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Le kidnapping de Chowchilla : enterrés vivants pour financer un projet cinéma

Le 15 juillet 1976 à Chowchilla en Californie, un bus scolaire est pris en otage par trois ravisseurs. Au total, vingt-six enfants et leur chauffeur sont kidnappés. Leur calvaire ne fait que commencer.


Les enfants victimes du kidnapping ainsi que leur chauffeur de bus. ©Jennifer Brown Hyde

L’enlèvement : le début du calvaire


Il est seize heures quand le chauffeur de bus Franck Edward Ray, surnommé Ed Ray, vient chercher les enfants à la piscine municipale pour les ramener à l’école primaire de Dairyland. Ils sont sur le trajet retour, traversant une petite route déserte lorsque le chauffeur aperçoit une camionnette garée étrangement en travers de la route. Le bus s’arrête.

C’est alors que trois hommes armés surgissent et entrent de force. Ils prennent le contrôle du bus avec les vingt-six enfants et le chauffeur.

Les ravisseurs conduisent jusqu’à une rivière asséchée et font descendre tous les passagers pour les transférer dans deux autres camionnettes. Le bus scolaire est caché dans la rivière et recouvert de broussailles.


S’ensuit alors un atroce voyage de douze heures, dans des conditions désastreuses : ni eau, ni nourriture, pas de pause et aucune ventilation alors que la température extérieure est de 35°C.

Parmi les enfants, le plus jeune a cinq ans et le plus âgé quatorze ans. Complètement entassés, sans repère car les vitres sont barricadées, ils sont terrorisés.

Jennifer Brow Hyde, âgée de neuf ans au moment de l’enlèvement se souvient : “I felt like I was an animal going to the slaughterhouse.” (= “J’avais l’impression d’être un animal qui allait à l’abattoir”) (Interview pour cbsnews.com, juillet 2020).

Pour réconforter les petits, Ed Ray et les enfants plus âgés essayent de les divertir avec des musiques joyeuses et des histoires amusantes, mais le stress est immense. Malheureusement, leur calvaire est loin d’être terminé.



L’enterrement de vingt-six enfants : l’apogée de la torture


À l’aube du 16 juillet, les deux camionnettes s’arrêtent dans une carrière située à Livermore, ville à cent soixante kilomètres de Chowchilla. Tout le monde est forcé de descendre. Les ravisseurs commencent à dresser une liste des otages en notant leur identité et prennent à chacun un vêtement.

À partir de là, la torture va atteindre son paroxysme. Les enfants et le chauffeur sont poussés dans un vieux camion de déménagement enterré dans une tranchée à presque quatre mètres de profondeur. Les kidnappeurs referment la trappe sur le dernier enfant et déposent deux énormes batteries de tracteur. Ils recouvrent le tout d’un mètre de terre, puis ils s’enfuient.

À l’intérieur du camion, il y a quelques matelas et sommiers sales, un peu de nourriture (des céréales, du beurre de cacahuète, des miches de pain) et de l’eau. Les deux tuyaux en guise d’aération ne suffisent pas et les odeurs de déjection et de vomi, sont insoutenables.


Intérieur du camion enterré à quatre mètres de profondeur. ©Rick Meyer / Los Angeles Times

Une mobilisation générale


Pendant que les enfants sont enterrés vivants, c’est la panique totale à Chowchilla. Ne voyant pas le bus revenir, les membres de l’école font le trajet inverse, sans succès. La police est alertée aux alentours de dix-huit heures.

À vingt heures, le bus est retrouvé et des traces de pneus sont identifiées. Malheureusement, il n’y a aucune piste.

Les parents, les enseignants et tous les habitants de Chowchilla sont sous le choc :


Comment vingt-six enfants peuvent-ils s’évaporer dans la nature sans laisser de trace ?


Le plan des kidnappeurs est d’attendre le lendemain pour contacter la police et demander une rançon de cinq millions de dollars. Pour appuyer leur menace, ils comptent se servir de la liste de tous les noms des enfants et leurs objets personnels. Le problème est qu’ils ne réussiront jamais à contacter les autorités car les lignes sont saturées par les appels des parents, de la presse et des personnes volontaires. Voyant que leur plan échoue, ils s’enfuient.



La libération


Les enfants ainsi que le chauffeur sont toujours sous terre et malgré leur tentative de rester calme, au bout de douze heures le toit commence à s’effondrer et ils manquent de vivres.


La panique monte alors d’un cran.


Michael Marshall, âgé de quatorze ans a la brillante idée d’empiler tous les matelas pour essayer d’atteindre la trappe. Pour pousser les batteries, il utilise un morceau de sommier en tant que levier puis tour à tour, les enfants l’aident à creuser.

Au bout de vingt-huit heures, ils sortent de ce trou, tombeau de leur calvaire. Les vingt-six enfants et le chauffeur sont sains et saufs.


