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Les Georgia Guidestones

Vous connaissez certainement Stonehenge, le mythique site anglais. Entouré de théories et d'une histoire incroyable, il fait encore dresser les cheveux sur la tête. Mais connaissez-vous son cousin ? Le monument qui semble indiquer l’avènement d'un nouvel ordre mondial, les Georgia Guidestones ?


Dans le comté d'Elberton en Géorgie, aux États-Unis, se joue un drôle de spectacle. Des touristes du monde entier viennent admirer un monument pour le moins étrange. Aux abords d'une route, dans ce qui semble être un pâturage, six dalles de granite sont posées, immuables. Ces dalles appelées Georgia Guidestones, ou « pierres directrices de Géorgie », donnent des frissons à de nombreux touristes et locaux.


Quatre pierres de granite taillées et polies constituent la base de ce monument. Une cinquième pierre est posée au dessus des quatre autres en formant une étoile. Une dernière pierre soutient en son centre l'édifice.


Les Georgia Guidestones ©Dina Eric - Flickr

La position des pierres n'est pas anodine. Chacune est placée de manière à retracer la course annuelle du Soleil. De plus, de nombreux trous se trouvent dans les pierres pour indiquer des phénomènes astronomiques : solstice d'été et d'hiver, étoile polaire, date du jour. Ce monument pourrait donc être un simple repère astronomique en granite, fait pour résister à l'épreuve du temps et survivre à ces créateurs.


Cependant, il manque dans cette description quelques petits détails. Sur les quatre pierres dressées, il a été gravé dix préceptes en huit langues, sur chacune de leur face. On découvre en anglais, espagnol, russe, chinois, arabe, hébreu, hindi et swahili, ces messages :


1.Maintenez l'humanité en dessous de 500 millions d'individus en perpétuel équilibre avec la nature.

2.Guidez la reproduction intelligemment en améliorant la forme physique et la diversité

3.Unissez l'humanité avec une nouvelle langue mondiale.

4.Traitez de la passion, de la foi, de la tradition et de toutes les autres choses avec modération.

5.Protégez les personnes et les nations avec des lois et des tribunaux équitables.

6.Laissez toutes les nations régler leurs problèmes en internes et leurs problèmes externes devant un tribunal mondial.

7.Évitez les lois et les fonctionnaires inutiles.

8.Équilibrez les droits personnels et les devoirs sociaux.

9.Faites primer la vérité, la beauté, l’amour en recherchant l’harmonie avec l’infini.

10.Ne soyez pas un cancer sur la terre, laissez une place à la nature, laissez une place à la nature.


Ces préceptes sont, comme vous les avez lus, assez étranges et inquiétants. Même sans les inscrire dans une perspective de complot mondial, ou de nouvel ordre mondial, certains laissent perplexes. Si le premier message était appliqué aujourd'hui, plus de sept milliards d'humains disparaîtraient. Ce chiffre est assez effrayant. En mettant ce précepte en parallèle avec le dernier, qui compare l'humanité à un cancer, le message s'intensifie. La protection de la nature, répétée à deux reprises dans le message en anglais, semble être un des chevaux de bataille des créateurs du texte. Le deuxième message peut faire penser à des pratiques eugénistes, dans le but d'améliorer la société en ne gardant que ces meilleurs éléments. Ces dix préceptes posent les bases d'une société idéale pour ces auteurs. Nous verrons plus tard qui a bien pu choisir ces commandements.


Sur la pierre déposée sur les autres blocs de granite, on retrouve en quatre langues anciennes un énoncé de missions : Let these be guidestones to an age of reason (Que ces pierres guident vers un âge de la raison). Ces langues sont si anciennes que les créateurs du monument ont dû demander à l'ONU de vérifier leurs traductions. En effet, des traducteurs en hiéroglyphes égyptiens, en grec ancien, en sanskrit et en cunéiformes babyloniens ne courent pas les rues.


