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Le Ouija

C'est après la guerre de Sécession (1861-1865) qu'une obsession pour l’au-delà, et plus particulièrement pour le spiritisme, naît au sein de familles ayant brusquement perdu des proches au combat. C'est dans ce triste contexte que deux hommes, à savoir Elijah Bond et Charles Kennard, auraient a priori inventé, au début du XXe siècle, la célèbre planche de Ouija. « A priori », car c'est eux qui l'ont brevetée (le 10 Juillet 1891), mais d'après certains dires, des planches similaires auraient été retrouvées bien avant et, de ce fait, nous n'avons aucune information sur son réel inventeur. Néanmoins, il semble qu'après leur dépôt de brevet, Kennard et Bond en sont devenus les créateurs officiels.


Son étymologie serait composée d'un assemblage de deux « oui » en français et en allemand, soit « Oui » et « Ja ». D'après nos informations, l'idée derrière cette appellation viendrait de la fonction même de la planche qui, rappelons-le, sert à communiquer avec les esprits. Il est ainsi coutume de poser la question suivante « Esprit, es-tu là ? » et, bien évidemment, la réponse que nous attendons tous est un « oui ». C'est donc de là que l'idée de ce terme aurait émergé même si, en réalité, personne n'en est réellement sûr. D'ailleurs, cette explication aurait été démentie bon nombre de fois. Il existe aussi une autre explication qui dit que ce nom a été choisi par Charles Kennard car, selon lui, « Ouija » signifiait « bonne fortune » en égyptien ancien. Cette information a, depuis, été démentie. Mais encore une fois, il n'existe pas de réel consensus quant à cette appellation. D'autres affirmeraient même que ce nom serait apparu lors d'une séance faite par une médium durant laquelle l'esprit lui aurait indiqué ces lettres. Concernant l'origine du terme, rien n'est donc établi et les histoires se contredisent. D'ailleurs, et malgré ce que la majorité de la population pense, le terme « Ouija » est en réalité une marque déposée par l'entreprise Parker Brothers et ne correspond en aucun cas au nom officiel de la fameuse planche. En effet, les pays anglophones, contrairement à nous, ont un terme qui la désigne : « spirit board » (planche à esprit). Si nous, Français, n'avons aucun autre terme que « Ouija » c'est tout simplement parce que ladite planche n'est arrivée que très tardivement en France (soit après la Seconde Guerre mondiale). De ce fait, nous n’avons toujours connu que le terme « Ouija » et aucun autre mot français n'a été inventé pour définir la planche. Concernant son origine, il semble que ses créateurs se soient inspirés de divers arts divinatoires du monde. Ils auraient aussi travaillé avec des médiums afin de créer un moyen de répondre aux attentes de la population, à savoir communiquer avec les défunts.


Mais alors, comment utilise-t-on cette fameuse planche ? Est-elle réellement dangereuse ? Son « pouvoir » est-il réel ?


DISCLAIMER : Attention, cet article contient des explications quant à l'utilisation de la planche « Ouija ». Ces explications sont présentes à titre INFORMATIF et le magazine est contre son utilisation. L'utilisation d'une planche de Ouija est dangereuse et nous n’encourageons pas cette pratique.


À quoi ressemble une planche de Ouija ? Une planche de Ouija ressemble habituellement à une planche en bois comportant les lettres de l’alphabet, des chiffres de 0 à 10 et les inscriptions suivantes : « oui », « non », « au revoir ». Elle est généralement accompagnée d'une goutte. Évidemment, il n'est pas nécessaire de se procurer une planche et une goutte pour tenter l’expérience. Il est aussi possible de créer sa propre planche à l'aide d'un carton ou encore d'une feuille de papier en inscrivant bien évidemment les lettres, chiffres et mots à la main. Aussi, et c'est d'ailleurs une pratique courante, la goutte n'est pas obligatoire et beaucoup d'individus, à la place de la goutte, utilisent simplement un verre retourné. Mais alors, comment se sert-on d'une planche de Ouija ? Existe-t-il des règles à suivre ?


Utilisation d'une planche de Ouija.