Les autorités sont immédiatement contactées par des ouvriers qui se trouvaient sur un chantier voisin.

Les victimes sont récupérées et mises à l’abri au centre de réadaptation de Santa Rita, une prison locale. Quatre heures après leur évasion, ils sont transportés en bus pour revenir à Chowchilla.

Par rapport à ces décisions, nous pensons que la prison et le bus étaient peu appropriés, étant donné le traumatisme d’enfermement que les victimes venaient de vivre. Cependant, nous imaginons que le centre était le seul endroit avec une capacité d’accueil suffisante et qu’il n’y avait pas d’autre option pour le moyen de transport.


Au bout de trente-six heures de calvaire, les enfants retrouvent enfin leur famille. C’est le soulagement.



Des coupables issus de familles aisées et un motif de crime risible


La police se met alors à la recherche des coupables. Ils épluchent la liste des suspects connus mais aucun ne correspond aux descriptions données par les victimes.

L’identification des ravisseurs sera possible grâce à Ed Ray, qui accepte d’être placé sous hypnose pour se rappeler de certains détails. Il parvient à donner la plaque d’immatriculation d’une des deux fourgonnettes et délivre de précieuses informations.

Les autorités remontent alors jusqu’à Fred Newhall Woods, vingt-quatre ans, fils du riche propriétaire de la carrière où le camion était enfoui. Ils suspectent également le partenaire d’entreprise de voitures d’occasion de Fred : James Schoenfeld ainsi que son jeune frère Richard Schoenfeld, les fils d’un podologue réputé.


Les trois ravisseurs. De gauche à droite: Frederick Woods, James Schoenfeld et Richard Schoenfeld. ©Alameda County Sheriff’s Office

Le domaine du père de Woods est perquisitionné. Sur place, les enquêteurs trouvent un document servant de « planification » à l’enlèvement ainsi qu’un projet de note de rançon sur lequel était indiqué la somme de 2,5 millions de dollars pour financer un projet de film. Cependant, les ravisseurs avides d’argent demandaient cinq millions.

Frederick Woods est arrêté à Vancouver où il s’était enfui sous une fausse identité. James Schoenfeld a tenté de le rejoindre mais ne maîtrisant pas son comportement suspect à la douane, il est rentré chez lui puis s’est rendu de lui-même à la police. Apprenant la nouvelle, son frère en a fait de même.

Les trois kidnappeurs ont plaidé coupable et ont été condamnés à la prison à perpétuité.

Trente-six ans après l’enlèvement, Richard a obtenu une libération conditionnelle en juin 2012 et son frère en 2015. Frederick, aujourd’hui âgé de soixante-huit ans, a fait une demande de libération conditionnelle en 2019. N’ayant pas un comportement exemplaire avec de la possession de pédopornographie et un téléphone caché, sa demande a été rejetée. Il pourra la réitérer dans quatre ans.



Une fin heureuse mais un stress post-traumatique à jamais ancré


Franck Edward Ray a été élevé au rang de héros local jusqu’à sa mort, le 17 mai 2012. Il a reçu une distinction et le jour du 26 février a été rebaptisé le « Ed Ray Day » à Chowchilla. Il en est de même pour le jeune Michael Marshall, qui est resté très proche de ses camarades.


Franck Edward Ray entouré d’enfants victimes de la prise d’otage. ©Art Rogers / Los Angeles Times

Malgré la fin heureuse du kidnapping de masse de Chowchilla, toutes les victimes ont subi des troubles du stress post-traumatique (TSPT). Ces troubles sont un ensemble de plusieurs symptômes qui ont une grande répercussion sur l’état émotionnel de la personne et son comportement.

Le risque de développer de tels troubles dépend de facteurs préexistant propres aux victimes mais également au contexte qui suit l’événement traumatisant.

Ici, la prise en charge des enfants sur le plan psychologique n’a eu lieu que cinq mois après l’enlèvement. Par exemple, des changements de personnalité ainsi que des signes d’angoisse aiguë ont été observés. Les enfants qui sont descendus juste avant la prise d’otage ont aussi manifesté ces troubles. Certains ont été effrayés de savoir qu’ils auraient pu vivre cette horreur, d’autres se sont sentis coupables (c’est ce qui s’appelle la culpabilité du survivant). Aujourd’hui encore, les victimes âgées d’une cinquantaine d’années et plus, souffrent toujours d’angoisses (la peur du noir, de rester seul, des voitures...), de cauchemars récurrents et de problèmes d’addiction.


Les répercussions des actes criminels sont dévastatrices. En parallèle d’une prise en charge sur le plan physique, la dimension psychologique n’est pas à sous-estimer.


Nous soutenons sincèrement toutes les victimes du kidnapping, ainsi que leurs familles.


- Ève-Marie