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Le syndrome de Lavanville : légende ou réalité ?

Pokémon, une des licences de jeux vidéo les plus populaires au monde. Ses animaux mignons, ses combats d'arène mythiques, les captures sur les routes, que de souvenirs d'enfance pour nombre d'entre nous. Mais, vous souvenez-vous de Lavanville ? Surtout de sa sombre histoire ?


Le 27 février 1996, le Japon découvre les premiers jeux Pokémons. Deux versions sont disponibles pour la Game Boy : Rouge et Vert. Ces premiers jeux posent les bases de la licence qui a ensuite conquis le monde avec la capture et les combats entre les petites créatures appelées Pokémon. Dans cette première version, les joueurs doivent parcourir la région de Kanto pour obtenir les huit badges d'arènes et ensuite vaincre la ligue Pokémon. Le joueur parcourt donc la région pour avancer dans sa quête. Une des dernières étapes est de passer à Lavanville.


Lavanville est une petite ville située à l'est de la région de Kanto. On y trouve peu d'habitants et peu de commerces. Son ambiance est différente des autres villes de la région. C'est la seule ville que traverse le joueur qui n'a pas d'arène. Son attraction principale, et étape que doit traverser le joueur, est la Tour Pokémon. Ce bâtiment est en fait une tour funéraire. Sur sept étages, des sépultures de Pokémon composent le paysage. Des dresseurs viennent faire leur deuil de leur Pokémon décédé. La mort est donc présente dans cette ville, ce qui est assez étonnant dans un jeu aussi mignon. Des Pokémon spectres hantent les lieux. Dans cette ville, la couleur prédominante est le violet, la couleur du mal au Japon. La musique de la ville est assez déprimante, mais surtout étrange.


La petite ville de Lavanville dans le premier jeu Pokémon ! © Game Freak

La ville de Lavanville détonne donc du reste du jeu. C'est le 21 février 2010 que le site Pastelin voit apparaître un premier reportage sur de mystérieux suicides d'enfants entre dix et quinze ans. Un utilisateur anonyme, Dannow, partage un reportage étrange qu'il a trouvé. Pendant les premiers jours de la sortie du jeu Pokémon Rouge et Vert au Japon, soit en 1996, les autorités ont relevé une hausse anormale des décès chez les jeunes. Ces jeunes se sont tous suicidés de différentes manières comme par pendaison ou encore en sautant dans le vide. Certains se sont coupé des membres ou se sont enfoncé la tête dans un four. Des jeunes se sont étouffés en s'enfonçant leur propre bras dans la gorge.


Heureusement, certains jeunes ont réussi à être sauvés. Leur comportement était alors assez étrange : en voyant la cartouche Pokémon, des cris fusaient et des crises de nerf étaient provoquées. Avec tous ces faits étranges ainsi que le décès de centaines de jeunes, les autorités ouvrent une enquête. Dans le reportage, les forces de l'ordre rencontrent plusieurs personnes du studio Game Freak, le studio qui crée les jeux Pokémons. De piste en piste, les rumeurs entourant le jeu sont de plus en plus sombres. La piste principale entoure la ville de Lavanville et sa musique. C'est la première fois que les internautes apprennent l'existence du Syndrome de Lavanville.


Une autre version des faits a été présentée à la face du monde quelques temps après le premier reportage. Son origine est inconnue, mais encore une fois le texte est un reportage avec ce qui semble être un titre : le Syndrome de Lavanville, ou Lavender Town Tone. Les événements relatés ne seraient pas sortis avant dans la presse à cause des lois de divulgation pour les entreprises basées à Kyoto. Grâce à Seki Uchitada, Ise Mitsutomo et Satou Harue, la vérité peut enfin être connue.


