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Le sadisme

Nombreux tueurs en série et meurtriers possèdent un trait commun. Ils prennent plaisir à faire souffrir que ce soit physiquement et/ou psychologiquement. C'est ce que l'on appelle le sadisme. Cependant, ce trait de caractère peut également être présent sous des formes plus ou moins avancées chez des personnes lambda. Alors pourquoi le sadisme peut-il aller de pair avec le meurtre ?


La définition du sadisme provenant du Larousse est la suivante : « Perversion dans laquelle la satisfaction sexuelle ne peut-être obtenue qu'en infligeant des souffrances physiques ou morales au partenaire. (Pour S. Freud, le sadisme est le détournement sur un objet extérieur de la pulsion de mort.) ».

Portrait supposé du marquis de Sade par Charles-Amédée-Philippe van Loo. (1760). © Domaine public USA

Quant au mot en lui-même, son étymologie provient du nom d'un personnage réel, le marquis de Sade. Né le 2 juin 1740 à Paris, il décède le 2 décembre 1814. Homme de lettres, romancier, philosophe et personnalité politique, il est connu et très controversé pour ses œuvres. François de Sade, est un libertin assumé dans sa vie mais dans ses romans sont dépeins viols, pédophilie, meurtres... Cependant, ceux-ci ne sont que l'expression de « fantasmes » qu'ils ne réalisera pas. Il sera emprisonné à de multiples reprises au cours de sa vie, à cause du contenu de ses romans et de son anticléricalisme. Il mourra à l'asile de Charenton. Ses œuvres seront volontairement occultées pendant le XIXème siècle, avant d'être publiées par Jean-Jacques Pauvert au XXème siècle, ce qui lui vaudra un procès et une censure, qu'il gagnera en appel. Depuis 1990, le marquis de Sade fait partie des œuvres de la Pléiade. Apollinaire fût le premier à réhabiliter timidement Sade au début du XXème siècle. Flaubert, Baudelaire et d'autres personnalités le citent, le reprennent. D'un côté, il est qualifié de précurseur car effectivement, Sade écrivait sans entraves des œuvres érotiques voir pornographiques en en subissant les conséquences. Il décrivait des scènes de viols, de pédophilie, ce qui était courant pour l'époque, même si personne n'en parlait. De l'autre, des psychanalystes ont qualifié ses romans de documents exemplaires sur les perversions sexuelles et de la dégénérescence française du temps.


Peu à peu, les gens ont confondu sa personne et ses personnages de romans, et ce, même avant qu'il n'écrive. La première fois qu'il fût emprisonné, à tort, ce fût à cause de sa belle-mère qui développa une haine d'amour à son égard. Toutes les fois où il a été emprisonné, il n'aura jamais été jugé. La mauvaise réputation de Sade, due à ses précédentes incarcérations, va alors aller grandissante et se mêler au scandale de ses premiers romans. C'est ainsi que Robespierre et Napoléon Bonaparte vont s'évertuer à le garder en prison.


Paul Eluard écrira au sujet du Marquis de Sade :« Enfermé pendant trente années, il mourut dans un asile de fous, plus lucide et plus pur qu'aucun homme de son temps. En 1789, celui qui a bien mérité d'être appelé par dérision le Divin Marquis appelait de la Bastille le peuple au secours des prisonniers ; en 1793, dévoué pourtant corps et âme à la Révolution, membre de la section des Piques, il se dressait contre la peine de mort, il réprouvait les crimes que l'on commet sans passion, il demeure athée devant le nouveau culte, celui de l'Être Suprême que Robespierre fait célébrer ; il veut confronter son génie à celui de tout un peuple écolier de la liberté. A peine sorti de prison, il envoie au Premier Consul le premier exemplaire d'une libelle contre lui. Sade a voulu redonner à l'homme civilisé la force de ses instincts primitifs, il a voulu délivrer l'imagination amoureuse de ses propres objets. Il a cru que de là, et de là seulement, naîtra la véritable égalité. » L'Evidence Poétique (La Vie Immédiate).


Paul Eluard vers 1945- Studio Harcourt © Domaine Public

Le XIXème siècle, est la période la plus noire pour le marquis de Sade et ses œuvres. C'est en 1886, qu'apparaît le néologisme entre le nom de Sade et le sadisme, crée par le psychiatre Richard Von Krafft-Ebing. Il désigne alors une perversion sexuelle qui se traduit par de la bastonnade, flagellation, humiliation physique et morale, ce qui représente un mode de satisfaction liée à la souffrance infligée à autrui. En psychanalyse, le sadisme va de pair avec le masochisme. Le sadique étant celui qui prend plaisir à infliger et le masochiste celui qui prend plaisir à subir. C'est notamment ce que l'on retrouve dans les relations dites « BDSM » ; autrement dit Bondage, Domination, Sado-Masochisme. Pour autant, ces relations sont encadrées par des systèmes de contrats qui permettent de mettre sur papier, ce que la personne accepte où non comme pratiques. La situation est donc celle de deux personnes consentantes. Et si jamais il y a un dérapage, il s'agit d'une preuve qui permet d'aller devant la justice. Il s'agit d'une paraphilie, soit une attirance ou un acte sexuel qui diffère de ce qui est traditionnellement admis comme normal.


