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Le petit David, un ange parti trop tôt

Mercredi 11 novembre 1998 – Grivegnée, Belgique : David Geebelen, âgé de dix ans demande la permission d’aller jouer dans le parc de son quartier. Vers onze heures, il prend son vélo bleu et sort s’amuser. Il ne reviendra jamais.


David Geebelen, 10 ans © Skyrock

Nous sommes à Grivegnée, section de la ville belge de Liège située en région wallonne, composée de presque vingt-mille habitants.

David est un enfant comme tous les autres bambins de son âge. Avec ses yeux bleus pétillants et sa joie de vivre, c’est un adorable garçon, sans problème et aimé de tous. Sportif, il fait partie de l’équipe benjamine du Basket-Club Belleflamme.


En ce jour de congé pour tous les écoliers du Royaume, l’enfant part pour le parc et promet à ses parents de rentrer pour treize heures.

À quatorze heures, toujours pas de David. Ses parents le cherchent, contactent de la famille, des amis, mais personne n’a vu leur fils. David est introuvable, il s’est volatilisé.

De plus en plus inquiète, la famille Geebelen déclare la disparition de David auprès de la police à dix-huit heures.

Aussitôt, les recherches débutent. Les autorités sont réactives : la recherche d’un enfant disparu est cruciale dès les premières heures.

Des affiches circulent, plusieurs battues sont organisées et un hélicoptère vole au-dessus de Grivegnée. Tout le quartier est passé au peigne fin, dans l’espoir de retrouver le petit David. Malgré ces moyens colossaux et honorables, il n’y a aucune trace de l’enfant.



Une découverte effroyable


Le jeudi 12 novembre, le corps sans vie de David Geebelen est retrouvé près de son vélo, dans une galerie sordide, sur le site de l’ancien Fort de la Chartreuse.

Ce bâtiment construit entre 1817 et 1823, a servi de caserne, puis de prison pendant la Première Guerre Mondiale et d’hôpital militaire américain pour la Seconde Guerre Mondiale. Désaffecté et laissé à l’abandon depuis, ce Fort comprend un immense labyrinthe de galeries, envahi d’herbes folles et de ronces. Le lieu n’a pas bonne réputation dans le quartier. Ce n’est pas un terrain de jeu pour les enfants et le Fort est assez éloigné du parc où devait jouer David.


Vue du ciel Google Earth – A gauche : emplacement du Fort / à droite : parc près de la maison de David

L’autopsie révèle que le jeune garçon est décédé le jour de sa disparition. Il a été violemment frappé avec un objet contondant, entraînant une hémorragie cérébrale, et il présente de nombreuses entailles profondes au niveau des poignets et du cou. Dans cet acharnement inouï, aucune trace de sévices sexuels.


David Geebelen, âgé de dix ans a été sauvagement assassiné.


Pourquoi est-il ici ? Que lui est-il arrivé ? Est-il tombé sur une personne mal intentionnée ? Les questions se bousculent, sans réponse.



Des suspects potentiels mais peu de preuves


Les enquêteurs trouvent non loin une gaine contenant un couteau à cran d’arrêt, qui aurait pu servir à blesser et tuer le garçon.

Rapidement, trois suspects sont identifiés.

Le premier est un homme habitant le quartier, connu pour des faits de pédophilie.

Le deuxième est le gardien du site de la Chartreuse.

Le troisième est l’auteur d’une lettre de condoléances au père de David. Il se prétend être l’ami de son fils. Pensant qu’il avait le même âge et au vu de l’écriture, la police apprend au père que le supposé « ami » a en réalité dix-neuf ans et qu’il n’a rien d’enfant.


Malheureusement, de nombreux passages dans le sentier qui mène au lieu du crime ont brouillé les potentielles traces. Manque de preuves, l’enquête piétine.



Des aveux hésitants


En juillet 1999, le suspect de la fausse lettre, Gabriel Jaspar, est réinterrogé. Il s’embrouille alors dans ses mensonges et fini par avouer le meurtre de David Geebelen. Il témoigne avoir croisé David, puis se rétracte.

