein » qui signifie « enlever ». En effet, elles sont surnommées les « ravisseuses », connues pour arracher de terre les enfants et les âmes des défunts grâce à leurs serres crochues.


Sur une partie de la frise du tombeau des Harpies (VIe siècle av J-C.), provenant de l’Acropole de Xanthos (Lycie), nous pouvons observer de chaque côté de la scène centrale représentant un jeune guerrier faisant hommage de son casque à un héros ou un dieu assis, deux harpies emportant dans leurs bras une âme ou un nourrisson.


Fragment d’un panneau provenant de la tombe Harpie ©The British Museum, Londres

Dans son œuvre d’art « Le bois des auto-meurtriers : les harpies et les suicides », le peintre et graveur anglais William Blake représente Dante et Virgile parcourant une forêt hantée par des harpies.


The Wood of the Self-Murderers : The Harpies and the Suicides (1824-1827) ©Tate Britian, oeuvre de William Blake

Cette scène illustrant un chant de l’Enfer de la Divine Comédie de Dante Alighieri (1308- 1320) est reprise également par Gustave Doré avec sa gravure « Harpies dans la forêt des suicides » (1861).


Harpies dans la forêt des suicides (1861) ©Pantheon Books edition of Divine Comedy, gravure de Gustave Doré

Ces deux œuvres illustrent bien la noirceur d’âmes des harpies, cachées dans les arbres de cette forêt torturée, prêtes à emporter l’âme de suicidés damnés.


Les harpies sont donc annonciatrices de famine, de maladie et de mort. Elles sont également très difficiles à combattre, étant donnée leur capacité de vol à très grande vitesse et leurs serres qui lacèrent les chairs. Cette quasi invincibilité est démontrée par exemple dans la quête de la Toison d’or avec les Argonautes.



Les harpies combattues par les Argonautes


Pour que Jason, fils d’Éson et descendant d’Éole puisse se hisser sur le trône, une cinquantaine de soldats partent en quête de cette fourrure de bélier. Au cours du voyage, Jason croise la route de Phinée, qui possède des dons de voyance, délivrés par Zeus en personne. Cependant, le vieil homme utilisait bien trop souvent ses pouvoirs de prophétie à l’encontre des dieux. Pour le punir, Zeus l’a rendu aveugle puis condamné à vivre seul sur une île. Dans son malheur, les harpies ont été engagées par le dieu des dieux pour venir le tourmenter. Chaque jour, un alléchant banquet se tient devant Phinée mais inlassablement, les créatures s’amusent à lui voler de la nourriture ou souiller ses repas. Phinée supplie Jason de lui venir en aide. Cette demande est renforcée par le roi en personne qui parvient à convaincre deux frères : Calais et Zétès, surnommés les Boréades. Enfants de Borée (le vent du nord) et beaux-frères de Phinée, ils se mettent à pourchasser les harpies. Les combats sont rudes mais sans relâche, les frères repoussent les attaques féroces des rapaces aux têtes de femme.


Les Argonautes et les Boréades ailés combattant les harpies ©Artwork de Jose Daniel Cabrera Peña

Soudain, l’un d’eux réussit à tuer une harpie. La déesse Iris, fille de Taumas et d’Electre (donc sœur des harpies) intervient alors pour stopper le massacre. Elle demande de laisser ses sœurs en paix, en échange de la liberté de Phinée.


Pour les remercier, le vieil homme montrera à Jason le chemin à suivre pour atteindre la Toison d’or.



Des créatures présentes dans les œuvres fantastiques


Aujourd’hui, les harpies font partie de l’imaginaire fantastique de notre époque et nous les retrouvons fréquemment au cinéma, à la télévision ou dans les jeux vidéo. Elles ont hérité de ce sens mythologique de divinité destructrice, terrifiante et hideuse. Parfois représentées par de dangereuses séductrices changeant de visage, comme dans le film Van Helseing, elles sont aussi des créatures hideuses dans le jeu The Witcher.


Dans notre lexique, une harpie renvoie de manière familière à une femme méchante et acariâtre.


C’est également un rapace diurne de grande taille avec un bec puissant, des serres énormes, de la famille des falconidés.


Les harpies du jeu vidéo The Witcher ©GD Projekt S.A

Faites donc attention, si un jour vous croisez le chemin d’une magnifique jeune femme, au visage innocent et à la chevelure étincelante. Elle sortira peut-être ses griffes crochues, quand vous aurez le dos tourné.


- Ève-Marie