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Le Pizzagate

À la veille des élections américaines de 2016, une rumeur se répand sur internet avec comme point de départ, le réseau social Twitter. D’après cette rumeur, le directeur du cabinet de campagne d’Hillary Clinton serait à la tête d’un réseau de pédophilie dont les agissements auraient eu lieu au sein de la pizzeria Comet Ping Pong, dans la ville de Washington.


L'enseigne de la Pizzeria Comet Ping Pong © DOCLVHUGO

Le 30 octobre 2016, un compte Twitter postant habituellement du contenu l’incluant dans le mouvement suprémaciste blanc, poste un message affirmant l’existence d’un réseau pédophile après avoir passé au peigne fin des emails provenant des comptes du Parti Démocrate ayant été hackés quelques mois plus tôt. L’organisation Wikileaks, spécialisée dans la divulgation de documents classifiés, poste incidemment les e-mails de John Podesta, le directeur du cabinet de campagne d’Hillary Clinton, candidate à la présidentielle contre Donald Trump.


Les milieux conspirationnistes s’emparent immédiatement du contenu de ces emails et en font des analyses, théorisant qu’ils contiendraient des messages codés indiquant l’existence d’un réseau pédophile sataniste impliquant ainsi un nombre très important de membres du Parti Démocrate. La rumeur se répand alors comme une traînée de poudre, explosant après la publication d’un post Reddit, quelques jours seulement avant la tenue de l’élection présidentielle. La fausse information est alors reprise par de nombreux médias spécialisés dans les fake-news, et par des conspirationnistes notoires comme Alex Jones, le créateur d’InfoWars. Commence alors une course effrénée contre la montre par les soutiens de Donald Trump qui n’hésitent pas à relayer la rumeur et l’amplifier afin de décrédibiliser son adversaire à la veille de l’élection.


Twitter fut un outil majeur dans cette communication diffamatrice. Après analyse des tweets postés évoquant le PizzaGate, un chercheur en analyse de données de l’Université d’Elon de Caroline du Nord dévoile ses conclusions quant à la provenance de ces tweets : une grande majorité d’entre eux proviendrait de bots, des faux comptes créés seulement pour relayer ce type de rumeur, au Vietnam, à Chypre ou en République Tchèque.


Plusieurs commerces de Washington D.C, la capitale des États-Unis, dans lesquels se rendaient des membres du Parti Démocrate furent accusés d’être des lieux de réunion de ce supposé cercle de pédophiles. Si des lieux tels que Besta Pizza, Terasol ou le Little Red Fox café ont été pointé du doigt, celui dont le nom ressortait le plus était la pizzeria Comet Ping Pong.


Le bouche-à-oreille prenant de plus en plus d’ampleur, le gérant de la pizzeria ainsi que tous ses consommateurs identifiés sur Instagram ou ses collaborateurs ont commencé à recevoir des milliers de messages menaçants.


Le 4 décembre 2016, Edgar Maddison Welch, vingt-huit ans, se rend à la pizzeria muni d’une arme semi-automatique. Il tire trois coups de feu au sein du lieu, ne faisant heureusement aucun blessé. Rapidement arrêté, il déclare aux forces de l’ordre s’être rendu sur place pour porter secours aux enfants étant supposément retenus captifs dans la cave de la pizzeria. Il s’avère qu’en réalité, en plus de ne pas avoir de cave, la pizzeria n’avait jamais eu de lien avait une quelconque affaire de pédophilie ou de trafic d’êtres humains. Cette théorie a été qualifiée de théorie du complot par de nombreux médias de confiance de tous bords politiques, tels que le Washington Post, le New-York Times, Fox News ou encore le Huffington Post.


Hillary Clinton en campagne pour la présidence américaine en novembre 2016 en Arizona. © Gage Skidmore

Des sondages ont été effectués peu de temps après les faits et ont révélé les chiffres suivants : 9% des citoyens américains inscrits sur les listes électorales étaient persuadés de l’implication d’Hillary Clinton dans cette affaire, 19% quant à eux n’étaient pas surs. Un autre sondage, posant quant à lui la question de si les emails du Parti Démocrate ayant été divulgués sur WikiLeaks parlaient de pédophilie et de trafic d’êtres humains, 17% des électeurs d’Hillary Clinton ont répondu que cela était avéré, contre 46% des électeurs de Donald Trump.


Si en mars 2017, le FBI a inclus la création et la diffusion de la théorie du complot du PizzaGate à la liste des interférences du gouvernement Russe dans l’élection américaine de 2016 dans son enquête sur cette dernière, la rumeur a repris de l’ampleur en juin dernier sur l’application TikTok. Alors qu’en 2016, les acteurs majeurs de cette théorie étaient d’un bord politique proche de l’extrême droite et des mouvances suprémacistes blanches, il s’avère aujourd’hui que le hashtag #pizzagate est majoritairement utilisé par des adolescents mal informés aux idées opposées aux créateurs de cette théorie du complot.


La diffusion de cette rumeur et l’impact qu’elle a pu avoir sur le résultat de l’élection présidentielle américaine de 2016, ainsi que sa résurgence sur les réseaux sociaux près de quatre ans après qu’elle ait été démontrée fausse prouve encore une fois que chaque information lue ou entendue sur les réseaux sociaux doit être approchée très prudemment et que chacun doit personnellement se renseigner auprès de sources d’informations fiables.


Lucile