Comme tout art divinatoire, il existe bien évidemment des règles d'utilisation de la planche de Ouija. Ces règles sont plutôt strictes et il est fortement déconseillé de pratiquer une séance sans en avoir pleinement connaissance. Par ailleurs, dans l'idéal, il est préférable lors d'une séance d'être accompagné d'une personne ayant de bonnes connaissances sur le sujet comme par exemple un médium. Mais si ce n'est pas le cas, voici quelques règles fondamentales pour assurer la sécurité des participants à l'éventuelle séance. Pour faciliter la compréhension de ces fameuses règles, nous procéderont par énumération de chacune d'entre elles en suivant un ordre chronologique.


Avant la séance :

– Il est fortement déconseillé de se lancer dans une séance de Ouija seul. En effet, il est préférable d'être au moins deux car une séance demande beaucoup d'énergie et une pratique solitaire serait plus dangereuse ; le risque de possession ou de maladie serait favorisé.

– Il est aussi important de choisir un lieu calme, idéalement inhabité pour procéder à la séance. Inhabité parce qu'il arrive que certains esprits restent dans les lieux où la séance a été pratiquée, et autant vous dire que ce n'est pas idéal si le lieu est habité.

– Afin de prévenir l’éventualité d'une possession, il est important que les participants soient en bonne santé, aient un esprit saint et n'aient pas d’idées noires. Aussi, et même si cela paraît plutôt logique, il est important de s'assurer du sérieux de chacun ! Le spiritisme n'est pas un jeu et il est dangereux de lancer une séance, accompagné de plaisantins qui prennent cela à la rigolade. – Il est aussi possible, mais pas obligatoire, pour les plus croyants, de purifier le lieu et/ou la planche avant une séance. Généralement, la purification se fait à l'aide de prières, de bougies, d'encens ou de sauge, et surtout en réalisant un cercle de sel autour de la planche. Même si ce n'est pas obligatoire, il est fortement conseillé de le faire afin de se protéger au maximum des éventuels mauvais esprits et/ou démons qui seraient tentés de s'incruster dans la séance.


Pendant la séance :

– Attention, il est OBLIGATOIRE de bien se comporter. Comme dans la vie, il faut respecter la personne à qui l'on s'adresse en étant poli, courtois et, comme précisé précédemment, ne pas prendre cette pratique à la rigolade.

– Cette pratique demande beaucoup de patience. Il est possible qu'aucun esprit ne se présente à vous ou qu'il arrive bien tardivement. Soyez patient.

– Pour commencer, et après avoir établi le contact (en demandant, par exemple, si quelqu'un est présent avec vous), il est important de s'assurer que vous vous adressez bien à la bonne personne. Par exemple, si vous souhaitez vous adresser à votre défunte grand-mère, essayez de poser des questions personnelles auxquelles seule votre grand-mère et vous pourriez répondre. De ce fait, et après avoir eu les réponses attendues, vous êtes certain que vous ne discutez pas avec un esprit malsain ou encore un démon. En effet, en ouvrant cette porte vers l'autre monde vous invitez un esprit à communiquer, mais rien ne certifie que ce dernier soit de bonne foi. Gardez en tête que, comme les humains, les esprits peuvent bien évidemment mentir sur leur identité.

– Il est aussi possible que l'esprit, à peine arrivé, se dirige directement vers « au revoir ». Si c'est le cas, ne vous montrez pas insistant et abandonnez simplement la séance.

– Il est aussi PRIMORDIAL de ne jamais fuir brusquement la séance. En clair, ne jamais retirer son doigt de la goutte (ou du verre) brusquement. Arrêter une séance dans de bonnes conditions est important et le fait de fuir serait perçu comme une provocation.


À la fin de la séance :

– Il est important de remercier l'esprit.

– Il faut bien évidemment lui dire au revoir. Si la goutte ne se dirige par sur l’inscription « au revoir » d'elle-même, il est préférable que les participants le fassent.

– Il est aussi préférable de dire clairement à l'esprit que vous ne souhaitez pas qu'il reste et qu'il s'accroche au lieu. Cette règle n'est pas obligatoire mais, encore une fois pour plus de sécurité, il est fortement conseillé de le faire.

– Dans le cas où aucun esprit ne se présente, il est quand même préférable de diriger la goutte vers « au revoir ».

– Si vous avez utilisé un verre à la place de la goutte lors de la séance, il serait a priori préférable de le briser.


Ces règles sont importantes et doivent être respectées. Néanmoins, il est important que vous gardiez en tête que le Ouija est une pratique dangereuse et ces règles, même si elles garantissent davantage de sécurité, ne vous protégeront pas nécessairement. Même si cela a déjà été dit, le magazine Nox n'encourage absolument pas la pratique du Ouija, bien au contraire. Par ailleurs, quels sont les vrais dangers de cette pratique ?