Une plaque à proximité des Georgia Guidestones indique aussi qu'une capsule temporelle est enterrée sous le site. Cependant, il n'y a aucune indication sur comment la trouver, qui l'a enterrée, mais surtout quand l'ouvrir. Certains pensent même que cette capsule n'existe pas, car il n'y a aucune preuve de son existence.


L'histoire qui va suivre est celle de ce monument, de ces créateurs et des mains qui l'ont créés.


Inscription sur la face anglaise des Georgia Guidestones © Dina Eric - Flickr

Revenons des années en arrière. Juin 1979. Nous sommes en plein après-midi et la chaleur est cuisante. Un homme entre dans la boutique Elberton Granite Finishing. Le comté d'Elberton est considéré comme la capitale du granite, on y trouverait les meilleurs artisans avec la meilleure qualité de pierres des États-Unis. Cet élégant monsieur se présente à l'accueil. Il aimerait créer un monument de dimension et de complexité inhabituelle. Le directeur de l'entreprise, Joe Fendley, le reçoit dans son bureau.


Le visiteur se nomme Robert C. Christian et il représente un petit groupe de bons américains. Joe Fendley est abasourdi devant sa commande. L'homme veut des pierres taillées gigantesques, polies et gravées : une masse de travail énorme. L'ouvrage doit résister aux pires catastrophes. Joe pense que l'homme délire et qu'il a perdu la raison. Pour le décourager d'entreprendre la construction d'un tel monument, Joe décide de gonfler ses prix. Robert C. Christian accepte de payer une somme indécente pour construire le monument. Joe Fendley n'en revient pas. La seule source de questions du visiteur est le temps que mettra le monument à être construit. Joe lui indique que le travail pourra être fait en six mois, mais qu'il lui faudra des avances pour commencer le chantier.


Dans une ultime tentative de décourager le possible plaisantin, il envoie Robert C. Christian voir le directeur de la banque de la ville, Wyatt Martin.


Le visiteur y est reçu directement. Le banquier apprend plusieurs éléments assez importants. Premièrement, Robert C. Christian est un pseudonyme, l'homme ne veut pas donner sa vraie identité. De plus, il admet aussi que le monument est en réflexion depuis plus de vingt ans par un petit groupe d'américains.


Robert déclare qu'il reviendra à la banque le lundi suivant pour engager les procédures de paiement. Le banquier, tout comme Joe Fendley, ne prend pas vraiment l'homme au sérieux.


Le lundi, Robert C. Christian est de retour à la banque. Pour engager des contrats et s'assurer qu’il peut payer le monument. De plus, le banquier a besoin de son identité, de son vrai nom. Robert accepte de lui donner à plusieurs conditions : le banquier doit jurer d'être son seul intermédiaire, de signer un accord de confidentialité drastique et de détruire tous les documents et archives qui mentionneront son nom après la construction du monument. Le banquier accepte. Après ces contrats préliminaires, Robert indique que l'argent arrivera vite à la banque de M. Martin depuis de multiples banques du pays.


Plus tard dans la même journée, Robert retourne à la boutique de Joe Fendley. Il lui tend une boîte à chaussures. En l'ouvrant, Joe découvre un cahier des charges d'une dizaine de pages pour la création et l'assemblage du monument, mais aussi sa maquette miniature. Joe est encore sceptique face à l'étendue des travaux et de leur niveau de technique incroyable. Le vendredi suivant, dix mille dollars arrivent à la banque. Joe Fendley est convaincu du sérieux de la commande. Il commence directement les travaux.


Plus tard dans l'été, Robert C. Christian revient à Elberton. En effet, le monument n'a pas encore de terrain où être érigé. Robert, Joe et Wyatt se rendent chez Wayne Mullinex. Cet homme est un entrepreneur qui a une grande étendue de terre. Sur celle-ci se trouve une butte avec une vue à 360° sur plus de deux hectares. Robert propose de lui racheter pour cinq mille dollars. L'entrepreneur accepte si son entreprise de BTP fait les fondations du monument. Le marché est conclu, le monument a trouvé sa place.


