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Les expériences d'Harlow et Spitz sur l'attachement

Mis à jour : 26 mars 2020

1945. Alors que le monde tente de se remettre de l'un des conflits mondiaux les plus meurtriers, le nombre de morts ne cesse d’augmenter.

Ce conflit a en effet généré près de 60 millions de victimes militaires, civiles et collatérales. Parmi eux, de nombreux enfants alors livrés à eux-mêmes, furent abandonnés, laissés à des orphelinats.

Ces établissements aux capacités d’accueil limitées ont dû s’adapter à l’augmentation du nombre de leurs pensionnaires. Dans ce contexte de crise, la priorité était d’offrir le gîte et le couvert et non de la chaleur humaine.

Au fil du temps, on se rendit compte qu’une grande partie de ces oubliés développaient des traits communs : capacités limitées et/ou grandes carences affectives.

De nombreux scientifiques tentèrent de trouver une réponse à ce phénomène, dont un psychologue américain nommé Harry Harlow, un des fondateurs de la théorie de l’attachement.


Harlow ©University of Wisconsin archive

En 1959, Harlow crée une méthode expérimentale.

Le principe est simple : observer le comportement de bébés macaques rhésus placés dans un environnement peu stimulant et sans autres contacts physiques et émotionnels que celui de mères factices.

Il réalisa bien vite que, privés de liens sociaux, leur comportement s'altérait et qu'ils devenaient rapidement des coquilles vides. En présence d'un environnement appauvri et d’une baisse de stimulations sensorielles, les petits primates devinrent prostrés.


Les bébés macaques étaient soit placés dans une cage avec une mère factice n°1, faite de fil de fer, qui permettait, grâce à un biberon placé en son sein, de nourrir le petit primate.

Soit dans une cage, avec une mère factice n°2, en feutre, matière douce et chaleureuse, mais sans biberon pour nourrir le bébé. Harlow constata rapidement que les petits macaques se blottissaient contre la mère en feutre, alors qu’ils boudaient complètement la mère avec le biberon, pourtant seule source de nourriture disponible.

L’expérience fut concluante. Les petits placés dans la cage avec la mère en feutre se sentaient plus rassurés et encouragés à explorer leur environnement.

Les petits placés dans la cage avec la mère en fil de fer, bien que nourris, tombaient progressivement dans une catatonie. Ils développaient des comportements auto centrés, s’isolaient et se laissaient mourir.

Un état cependant réversible, s’ils étaient réintégrés rapidement soit avec une mère feutre soit avec des petits non carencés, les petits poursuivaient leur développement presque normalement. Subsistait tout de même une certaine « boulimie affective ». En revanche après un certain temps, le retour en arrière n'était plus possible, le bébé ne supportait plus d’être approché par ses congénères et développait un comportement semblable à celui d’enfants autistes.


Plusieurs questions éthiques se posent quant à cette expérience. À notre époque, un tel traitement sur les animaux ne serait plus envisageable.

Cependant, aussi cruelle qu’elle puisse sembler, cette expérience a permis de démontrer que les animaux (dont les Hommes) avaient besoin d'un contact émotionnel pour se développer.

Cette avancée scientifique a permis en parallèle de mieux comprendre les impacts de l’affection et de l’attachement dans le développement humain.

Elle a aussi servi d'amorce dans le débat sur les droits des animaux et leur similarité émotionnelle avec nous, les humains.

De tels comportements avaient déjà été observés par Spitz, dans les années 1940. Le chercheur a comparé deux groupes d’enfants, un groupe élevé dans un orphelinat isolé du monde où une seule adulte s’occupait de sept enfants. Et un autre groupe dans une prison où les mères prisonnières pouvaient prodiguer soin et affection à leurs bébés. Dès 1 an, les deux groupes montrèrent de grandes différences de performances. Les enfants de l’orphelinat étaient moins curieux et plus souvent malades. Ils étaient beaucoup plus affectés par leur condition que les enfants élevés en prison, qui eux, se développaient de façon tout à fait classique. Les orphelins avaient pris un retard conséquent dans leur comportement et leur interaction sociale. À terme, seuls 2 enfants de l’orphelinat sur les 26 furent capables de marcher et de prononcer quelques mots.


Ces travaux, aussi tristes et sinistres soient-ils, ont permis aux chercheurs de démontrer la nécessité de nouer des liens pour se développer correctement. Les interactions sociales sont, instinctivement, ce que nous recherchons. Sans elles, il nous est impossible de développer toute notre potentialité.


Manon & Alexandra