En juin 1996, Satou Harue écrit un rapport interne. Elle travaille alors chez Game Freak, le studio des jeux Pokémons. Au début de l'été 1996, des morts de jeunes enfants ou adolescents commencent à être recensées. Au moins 200 enfants perdent la vie dans d'étranges circonstances. Beaucoup plus ont été affectés ou même malades, sans savoir tous les cas qui ne sont pas répertoriés. L’auteure rassemble en une liste les noms, dates et symptômes des personnes affectées par ce qu'elle pense être le jeu sur lequel elle a elle-même travaillé. Les symptômes vont de l'apnée du sommeil à des crises de violences, mais aussi des décès. Les enfants atteints ont pour la plupart joué avec des écouteurs au jeu Pokémon Rouge ou Vert sur leur GameBoy. Tous ont passé la zone de Lavanville.


L'équipe qui développe le jeu voulait que cette ville soit différente des autres. Lavanville est plus petite que les autres villes de Kanto. Elle compte aussi peu de résidents et n'a pas d'arène de champion. Son ambiance est juste différente des autres villes pour varier le parcours du joueur. Malheureusement, pour créer cette étrange musique, les développeurs se sont penchés sur les battements binauraux. Ce son est créé avec différentes fréquences de son joué d'un seul côté, donc dans une seule oreille. Il peut être entendu en portant des écouteurs. Ces battements binauraux peuvent provoquer des désordres au cerveau. Les enfants sont aussi plus susceptibles de les entendre et d'en être affectés.


Si Satou Harue a commencé à écrire ce rapport interne et à se pencher sur la musique de Lavanville, c'est parce qu'elle était directement concernée. Nous allons à présent examiner l’implication possible d'un certain Shin Nakamura dans la musique de Lavanville.


Shin Nakamura travaillait lui aussi à Game Freak, au côté de sa femme Satou Harue. Ensemble, ils avaient eu un fils : le petit Ken, de 6 ans à l’époque des faits. Shin était programmateur, alors que Satou travaillait au design sonore. Malheureusement, leur fils est officiellement mort dans un accident de voiture avant la sortie du jeu. Cependant, quelque chose ne tournait pas rond dans cette conclusion. Ken avait bien été percuté par une voiture dans la nuit, mais il avait été retrouvé nu, avec des os cassés et une hémorragie cérébrale. Sa bouche était encore écumante, comme remplie de mousse. Satou savait que son fils n'allait pas bien ces derniers temps. Son père le forçait à écouter en boucle toutes les nuits la musique de Lavanville.


En pleine nuit, Ken s'est donc levé et s'est gravé des symboles dans la peau. Il est sorti du domicile familial et s'est approché d'une route. Le jeune garçon a tenté d'attaquer une voiture qui l'a écrasé en prenant la fuite. Détruite par la mort de son fils, mais aussi troublé du comportement de son mari, Satou a décidé de garder l’œil ouvert, surtout quand le jeu serait sorti. Elle avait peur que d'autres enfants connaissent le même sort que son fils en écoutant la musique de Lavanville.


Shin Nakumara, le mari de Satou, s'est suicidé la nuit avant la sortie du jeu. Son corps a été retrouvé dans la forêt d'Aokigara, la célèbre forêt des suicides au Japon. Il a laissé une lettre à sa femme, expliquant son geste, mais aussi la mort de leur fils. Shin avait modifié la musique de Lavanville pour qu'elle formate les jeunes joueurs en guerrier, prêt à se battre pour établir un nouvel empire japonais. Leur fils Ken n'était donc que le premier martyr de la cause. Petit détail qui a son importance, le père de Shin travaillait dans l'armée japonaise au moment de la Seconde Guerre Mondiale. Il faisait partie de l'unité secrète 731 et était responsable d'expérimentations liées à l'audition.


La fameuse forêt des suicides japonaises © Photo de Japon Entre Amigos / Flickr

Pour 70% des cas, la musique semble expliquer la fin tragique des enfants. Pour le reste des cas, les explications sont attribuées à des phénomènes visuels dans la Tour Pokémon de Lavanville. Sont mis en cause le sprite (ou image) de la Main Blanche, l'animation Ghost et le sprite de l'enterré vivant. Ces trois images citées dans le reportage sont aussi pointées du doigt dans d'autres témoignages. Ce sont sur ces témoignages que nous allons nous appuyer pour les décrire.