Les dangers du Ouija Comme toute pratique touchant le monde des esprits, le spiritisme est évidemment quelque chose de très dangereux. Sans parler du fait qu'en ouvrant une porte vers l'autre monde vous ne savez pas qui vous faites entrer dans le nôtre (comme Zozo par exemple), il existe beaucoup de risques. D'ailleurs, pour les plus sceptiques d'entre nous, sachez que ce n'est pas parce que vous n'êtes pas sensibles et/ou que vous ne croyez pas aux « esprits » à proprement parlé que vous êtes en sécurité pour autant ! À partir du moment où vous vous engagez dans une séance, croyant ou non, vous vous mettez en danger.


Concernant la séance même, il existe des signes qui indiquent que vous êtes en compagnie d'un esprit malveillant ou d'un démon. Pour percevoir ces signes, il faut être très attentif aux mouvements de la goutte (ou du verre). Voici ce qu'il faut impérativement éviter :

– Si la goutte se dirige d'un bout à l'autre de la planche, vous avez probablement un esprit malveillant près de vous. L'idéal, si cette situation se présente à vous, est simplement de quitter la séance en suivant scrupuleusement les règles de fin de séance.

– Même situation si la goutte forme l'infini de façon continue ; mettez fin à la séance.

– Mais la pire des situations serait que la goutte se mette à bouger frénétiquement (en passant, par exemple, par toutes les lettres de l'alphabet) et termine par sortir brusquement de la planche. Si cela arrive, l'esprit se trouve probablement dans le lieu dans lequel s'est déroulée la séance. Dans ce cas, il faudra impérativement chasser l'esprit du lieu (si vous y vivez) et vous protéger au maximum. Cette situation est dangereuse et elle peut arriver même en suivant les règles, méfiez-vous !


Il existe aussi bon nombre de vidéos sur Internet, montrant des séances de Ouija qui auraient apparemment mal tourné. Même s'il nous est actuellement impossible d'affirmer la véracité de ces vidéos, les cas de possession à la suite d'une séance de Ouija sont plutôt courants. Même chose concernant les esprits qui restent attachés aux personnes l'ayant pratiquée. Une nouvelle fois, les témoignages sont nombreux et nous sommes intimement persuadés que certains sont véridiques. Les dégâts psychologiques liés à une séance ainsi que les maladies sont aussi des risques à prendre en considération. Mais il existe aussi de nombreux courants de pensées qui affirment clairement que toutes ces conséquences ne sont dues qu'à notre inconscient et qu'en réalité, le Ouija ne permet absolument pas de communiquer avec l'au-delà. Cette dernière partie risque de faire rougir les plus sceptiques d'entre nous. Entre théories scientifiques et expériences, découvrons ces hypothèses qui permettraient d'expliquer les phénomènes « paranormaux » qui arrivent pendant une séance de Ouija.


Du paranormal au psychologique : l'effet idéomoteur Avis aux amateurs de paranormal, vous risquez d'être déçus ! En effet, si pour certains d'entre nous les résultats de séance de Ouija sont réels et impressionnants (et donc forcément dû à des forces surnaturelles), il existe néanmoins une explication à ces nombreux phénomènes : l'effet idéomoteur. L'effet idéomoteur correspondrait à des mouvements exercés de façon involontaire et complètement inconsciente par le sujet. Afin de faciliter la compréhension, il est utile de contextualiser cette fameuse explication.


Lors d'une séance de Ouija, le sujet va en réalité (après avoir posé ses questions à l'esprit) s'imaginer lui-même des réponses à ses propres questions et, sans en avoir conscience, exécuter des mouvements avec la goutte pour répondre à ces dites questions. Cette expérience serait prouvable de façon simple : en lançant une séance avec trois personnes dont deux qui réalisent la séance et une qui n'agit qu'en « observateur ». Il s'agirait pour l'observateur d'analyser les réponses possiblement obtenues et le résultat serait sans appel ! Les sujets ayant les yeux bandés, l'esprit deviendrait bizarrement analphabète, et les réponses aux questions n'auraient plus aucun sens et seraient complètement incohérentes. Cette expérience serait ainsi la preuve que le Ouija n'est pas une expérience réelle et que la seule conversation possible concernerait le sujet et son cerveau. D'ailleurs, cet effet serait aussi possible en groupe car les sujets seraient capables, par le regard, de communiquer entre eux afin de « s'arranger sur les réponses ». Encore une fois, tout cela est entièrement inconscient, et c'est d'ailleurs pour cette raison que pendant les séances de Ouija, les participants sont entièrement et sincèrement convaincus qu'ils n'ont pas agi sur la goutte.