Une paraphilie devient pathologique ( et donc problématique), lorsqu'au minimum, elle remplit l'une de ces conditions : il faut qu'elle soit persistante et intense, qu'elle entraîne une souffrance importante ou des déficits du fonctionnement social, professionnel, ou dans d'autres zones importantes de fonctionnement, qu'elle nuise ou ait le potentiel de nuire à autrui ( enfants, non-consentement..).


Le problème étant lorsque le degré de sadisme est trop important pour être satisfait par ce genre de relations, et qu'il se traduit par des pulsions sexuelles incontrôlables. Cette situation peut déboucher alors sur des viols, des meurtres. Il peut également s'agir de sadisme psychologique, ce qui se retrouve chez les personnes perverse-narcissiques, et à des degrés différents, chez beaucoup de personnes.


En ce qui concerne le sadisme des tueurs, il résulte de leur besoin de faire souffrir, puisque eux-mêmes en ont besoin pour jouir. Il existe deux types de sadisme, le sadisme pulsionnel dans lequel n'importe quel objet permet de satisfaire la pulsion sexuelle et le sadisme pervers. Ce dernier cas est une pulsion tout d'abord sexuelle, et l'autre (la victime) est employée comme un objet, alors, le sadique jouit avec et par la souffrance et l'humiliation de la personne.


Quant au « but » de cette jouissance, le sadique tire son plaisir à détourner des idéaux sociétaux, en enfreignant la loi et en tuant des personnes fragiles et sans défense qui sont valorisées dans notre imaginaire collectif. Ainsi, en soumettant ces victimes idéalisées à ses exigences destructrices, en ne leur accordant pas le respect que nous leurs accordons normalement, il atteint le paroxysme de sa jouissance. Il souille nos idéaux et notre morale.


Le sadique pervers, en faisant de la souffrance la condition de sa jouissance, renvoie à sa victime la souffrance qu'il a subit lui-même, et lorsqu'il tue, c'est pour tenter de supprimer l'intrusion que représente l'autre dans son monde. En effet, l'origine de cette souffrance pour le sadique pervers est bien souvent une castration maternelle selon Freud. La castration maternelle est la découverte pour le petit garçon, qui pensait que jusque-là tout le monde avait un pénis, et qui réalise alors que sa mère n'en a pas. Lorsqu'il accepte ce fait, il apparaît chez lui une angoisse qui est celle de perdre ce pénis. Cette angoisse se dissipe avec le temps. Mais pour le pervers sadique, cette transition ne s'est pas bien déroulée, il a vécu cette période de l'enfance comme une trahison et n'a pas accepté que sa mère ait un sexe différent, il fait alors payer cette souffrance en faisant souffrir l'autre sexe.


Le sadisme que l'on peut retrouver chez des personnes lambda se traduit souvent par un plaisir à faire souffrir ou à voir souffrir l'autre. Un exemple simple : une personne frappe une autre personne sans raison, l'autre ne se défend pas, il saigne, celui qui a frappé se met à sourire. Il a pris plaisir à faire du mal. Tandis que le psychopathe est totalement indifférent à la violence. Des études ont démontrées que le sujet sadique a tendance à surévaluer la souffrance qui est infligée à autrui. De plus, ces scènes de violence vont activer les zones du cerveau qui sont naturellement stimulées lors de rapports sexuels, en plus d'activer une réaction physiologique au niveau de l'afflux sanguin vers la verge ou vers le vagin chez la femme.


Au final, le sadisme peut aller de la simple satisfaction à tuer un insecte jusqu'au besoin de tuer un être-humain. Cette pathologie démontre la pluralité des causes à effets chez l'humain. Il s'agit d'une réponse générale. Mais pour avoir un aperçu plus en détails, il faut se pencher sur des témoignages de tueurs en série, de victimes de tueurs et/ou de pervers narcissiques. Le sadisme fonctionne généralement de pair avec d'autres troubles. Il peut être parfois difficile à identifier tant il est subtil. On constate cependant qu'il s'agit d'un trait presque indissociable de la plupart des meurtriers, car il s'agit d'une réponse à un trouble de l'enfance. Mais attention, il existe toujours des exceptions.


- Eloïse