Le sprite de la Main Blanche est en fait l'animation du Pokémon Main Blanche, ou White Hand en anglais. Cet enchaînement d'images composé de plusieurs sprites seraient dangereux. Le Pokémon est illustré comme étant une main en train de pourrir. La peau est en train de se détacher, les tendons du poignet sont détendus et pendent de la main. Pendant les attaques de ce Pokémon, des images sont manquantes, rendant le Pokémon d'autant plus effrayant.


L'animation du Ghost est, elle aussi, dangereuse. Composé de 59 images successives, ce Pokémon qui attaque le joueur est assez lugubre. Dans ces 59 images, on retrouve des visages hurlants et un squelette encapuchonné. Ces images pourraient agir de façon subliminale sur l'esprit du joueur.


Le plus terrifiant des trois est cependant le sprite de l'enterré vivant. The Buried Alive Model aborde d'abord le joueur avec ces quelques mots : « Tu es là », « Je suis piégé », « Et je suis seul », « Tellement seul » et enfin « Veux-tu me rejoindre ? ». Après ce dialogue, un combat s'enclenche. Le joueur affronte deux Mains Blanches, un Ectoplasma, un Grotadmorv puis un Pikachu ensanglanté et décharné. Après les avoir vaincus, le boss final est l'enterré vivant lui-même. Cependant, il est impossible de le battre. Le joueur perd donc tous ses Pokémons et perd la partie. Game Over s'affiche sur l'écran de la Game Boy, avec une animation du Buried Alive Model qui mange le joueur. Au redémarrage de la console, le logo Nintendo est remplacé par une image terrifiante.


Au final, les différents symptômes provoqués par la ville sont variés. Des enfants ont dû vivre avec de l'apnée du sommeil, des migraines, des acouphènes ou même des saignements des oreilles. La santé mentale des joueurs a aussi été affectée avec une irritabilité anormale, une addiction aux jeux vidéo ou encore de la violence envers les autres ou soi-même. Évidemment, certains enfants sont aussi morts ou ont tenté de se suicider.


Une autre entité revient souvent se greffer à la ville de Lavanville : le Pokémon 731. Ce Pokémon sans nom apparaît sur la route 7 au 31e bloc d'herbes. Il est accompagné d'une animation de fantôme et d'images subliminales de visages hurlants et de photos de cadavres. Si vous vous rappelez bien, le père de Shin Nakumara travaillait dans l'unité 731 de l'armée japonaise. Coïncidence ou décision humaine, ce Pokémon ne devrait pas faire partie du jeu. Le Pokédex, qui recense tous les Pokémon attrapés et croisés par le joueur, ne compte pas autant de Pokémon dans la première aventure Pokémon.


Après tous les problèmes rencontrés par les jeux au Japon, les studios ont décidé de les modifier avant leur sortie internationale. La musique de Lavanville a donc été modifié ainsi que certains autres détails. Ainsi, la communauté internationale des futurs joueurs ne serait pas atteinte. Si personne n'en a entendu parler à sa sortie, c'est grâce aux efforts de Nintendo de garder tout ça caché. Pour préserver sa console, mais aussi la licence Pokémon avec l'aide de Game Freak, tous les éléments ont été caché.


Ces créatures ont-elles vraiment leur place dans la licence Pokémon ? De gauche à droite, Buried Alive Model, Ghost et White Hand. © QueenKami sur DeviantArt

N'ayez cependant aucune crainte d'avoir vu ces images maudites. Toutes ces histoires ne sont que des creepypastas et autres légendes peuplant le net. La grande majorité de cette histoire est fausse. Alors pourquoi sont-elles si ancrées dans la culture internet et si convaincantes ? Pourquoi Lavanville est si étrange ?


