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Le Lac aux Squelettes

Au cœur des montagnes de l'Himalaya, dans la partie située en Inde se trouve un lac stagnant à un peu plus de cinq-mille mètres d'altitude. Ce lac, appelé le Lac de Roopkund par les ethnies locales, reste gelé pendant la majorité de l'année au milieu d'une vallée. Chaque année pourtant, quand l'atmosphère se réchauffe, des centaines de squelettes apparaissent à la vue de tous, certains pas encore tout à fait démunis de chair décomposée, conservés par la glace.


La légende locale estilme que ces cadavres appartiennent aux membres d'un rassemblement ayant été victime d'un phénomène météorologique qui a causé une averse de grêle extrêmement violente il y a plus d'un siècle. Si une analyse anthropologique avait révélé que les squelettes avaient environ mille-deux-cents ans, une nouvelle analyse génétique est récemment venue contredire ces conclusions. Selon les scientifiques indiens, allemands et américains ayant étudié trente huit cadavres, cette hypothèse d'un seul et unique groupe d'individus ayant perdu la vie au même endroit n'est aujourd'hui plus tangible. Selon eux, certains des corps auraient plus de mille ans d'écarts entre eux.


Selon les anthropologues étudiant le Lac de Roopkund, l'analyse de cet environnement ainsi que des corps est rendue extrêmement difficile à cause des glissements de terrains, de la fonte des glaces ou encore des interactions humaines dues aux visites du lieu par des touristes. En effet, de nombreux touristes volent des parties de squelettes afin de les ramener chez eux, rendant toute analyse biologique impossible sur celles-ci. Malgré tout, certaines caractéristiques ont pu être révélées après des années d'études. Ces corps appartiennent à des hommes et des femmes, adultes et enfants de trois groupes génétiques différents, appartenant donc à différentes ethnies. Un groupe de Sud Asiatiques y a été déposé entre le septième et le dixième siècle après Jésus Christ, tandis qu'un groupe d'Asiatiques de l'est et un groupe d'Européens Méditerranéens y ont été enterrés aux alentours du dix-neuvième siècle. De plus, il a été démontré qu'aucun des squelettes n'appartenait à la même famille, ou ne consommait le même type de nourriture. Les anthropologues supposent donc qu'ils ne faisaient pas partie de la même ethnie et ne fréquentaient pas les mêmes lieux de vie.


Des squelettes ayant remonté à la surface du lac et ayant été déposés en pile à l'abri de l'eau. © CC BY-SA 4.0

Rien dans l'analyse biologique des corps ne prouve que ces individus ont pu être les victimes d'une maladie commune. Si certains des corps présentaient des traumatismes crâniens ayant pu être, en effet, causés par des tempêtes de grêle, il reste impossible que des centaines de personnes soient décédées de cette manière, et ce sur une période s'étalant sur plus de dix siècles.


Les hypothèses sur la présence de tant d'individus si différents au fond de ce lac sont nombreuses : un hasard dû aux conditions climatiques extrêmement difficiles dans cette région du monde, ou encore un aspect sacré de ce lieu dans plusieurs croyances qui en font un lieu de sépulture commun à tant de personnes. D'après une légende locale, un pèlerinage de masse se rendant au lac pour honorer la déesse des montagnes Nanda Devi aurait péri après avoir offensée la déesse en ayant des comportements inappropriés. Pour les punir, cette dernière leur aurait envoyé des boules de métal à une vitesse très importante, ce qui les aurait tués. Les scientifiques disent qu'il serait en effet possible que ces squelettes soient ceux de pèlerins, le lac se trouvant non loin de la route d'un pèlerinage. Pour autant, afin d'accéder au lac depuis cette route, il est nécessaire de marcher environ quatre jours dans les montagnes gelées de l'Himalaya.


Le mystère plane donc toujours sur les centaines de squelettes du Lac de Roopkund. De nombreux scientifiques et anthropologues s'évertuent pourtant à élucider les mystères de ce lac et à préserver le site de toute altération d'origine humaine causée par les touristes visitant la région.


Lucile