Robert prend alors congé des hommes. Il ne reviendra jamais à Elberton. Il continuera d'écrire au directeur de banque pour s'enquérir des avancées du monument. À chaque lettre reçue, Robert est dans une ville différente, impossible à tracer. Il demandera très tôt à transférer la propriété du terrain au comté d'Elberton, afin de protéger les pierres. Sa requête sera acceptée.


Le monument est alors en construction. Petit à petit, les pierres sont taillées depuis des blocs de granite bleus, puis polies. Les messages sont gravés dans toutes les langues nécessaires. Un des plus grands défis est la précision que requièrent les emplacements pour les mesures astrologiques. Joe Fendley demandera même conseil à un astrophysicien pour être sûr de tailler au bon endroit. Un interstice est placé dans la pierre au dessus des quatre autres. Tous les jours, à midi, cet interstice permettra au soleil d'éclairer la date du jour. Une ouverture permet de repérer l'étoile polaire, quand d'autres sont traversées par le soleil les jours de solstice. Une plaque est aussi taillée pour renseigner les données sur le monument. Les pierres debout mesurent cinq mètres et soixante-dix centimètres. Ensemble, le monument pèse 107 839 kilogrammes. Il y est aussi expliqué l'utilisation des trous présents dans le monument, et la présence de la capsule temporelle.


Les Georgia Guidestones, côté anglais et russe © Dina Eric - Flickr

Dès sa construction, le monument fait face à de multiples rumeurs. Dans l'Amérique rurale des années soixante-dix, ce monument fait tache. De plus, le comté d'Elberton est dans la Bible Belt ; les dix préceptes du monument passent mal au cœur de cette Amérique croyante. On les voit comme les dix commandements de l'Antéchrist. Certains pensent que cet ouvrage est l’œuvre du Malin, quand d'autres pensent que Wyatt et Joe ont tout orchestré pour faire un coup de pub pour la ville. Même s'il est encore inachevé, des habitants pensent que des sacrifices humains y ont déjà eu lieu. Un des employés de Fendley dira même qu'il a entendu des voix et des chansons étranges quand il taillait les commandements.


Au final, c'est le 22 mars 1980 que le monument est inauguré. Plus de quatre cent personnes sont présentes pour inaugurer les Georgia Guidestones. Très vite, le monument devient une attraction touristique amenant de l'argent à la ville.


Les habitants d'Elberton ne sont pas tout à fait rassurés et convaincus de l'utilité du monument. Les rumeurs parlent de cérémonies païennes sur le lieu. Des chants, des danses, des sacrifices d'animaux et des mariages de sorciers auraient lieu aux Georgia Guidestones.


Cette histoire de la création des Georgia Guidestones est complètement irréaliste. Aujourd'hui encore, personne, sauf Wyatt Martin, ne sait qui est Robert C. Christian, le commanditaire des Georgia Guidestones. Quel est ce mystérieux groupe qui l'aurait imaginé ? Pourquoi créer ce monument ? Pourquoi ces commandements si apocalyptiques ? Pourquoi à Elberton ? Chacun y va de son hypothèse, plus ou moins crédible.


Une des théories les plus terre à terre veut que les Georgia Guidestones soient un appel au rationalisme. Une autre partie pense que l'ouvrage est un guide pour des survivants d'une apocalypse. Les commandements seraient des conseils pour bâtir une civilisation saine et équilibrée en accord avec la nature. Il ne faut pas oublier qu'en 1980, les États-Unis sont en pleine guerre froide, la menace nucléaire est à son paroxysme. L'hypothèse d'une fin du monde proche n'est pas si absurde.


