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Le meurtre prédit d'Aurélia Varlet

Rêveuse, ambitieuse, des objectifs plein la tête, Aurélia, jeune femme pleine de vie, trouve la mort en août 2013. Sa rencontre avec Didier Grosjean a bel et bien changé le cours de sa vie : il l'a punie de l'avoir quitté, en lui ôtant la vie.



A 32 ans, Aurélia est responsable d'un magasin de prêt-à-porter, en Suisse. Guidée par ses ambitions, la jeune femme, insatiable, ne rate que peu d'objectifs. Habitée par la vie, chérie par un frère et un père aimants, elle a tout pour elle.


Particulièrement proche de son frère cadet Giovanni, il est pour elle le petit frère à protéger. Fusionnels malgré les disputes enfantines que connaît la fratrie, l'amour qu'ils se portent et qui les unit est inconditionnel.


Depuis la séparation de ses parents, Aurélia s'est énormément rapprochée de son père, tout comme Giovanni. S'établit alors entre eux un lien qui les rend presque indissociables. Aurélia partage avec eux une proximité que peu de familles connaissent. Elle est à leur yeux une princesse, leur joyau.


Un soir de janvier 2012 et comme souvent, Aurélia et son père, Patrick, dînent dans un restaurant de Métabief, station de ski située à deux pas de la frontière Suisse. Le repas qu'ils partagent s'interrompt lorsqu’Aurélia aperçoit un homme se diriger vers elle. Son attention se détourne alors un court instant de son père afin de refuser les avances de l'intrépide quinquagénaire, Didier Grosjean. Puis elle le voit s'éloigner, bredouille, n'étant pas parvenu à s'immiscer dans la conversation.


Aurélia ne le sait pas encore, mais ce ne sera pas la dernière fois qu'elle le rencontrera.


En effet, les semaines suivantes, Aurélia voit cet homme partout où elle allait, à tel point qu'elle croit à un signe ; et s'ils étaient faits l'un pour l'autre ? Ces curieux hasards poussent la jeune femme à s'intéresser davantage à cet homme qui, à force de rencontres inopinées et de regards échangés, ne la laisse plus indifférente. Elle découvre alors chez lui des qualités qui la séduisent et entame une relation amoureuse. Les bras forts de Didier et sa carrure de bodybuilder apportent à Aurélia la sécurité que toute femme pourrait rechercher. Les deux amoureux filent alors le grand et parfait

amour à tel point qu'après un court mois de relation, Aurélia et Didier s'installent ensemble dans une maison de La Rivière-Drugeon.

Au fil des mois, Aurélia semble perdre son sourire et la vitalité qui l'habitait. Elle qui était si dynamique et ambitieuse, a même laissé son travail pour rester à la maison. Didier a laissé tomber le masque et Aurélia découvre en lui, chaque jour un peu plus, une facette qu'elle ne connaissait pas de cet homme qu'elle aimait tant.

C'en est fini des soirées de folie avec Giovanni, des dîners avec son père et même des sorties avec ses amis. Aurélia ne reste plus qu'à la maison, isolée du monde. Didier est devenu son seul univers.


Malgré cet isolement, Aurélia entretient toujours des relations téléphoniques avec Giovanni et Patrick, mais Didier ne comprend pas : « Tu n'as plus besoin d'eux maintenant que je suis là ! »


Après neuf mois de relation, Aurélia brise le tabou : la vie avec Didier, ce n'est plus possible. Elle quitte alors le domicile conjugal pour s'installer quelque temps chez son père. La joie de vivre et la gaieté de la jeune femme renaissent et ses ambitions reprennent le dessus. Elle veut désormais travailler dans une grande bijouterie Suisse.

Mais la présence de Didier flotte toujours autant autour d'Aurélia. Il inonde son répondeur et la harcèle de textos suppliants et témoignant de son amour pour elle.

Le 15 août 2013, l'un des deux fils de Didier découvre les corps de son père et d'Aurélia sur la terrasse. La jeune femme, dont un doigt est cassé, a reçu deux coups de fusil et Didier s'est suicidé.


En pénétrant les lieux, les enquêteurs découvrent dans les escaliers menant à la terrasse, une mèche de cheveux appartenant à Aurélia. Sur le lit, une de ses robes est soigneusement étalée à l'endroit où elle dormait et des photos du couple jonchent les couvertures parsemées de fleurs. Cette chambre, qui fut la sienne, ressemble à un tombeau, celui dont elle ne devait jamais ressortir.

Le corps d'Aurélia, face au ciel, présente deux orifices causés par les balles du fusil de chasse de Didier. L'assassin, quant à lui, est méconnaissable. La balle qu'il s'est tiré au visage l'a complètement défiguré.


Le scénario se dessine. La veille, Didier fêtait ses 53 ans. Aurélia aurait pu vouloir le lui souhaiter, attendrie par ses larmes. En passant la porte d'entrée, elle aurait rapidement senti le danger et tenté de fuir mais Didier aurait refermé la porte à double tour derrière elle. Elle était prise au piège.


Traînée par les cheveux jusqu'à l'étage et arrivée dans la chambre où se trouvait le cérémonial, elle comprit que sa dernière chance était de s'échapper par la terrasse. Mais Didier, chasseur invétéré, lui tira une première balle dans le dos afin de la stopper dans sa course. Et, pour l'achever, lui tira une ultime balle dans le cou. A genoux et près du corps de celle qu'il prétendait aimer, Didier se suicida d'une balle sous le menton.

L'assassin décédé, aucun procès n'était envisageable, ce qui était inconcevable pour Giovanni et Patrick. Soutenus par leur avocat, Maître Randall Schwerdorffer, et grâce à Agathe (prénom modifié), père et fils ont tenté l'impossible : poursuivre l'État pour dysfonctionnement et insuffisances graves.


En effet, Agathe, l'ex-compagne de Didier Grosjean, avait vainement déposé quatre plaintes. Menacée de mort par le quinquagénaire, Agathe avait fui la France pour migrer en Suisse. Apeurée et sentant le danger, elle avait adressé une lettre au Procureur de la République afin de l'informer des armes que l'homme possédait illégalement dans le cadre de la chasse et des menaces qu'il avait tenu à son encontre : « Si tu me quittes, on mourra tous les deux dans une marre de sang. » L'assassinat d'Aurélia aurait donc pu être évité. Mais l'assassin a bénéficié des faveurs de ses connaissances au sein des fonctionnaires de police.



Le 17 avril 2014, Giovanni, Patrick ainsi que leur avocat, Maître Schwerdorffer, sont reçus au ministère de la Justice où Madame Christiane Taubira leur adresse ses condoléances au nom de l'État. Une première dans l'histoire de la justice française.


Karine