Plutôt décevant n'est-ce pas ? Et si vous n'êtes toujours pas convaincu, il est temps de vous parler de l'expérience de Marc Andersen (post-doctorant de l'Université d'Aarhus, dans le sud du Danemark) qui a réalisé, en 2015, une expérience lors d'une séance de Ouija. La question prédominante dans l'esprit d'Andersen était de comprendre comment des individus, ayant chacun un doigt sur la goutte (ou le verre) étaient capables d'épeler un mot cohérent sans avoir pleinement conscience de le faire.


Intrigué, il quitte le Danemark pour les ÉtatsUnis afin de réaliser son expérience. C'est à Baltimore, lors d'une conférence de pratiquants aguerris de spiritisme (de Ouija plus précisément) qu'il recrute quarante participants. Il équipe ensuite chacun d'eux d'un équipement de suivi oculaire et enregistre des vidéos de la séance. Il place ensuite les participants en binôme et leur donne deux règles à suivre : épeler le mot « Baltimore » dans un premier temps puis, dans un second temps, faire une séance comme ils ont l'habitude d'en faire. Concernant la première tâche, les participants, par le biais de leurs mouvements oculaires respectifs, prédisaient à l'avance sur quelle lettre la goutte allait se déplacer. Mais concernant la deuxième consigne, les choses étaient bien différentes. En effet, Andersen observe qu'individuellement, les sujets ont du mal à prédire où la goutte va se déplacer. Mais, par l’observation des mouvements oculaires combinés des deux sujets, Andersen comprend qu'en réalité, c'est par l’observation des deux sujets qu'il est possible de prédire où la goutte va se déplacer. Autrement dit, les résultats obtenus lors de séance de Ouija ne sont que le fruit de collaborations collectives inconscientes. D'ailleurs, Andersen expliquera le phénomène de la façon suivante :


« Ce qui est si fascinant à propos de ce phénomène, c'est que les participants individuels éprouvent de grandes difficultés à prédire ce que « l'esprit » essaie de leur dire, mais dès que nous considérons les participants comme une entité collective, nous voyons comment des réponses significatives sont encore capables de sortir de leur interaction les uns avec les autres ». Il explique aussi : « Notre étude résout le paradoxe apparent selon lequel les participants, d'une part, produisent eux-mêmes les réponses Ouija, tandis que, d'autre part, ils sont incapables de prédire ces mêmes réponses au niveau individuel. En ce sens, on pourrait dire que « l'esprit » est en fait une représentation du "nous" collectif ».


Mais au final, le Ouija est-il réel ? À cette question, il n'est pas possible de fournir une réponse dans le sens où tout dépend de votre propre point de vue et de vos propres expériences personnelles. Ici, l'objectif n'est aucunement celui de prendre position sur le fait que le Ouija est réel ou simplement l'œuvre d'un imaginaire collectif. Néanmoins, il est certain que les croyances ont un grand rôle dans l'idée que l'on se fait de la pratique. En d'autres termes, une personne personnellement convaincue que le paranormal existe aura plus de chance d'obtenir des résultats et d'y croire tandis qu'un sceptique qui, par définition, aura plus tendance à rationaliser, aura moins de résultats et, s'il en obtient, trouvera une explication logique aux phénomènes.


Il n'empêche qu'il est tout de même important de respecter les règles énoncées précédemment. Que vous soyez croyants ou non, il existe toujours un doute et on ne peut pas être sûr à cent pour cent de la véracité de l'existence des choses. Pour faire simple, privilégiez la sécurité avant tout en dépit de vos convictions personnelles. Et, rappelons-le, le magazine Nox n'encourage en aucun cas la pratique du Ouija. Cet article est uniquement informatif et non incitatif. Comme tous les arts divinatoires en rapport avec le monde des morts, il est important de s'y préparer car si cette pratique se révèle incontestable, votre scepticisme ne vous sauvera pas.


Ju_Lie