Des hypothèses plus religieuses indiquent à tour de rôle que l'endroit où ont été construites les Georgia Guidestones serait le lieu le plus béni de la Terre, ou bien à l'inverse un monument pour le diable.


Certains avancent aussi que l'énoncé sur le haut des pierres, Let these be guidestones to an age of reason, serait une référence au livre The Age Of Reason de Thomas Paine. Ce traité déiste milite pour prouver que la Bible n'est pas le verbe de Dieu. Thomas Paine vient y critiquer l’institutionnalisation de la religion et les péchés de l’Église. Pour lui, et le courant déiste, la simple expérience du monde suffit à prouver l'existence d'un dieu, ou d'un créateur de l'Univers. Ainsi, ce monument pourrait être d'inspiration déiste, pour lutter contre l'influence de l’Église.


Pour certains théoriciens, Robert C. Christian serait en fait un homme de main de Ted Turner. Ce nom ne vous dit sûrement rien, mais ce magnat des médias a pourtant fondé CNN. Ce qui fait pencher la balance de son côté est la préparation et la réalisation pour CNN d'une vidéo à diffuser lorsque la fin du monde sera « confirmée ». Il a déclaré au lancement de la chaîne en 1980 : « Nous ne raccrocherons pas l'antenne avant que le monde s'éteigne. Nous serons en direct, et nous couvrirons la fin du monde, ce sera notre dernier événement.... Nous jouerons l'hymne national une fois, le 1er juin, puis quand le monde s'éteindra, nous jouerons Plus près de toi mon Dieu avant de couper. ». Ted Turner a tenu sa promesse, un enregistrement de Plus près de toi mon Dieu est bien dans les bases d'informations de CNN. Cette vidéo divulguée au public en 2015 a pour nom « Turner Doomsday video », et en restriction « HFR -Hold for release- till end of world confirmed », en attente de diffusion avant que la fin du monde ne soit confirmée. Alors pourquoi cet excentrique philanthrope n'aurait-il pas fait faire les Georgia Guidestones ?


Mark Dice, auteur et activiste américain sur les théories du complot, avance quant à lui une toute autre hypothèse. Ce spécialiste des théories du complot pense que les Georgia Guidestones sont d'origine satanique. Robert C. Christian serait un haut membre d'une société luciférienne secrète, qui agirait pour établir un nouvel ordre mondial. Les dix préceptes gravés seraient tout simplement les nouvelles règles lors de l'avènement du nouvel ordre mondial. Évidemment, Mark Dice milite pour la destruction pure et simple du monument. La ville d'Elberton ne veut pas le retirer pour une simple raison : le monument attire des touristes, donc de l'argent.


Jay Weidner, un réalisateur et producteur de films et documentaires, avance lui une tout autre théorie. Robert C. Christian et le petit groupe d'honnêtes américains seraient des membres de l'ordre mystique de la Rose-Croix. Les rosicruciens seraient les membres d'une société secrète créée en Allemagne au XIVe siècle. Celle-ci affirmait alors avoir la vérité sur la nature, l'Univers et la spiritualité ; des choses échappant au commun des mortels.


Une de leurs valeurs fondamentales était le culte du secret et de l'anonymat. Or, Robert et son groupe possèdent les mêmes valeurs : avec leurs préceptes ils exposent leur vérité dans l'anonymat. De plus, le nom Robert C. Christian serait une référence au fondateur de l'ordre de la Rose-Croix, Christian Rosenkrutz.


Mais l'Ordre ne s’arrêterait pas là pour Jay Weidner. Les rosicruciens auraient connaissance d'un cycle solaire culminant tous les treize mille ans, qui engendrerait une fin du monde. En attendant la fin, l'Ordre désorganiserait la vie sur Terre par des guerres raciales, des émeutes, la chute des systèmes financiers pour aboutir au Grand Événement. Jay Weidner avait même donné une date : le 21 décembre 2012. La fin du monde a-t-elle eu un empêchement en 2012 ?


Emilie