Puis il revient sur ses déclarations. Il l’a bien rencontré, mais au niveau du parc de la Paix, une pleine de jeu près du Fort.

Gabriel Jaspar aurait alors fait des propositions à caractère sexuel, propositions que David aurait bien évidemment refusées. Fâché et frustré dans sa quête malsaine, Gabriel aurait alors volé le vélo du garçon. David ne se serait pas laissé faire, il l’aurait suivi pour récupérer son bien. C’est alors que Gabriel l’aurait frappé.

Encore une fois, il se rétracte et nie. Mais selon les proches du suspect, le couteau retrouvé près de la scène du crime lui appartient.


Gabriel Jaspar est qualifié de prédateur, de narcissique et d’affabulateur. Attiré par les très jeunes garçons, il aurait aussi annoncé à une amie pendant les battues que « David est mort », sans donner d’explications.


Gabriel Jaspar, âgé de dix-neuf ans © Supinfo.be

Ces nombreux éléments permettent de constituer un dossier contre lui.

En février 2002, Gabriel Jaspar est reconnu coupable du meurtre de David Geebelen. Il est condamné à vingt ans de prison. Il ne reviendra jamais sur les événements et sur les raisons qui l’ont poussé à assassiner un petit garçon. Encore aujourd’hui, nous ne savons pas réellement ce qui s’est passé.

Après ce dénouement sordide, nous ne pouvions omettre de vous dévoiler deux événements récents.



Le vol


Revenons le 10 août 2001. La mère de David se rend au columbarium du cimetière de Robermont, afin de rendre hommage à son fils.

Elle constate alors avec effroi que l’urne contenant les cendres de son enfant a disparu. Elle dira en interview « Mon fils a été assassiné et maintenant, ses cendres disparaissent ! Je perds David une deuxième fois. Un acte de méchanceté qui dépasse tout. [...] Remettez l’urne en place, laissez mon enfant reposer en paix, cessez de me détruire ». Patricia Dechange (Dhnet.be)


Malgré les recherches, l’urne de David Geebelen n’a jamais été retrouvée et l’auteur de cet acte odieux n’a pas été identifié.



Une idylle perverse


Concernant le deuxième événement, il s’agit de la liaison entre Gabriel Jasar et Daniel Casier.

Pendant que Gabriel Jaspar purge sa peine pour l’assassinat du petit David, il fait la rencontre de Daniel Casier, son codétenu, dangereux pervers comme lui et de vingt ans son aîné. Une relation amoureuse, destructrice et dangereuse voit le jour. Les deux prisonniers veulent concrétiser leur projet : celui de se marier.

L’administration pénitentiaire belge finit par avoir vent de l’histoire et les deux amants sont séparés en 2010. Daniel Casier est maintenu à Arlon, ville située dans la province du Luxembourg à l’est du pays, tandis que Gabriel est envoyé à Ittre.

Cette séparation, censée marquer la fin de leur histoire, est pourtant remplacée par des échanges épistolaires entre Gabriel Jaspar et Daniel Casier.


Jusqu’au jour où les lettres sont interceptées. Le contenu n’est que fantasmes pédophiles et obscénités. Les autorités découvrent même une photographie d’un petit garçon ressemblant à David parmi les courriers.

Enfin, cinq clés USB avec des documents à caractères pédopornographiques sont retrouvées dans le rectum de Daniel Casier. Ce dernier est condamné à une peine supplémentaire de dix ans de prison, le 3 octobre 2017.


Le 11 novembre 1998, le petit David Geebelen, plein d’innocence et ayant toute la vie devant lui, a été martyrisé par un pédophile et meurtrier. Justice a été faite, malgré les libertés octroyées. Nous espérons qu’un jour, l’urne des cendres de l’enfant soit remise en place, afin que cet ange parti trop tôt puisse reposer en paix.


Nos pensées vont à Patricia Dechange et Jean-Marc Geebelen, les parents de David, ainsi que tous ses proches.


- Ève-Marie