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LE SAINT GRAAL, LA PLUS CONVOITÉE DES COUPES

Tous les contes fantastiques ont forcément une origine bien réelle, pourtant lorsqu’on s’attarde sur ce récipient, aussi banal semble-t-il, son histoire est un vrai mystère. Simple vase ou calice divin, voici l’origine d’un objet tant convoité.



D’une origine divine à une histoire légendaire

D’après les Évangiles, le Saint Calice serait la coupe dans laquelle Jésus-Christ aurait versé le vin, symbole de son propre sang, lors du dernier repas commémorant la Pâque juive avec ses douze apôtres. La Cène, peinte par bon nombre d’artistes, illustre ce moment fatidique avant son arrestation par les Romains qui le mènera à sa mort sur la croix.


Chrétien de Troyes, poète né vers 1130, serait le fondateur de la littérature arthurienne. Il est l’un des premiers à avoir écrit des récits de chevaliers mêlant l’amour, les aventures et la religion. Son œuvre inachevée Perceval ou le Conte du Graal laissera à bon nombre d’auteurs la chance de poursuivre ses aventures mystiques.


C’est Robert de Boron, au début du XIIIe siècle, qui écrira que la Sainte relique chrétienne serait alors le Graal. Cette coupe contenant le sang du Christ aurait été récupérée par Joseph d'Arimathie après la crucifixion puis emportée en Bretagne. En 1220, un anonyme, probablement un moine, écrira la suite du récit de Troyes et créera la Table Ronde appelant ainsi cette relique recherchée le “Saint Graal”.


La revendication chrétienne

Malgré les nombreuses coupes existantes et exposées, l'Église catholique n’en a officiellement reconnue aucune. Il est toutefois intéressant d’imaginer que l’une d’elles puisse être la vraie car elle aurait été perdue lors de son arrivée en Europe. Ainsi, deux cent lieux revendiquent actuellement sa possession.


En Espagne, la cathédrale de Valence aurait depuis 1437 une relique qui pourrait potentiellement être le vrai Saint Calice. Celui-ci viendrait de Rome et aurait été envoyé par le pape lui-même en 258, avant qu’il ne se fasse voler et tuer par l’empereur à la recherche de richesses. C’est sans compter les conquêtes musulmanes de la péninsule, en 712, menée par les Maures recherchant activement la relique. S’en suivent des accidents, l’approche des troupes napoléoniennes, une guerre civile et finalement son retour à Valence où les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont utilisé ce précieux objet pour leur messe lors de leur passage.



Une autre célèbre coupe du Messie serait la “Sacro Catino”. Elle aurait été offerte par la reine de Saba au roi Salomon pour son temple de Jérusalem où se trouvaient déjà les Tables de la Loi, fameuses tablettes reçues par Moïse sur le mont Sinaï. Napoléon l’aurait emportée à Paris pour être étudiée mais elle retournera à Gênes en 1815.


Arthur et sa quête impossible

Cette histoire s’inspire de différents mythes celtes et bretons mais reste totalement inventée. C’est le chevalier Lancelot qui découvrira, lors d’une procession chez un roi, le lumineux Graal porté par une jeune femme ainsi que la scintillante lance teintée de rouge, utilisée pour recueillir le sang du Christ, portée par un jeune homme. Lors d’une fête de la Pentecôte, le Graal apparaît en plein milieu de la Table Ronde et leur propose une pléthore de nourriture surnaturelle. Stupéfaits, ils se promettent de partir en quête de cette coupe et surtout de percer ses mystères.


Ces livres ont été écrits entre le XIIe et le XIVe siècle et romancent l’idéal chrétien qui tentait peu à peu de s’imposer à cette époque. Il s’agirait en réalité d’une quête de soi, de justice et de vérité, qu’est la religion chrétienne, pour atteindre la paix intérieure. Cela devait pousser les croyants, principaux lecteurs, à favoriser le bien commun au détriment des besoins égoïstes.


Ses pouvoirs, sa symbolique

Ne pensez pas partir à sa recherche, car seul un être pur pourra le trouver et le posséder. Mais il se dit que celui qui ne cherche pas aura toutes ses chances de le trouver. Que signifie donc véritablement cette quête ? Les histoires d’Arthur pourraient finalement être une quête initiatique ; les chevaliers aspirent dorénavant à avoir un cœur pur, comme le Christ, et à défendre le peuple. Les adeptes de la religion verront plutôt un besoin permanent de suivre la voie du juste pour mériter un aller simple au Paradis, véritable récompense de la vie. Il peut aussi signifier l’instauration du christianisme dans une région païenne et adepte de magie comme l’était la Bretagne (Angleterre) à l’époque des druides.


L’acquisition du Graal est d’autant plus convoitée. On raconte qu’en buvant avec, on aurait la vie éternelle. D’autres encore disent que cette coupe se remplirait chaque jour de nourriture, histoire qui se rapproche de celle de la corne d’abondance dans la mythologie grecque. Le sang du Christ aurait pour propriété de purifier les pécheurs mais surtout de lier tous les chrétiens entre eux. Aujourd’hui encore, lors des messes, le prêtre parle de ce précieux calice, lors de la consécration du vin de l’Eucharistie.


Le mot Graal en latin médiéval cratella signifie vase ou plat creux doté de larges bords. En 1960, des archéologues ibériques ont déterminé, après étude complète, les caractéristiques de cette coupe inestimable : dix-sept centimètres, une colonne centrale hexagonale, deux poignées latérales en forme de serpent, une base entièrement en or et le reste en calcédoine, vingt-huit petites perles, deux rubis et deux émeraudes. Une inscription en arabe coufique, la plus ancienne calligraphie arabe, clz chrh a été traduite en caliz chrisht soit calice du Christ. Encore faut-il que cette représentation soit la vraie…



La recherche-t-on encore aujourd’hui ?

L’un des sens de cette métaphore aujourd’hui décrit un objectif extrêmement difficile à réaliser mais qui apporterait au monde des connaissances indispensables. La “théorie du tout” ou “Graal des physiciens”, par exemple, qualifie une théorie décrivant l’ensemble des interactions fondamentales qui, justement, n’a pas encore été établie par les meilleurs physiciens du monde. C’est bien leur quête ultime.


Sans parler du vase en lui-même, c’est surtout cette mythologie arthurienne qui aura inspiré les artistes de notre époque. Entre la série française Kaamelott du lyonnais Alexandre Astier et l’hilarant film Monty Python - Sacré Graal! des fameux Terry Gilliam et Terry Jones, ce conte donne à rire de ses aventures légendaires. Beaucoup de films parlent de cette épopée de façon soit sérieuse, soit plutôt sombre. Même les jeux-vidéos tels que les célèbres “Dark Souls” se sont inspirés de ce mythe incluant un calice rappelant le Graal. Ce mystère ne cesse de nourrir l’imagination de créateurs en tous genres.


Qu’il s’agisse d’une figure religieuse ou d’une légende chevaleresque, ce mythe fascine encore de nos jours. Ne serait-ce pas, au fond, la représentation de nos rêves et de nos projets que cet objet inatteignable symbolise? Que ce calice soit réel ou non, il reste une allégorie de l’espoir et de la persévérance dans un monde qui tend à ne plus croire à l’impossible.


Patricia