Si on est si porté à croire ces histoires, c'est parce que Lavanville est réellement différente des autres villes. Son ambiance tranche avec le reste du jeu. Comme nous l'avons déjà vu, la ville est petite, les habitants peu nombreux et son attraction principale est une tour funéraire. La musique a bien été créée en rapport avec ce sentiment de malaise qui nous envahit quand on croise des dresseurs faisant le deuil de leur pokémon dans cette tour. Son tempo lent et mélancolique est fait pour glacer le sang du joueur.


Cependant, les battements binauraux et autres ultrasons ne sont pas réalisables avec les enceintes de la Game Boy. Il est cependant possible d'entendre des battements binauraux avec des écouteurs et la bonne mélodie. Pour les symptômes qu'on a attribué à la musique, il est assez simple de comprendre qu'aucune musique n'a jamais provoqué tant de choses chez des êtres humains. Personne n'a jamais saigné des oreilles après avoir entendu la musique de Lavanville ou toute autre musique aussi mauvaise soit elle.


Pour les différents Pokémons, les explications sont assez diverses mais simples. Le sprite de la Main Blanche est tout simplement impossible avec les standards techniques de la Game Boy. Les mouvements qu'on lui accorde comme les détails de son apparence sont en total désaccord avec les possibilités proposées par la console ! L'animation du Ghost est, elle, bien présente dans le jeu. Elle n'a simplement aucun effet, c'est une simple animation. Pour le Buried Alive Model, l'explication est assez similaire, car il n'a jamais existé. On n'en retrouve aucune trace dans les lignes de code du jeu.


Si l'histoire a été si virale, c'est parce qu'elle se base sur quelques vérités tout de même. Le Pokémon 731 n'existe pas en lui-même, mais un bug sur la route 7 au 31e bloc d'herbes est bien présent. L'unité secrète 731 a elle aussi bien existé et a mené des expériences sur des êtres humains. Une petite nuance est tout de même à apporter. Si des hommes y ont bien travaillé, le grand-père de Shin Nakumura ne l'a pas fait. Tout simplement parce que Shin Nakamura n'existe pas. Il n'y a aucune trace de son nom dans les notices du jeu. Personne de ce nom n'a travaillé sur les jeux Pokémons Vert et Rouge. A l'époque de la parution des premières creepypastas sous forme de reportage, soit au début des années 2010, Pokémon Conquest venait de sortir. Son directeur de musique a été un certain Shin'ichiro Nakamura. Voilà une bonne source d'inspiration pour les auteurs d'histoires lugubres.


La légende de Lavanville a pu prendre pied grâce à la distance temporelle nous séparant des événements décrits. Il est aussi compliqué de vérifier la véracité de ces faits, alors que la majorité des internautes ne peuvent pas comprendre le japonais. Il est donc d'autant plus difficile de remonter à la source de ces histoires si éloignées de nous. Les camoufler sous un secret commercial permet de convaincre les quelques sceptiques restants.


De plus, la firme Pokémon a déjà provoqué de véritables dégâts physiques à certains enfants. L'épisode « Le Soldat Ordinateur Porygon » de la série animée Pokémon a été diffusé au Japon le 16 décembre 1997. Dans cet épisode, Sacha et ces amis découvrent qu'un Porygon, un Pokémon, s'est inséré dans un système informatique. Lors de l'épisode, de nombreux flashs lumineux rouge et bleu sont diffusés. Pendant plusieurs secondes, ces flashs à 12 megahertz illuminent les écrans des enfants regardant leur animé favori. Plus de 150 enfants sont emmenés en urgence dans les hôpitaux. Les enfants sont victimes de convulsions liées aux flashs lumineux. La grande majorité peut vite repartir chez elle sans séquelles. Deux enfants sont eux restés plus de deux semaines à l'hôpital. Avec cette réelle histoire, les creepypastas n'avaient plus qu'à inventer une terrible légende pour être crédible.


Au final, le syndrome de Lavanville est un ensemble de creepypastas qui a réussi à s'installer dans la culture populaire. Son histoire effrayante dans la licence de notre enfance a tout pour plaire. N'ayez donc pas peur d'aller écouter la musique de Lavanville. Vous ne craignez rien, à moins que les légendes ne soient vraies…


- Emilie