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Les enfants fantômes de Bedern

En se promenant à travers la ville de York, il n’est pas rare de passer devant un bâtiment hanté. La ville est d’ailleurs connue au Royaume Uni pour être l’une des plus habitée par des entités. Le quartier de Bedern n’échappe pas à la règle, porteur d’un passé macabre mais pourtant habituel pour l’Angleterre victorienne.


Au XIXe siècle, le monde connut une révolution industrielle sans précédent, ayant pour origine le Royaume-Uni . L’émergence d’une classe moyenne fut accompagnée d’un écart se creusant entre les strates sociales plus élevées et les classes populaires et ouvrières. La pauvreté faisait en effet des ravages au sein de la population britannique. Les plus démunis devant se résoudre à trouver refuge dans les égouts de Londres, ou bien encore dans des cages d’escaliers d’immeubles habités, à défaut de pouvoir financer un logement décent. Les épidémies se propageaient à un rythme effréné au sein d’une population entassée sur elle-même, sans accès à l’eau courante ou à des produits de première nécessité.


Pour pallier à cette crise sans précédent, la New Poor Law fut mise en place par le gouvernement du Royaume-Uni en 1834. Elle légiférait ainsi les conditions de vie des plus démunis, pouvant les forcer à séjourner dans des poorhouses (maisons de pauvres), ou des workhouses (maisons de travail). La grande majorité des individus qui y pénétraient n’en sortaient jamais : les conditions de vie n’y étaient pas meilleures qu’à l’extérieur. Le pouvoir cherchait surtout à les éliminer en les cachant derrière des murs en briques. Le taux de mortalité étant très élevé chez la population adulte, et la contraception n’ayant pas encore été inventée, des centaines de milliers d’orphelins et d’enfants abandonnés se retrouvèrent encore plus démunis que leurs aînés. Des orphelinats ouvrirent par centaines à travers le Royaume-Uni, offrant un destin funeste à leurs jeunes habitants. Le travail des enfants étant légal en cette période de développement du pays, ces orphelins étaient réquisitionnés d’office afin de servir de main d’œuvre quasi-gratuite à des postes extrêmement dangereux au sein d’usines aux machines nouvellement automatisées, ayant tué plus d’un ouvrier. Cette période reste un traumatisme commun extrêmement lourd pour la population britannique, et il n’est pas surprenant que nombre de lieux hantés du pays soient des orphelinats datant de l’époque victorienne.


C’est d’ailleurs le cas pour l’orphelinat de Bedern, un quartier populaire de York, une ville ouvrière du Nord-Est de l’Angleterre. L’orphelinat était communément appelé la York Industrial Ragged School, soit « l’École Industrielle des Dépenaillés de York ». Il n’était pourtant pas question d’enseignement, mais de dur labeur quotidien sous la directive d’un homme assigné à ce poste par l’Église : George Pimm. D’une cruauté sans nom, celui-ci ne se privait pas de violenter les enfants à sa charge. Nombre de ces derniers venaient à mourir, que c'eût été à cause des coups portés par le directeur, de malnutrition ou de maladies non traitées. Le directeur s’empressait de dissimuler les corps, afin qu’il ne perde pas la prime lui étant allouée par l’Église pour chaque enfant dont il s’occupait. Les orphelins décédant en hiver n’étaient pas enterrés avant le printemps, le sol étant trop dur pour pouvoir y creuser des tombes. Les corps étaient donc entreposés dans un grand placard au sein de l’établissement, dégageant une odeur pestilentielle en son sein.


S’enfonçant dans un alcoolisme sévère, le directeur commença à entendre les cris et les voix des enfants qui émanaient de ce placard. Sa culpabilité le mena à la folie meurtrière: armé d’un couteau, il égorgea le reste des enfants présents dans l’orphelinat. Il fut retrouvé quelques jours plus tard par des hommes d’église, au milieu des cadavres de ses victimes, et fut interné d’office dans un asile psychiatrique. Il fut retrouvé pendu dans sa chambre quatre mois plus tard, après avoir écrit une lettre expliquant qu’il ne pouvait échapper aux voix de ses victimes, le hantant jour et nuit.


Si les habitants du quartier de Bedern avaient pour habitude d’entendre des enfants jouer dans les rues avoisinant l’orphelinat, dans les années suivant le drame, cette habitude commença à disparaître. Ce n’est que lorsque le quartier connut de nombreuses rénovations que des témoignages refirent surface. Un homme promenant son chien en pleine nuit commença à entendre des enfants s’amuser dans la rue. Interloqué à l’idée que des enfants puissent être laissés sans surveillance à une heure si tardive, il essaya d’aller vérifier mais son chien refusa de bouger tout en pleurant quand il commença à s’engager dans la ruelle. Laissant l’animal sur place, il y pénétra et fut désarçonné lorsque tous les rires d’enfants commencèrent à cesser au fur et à mesure de son avancée dans la ruelle. Le bâtiment ayant abrité l’orphelinat n’existe pourtant plus car il fut détruit peu de temps après le drame. Des habitations furent construites sur ce terrain, avant d’être à leur tour démolies un siècle plus tard.


Lors de la construction des fondations de nouvelles habitations sur le terrain autrefois occupé par l’orphelinat, un ouvrier de chantier sentit soudainement une vive douleur, avec l’impression que quelqu’un lui agrippait l’épaule. Il n’y avait pourtant personne derrière lui quand il se retourna. Le soir même, sa femme remarqua des griffures sur la peau de son mari, comme si un enfant lui avait profondément entaillé l’épaule. De nombreux passants ont témoigné avoir entendu des rires ou des cris d’enfants, ou avoir eu leurs habits ou sacs tirés par des petites mains invisibles. D’autres assurent avoir senti une main d’enfant se glissant dans la leur, comme si un esprit tourmenté cherchait à trouver du confort et de la protection en tenant la main d’un adulte passant devant.


S’il vous venait l’idée de vous aventurer dans les ruelles de York tard le soir, ne soyez pas surpris d’être les victimes de farces de ces êtres invisibles. Après tout, pourquoi ne pas se prendre au jeu ? Si ces enfants n’ont guère eu l’occasion de s’amuser de leur vivant, autant les contenter dans l’au-delà.


Lucile