• Nox

Le Golem : la créature sans coeur


Tout pays possède une légende, une histoire qui ravive l’ombre d’une ville et de ses habitants. Une histoire transmise de génération en génération, parfois pour prévenir du danger, parfois pour en faire son éloge. Créé pour protéger la ville et sa population, les restes du Golem, créature créée par la magie des mots, réside-t-elle toujours dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle à Prague, en République Tchèque ?


Les attaques du Ghetto

Prague… ville emblématique de la République tchèque, qui depuis des siècles, inspire bon nombre de peintres et poètes du monde entier. Célèbre pour son château ayant accueilli les Rois de Bohême, les Empereurs ou encore les présidents, le quartier juif Josefov, ville dans une ville, possède un secret toujours en suspense. La synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov, achevée en 1270, est aujourd’hui le plus ancien lieu de culte juif d’Europe. On raconte qu’elle garderait encore les restes de la créature, aussi appelé le Golem, créé par le rabbin Judah Loew Ben Bezalel (1512- 1609).


Au XIe siècle, alors que Prague est en proie à un pogrom (attaques accompagnées de pillage et de meurtres contre la communauté juive dans l’Empire Russe) déclenché à l’occasion de la première croisade, les juifs de Prague craignant pour leurs vies, se réfugient dans un quartier muré. Deux siècles plus tard, le roi Ottokar II de Bohême accordera un statut d’autonomie administrative. Malheureusement, ce statut n’empêcha pas la continuation du massacre. En 1389, plus de 3000 juifs sont ainsi tués pendant la Pâque (Pessa’h en hébreu). Ce fut le plus gros pogrom contre cette communauté.


Alors que Josefov, également appelé le ghetto, qui est toujours en proie aux pogroms, pour protéger sa ville, le Maharal se serait inspiré des indications du Séfer Yetsirah, un texte kabbalistique qui explique comment Dieu a créé le monde mais également, s’intéresse à la naissance des premiers hommes. Plusieurs rabbins qui ont commenté cet ouvrage, auraient aperçu des indications qui permettraient à celui qui serait suffisamment savant pour les déchiffrer et les comprendre, de créer un humain artificiel. Dans le Talmud (un des textes fondamentaux du judaïsme), Adam est décrit comme un Golem lors de ses douze premières heures d’existence. Il est un corps humain inachevé et sans âme. Il est créé à partir de la terre comme le Golem.


Le terme Golem vient de l’hébreu goylem ou gōlem qui signifie « matière informe » ou "embryon". Il apparaît pour la première fois dans la bible hébraïque. Il est également utilisé dans l’Ancien Testament (psaume 139 :16). Mais qu’est-ce qu’un Golem ? C’est une créature à forme humaine, modelée dans de l’argile ou de la terre glaise, dotée d’une force surhumaine mais dépourvu d’esprit. Il est animé grâce au pouvoir des lettres hébraïques : un parchemin portant le nom secret de Dieu est glissé dans sa bouche (que seul de saints Kabbalistes connaîtraient) et le mot emeth, qui signifie « vérité » est inscrit sur son front. C’est un être entièrement dévoué à son créateur. Pour lui rendre son état premier, il faut effacer la première lettre du mot emeth, ce qui devient meth signifiant « mort » en hébreu. Pour certains, cela serait une science occulte.


NB : Un Golem fabriqué par un homme, restera une créature sans âme, dénuée de raison et muette. Seul le divin peut insuffler une âme.


Le Golem, un nouveau sauveur ?

L’Homme est pécheur et ne peut créer un être à la façon du Divin. Il existe cependant une exception avec la communauté Ashkénaze en Rhénanie. Ils pensaient pouvoir accomplir la volonté de Dieu et avoir la capacité de faire le Bien. Serait-ce pour cela qu’ils ont réussit là où beaucoup ont échoué ? Cette communauté serait la première à avoir réussit le rituel pour donner vie à un Golem. L’objectif de l’Homme est de comprendre comment Dieu a créé l’Univers et ainsi, pouvoir mieux se rapprocher de lui voir même, se mesurer à lui et maîtriser la force Créatrice.


Rabbi Judah Loew Ben Bezalel, plus communément appelé le Maharal, est l’une des plus grandes figures religieuses juive. Né en 1512 en Pologne, il est élu grand rabbin de Prague en 1597. Il se distingue par sa connaissance du sens caché des textes sacrés du judaïsme et des sciences profanes. Selon lui, la religion et la science ne peuvent se trouver en conflit puisque leur domaine n’est pas le même. Si ce dernier a historiquement existé (il a écrit plusieurs ouvrages et sa tombe est toujours vénérée dans le vieux cimetière Juif de Prague), une histoire particulière l’entoure. Il serait à l’origine de la création du Golem…



Vers l’an 1600, alors qu’une rumeur antisémite se répand sur le fait que les juifs tueraient des enfants chrétiens et prélèveraient leur sang afin d’accomplir des rituels, les juifs se tournent vers le seul homme qui pourrait trouver la solution à leur calvaire : le grand Maharal. À l’aide de ses deux disciples, il façonne une silhouette avec de la glaise. Une fois le rituel terminé et accompli, la créature devint de plus en plus grande et ouvrit les yeux. Ils lui donnèrent des vêtements qu’ils avaient apportés afin qu’il se couvre et le nomma Yosef. Le grand Maharal l’emmena dans la synagogue afin de le cacher puis lui certifia qu’il reviendrait le récupérer l’heure venue. Tout se passa correctement, le Golem protégea les juifs et la ville de l’ennemi jusqu’au jour où il devint incontrôlable, semant la terreur dans les rues de Prague. Il échappa au contrôle du rabbin Loew. L’empereur Rudolphe II, lui demande alors de désactiver le Golem et en contrepartie, il cesserait les attaques antisémites. Après cet accord et pour protéger sa ville, le Maharal demanda à sa créature de lui lacer ses chaussures. Profitant que ce dernier soit agenouillé, Loew effaça l’inscription sur son front et ainsi, lui ôta la vie dans le grenier de la synagogue Vielle-Nouvelle.

Son corps ne fut pas détruit mais serait, d’après la légende, caché dans le grenier (guenizah) de la synagogue Vieille-Nouvelle, là où sont disposés les vieux ouvrages religieux.


Le Golem est créé pour accomplir des tâches domestiques. Son rôle est d’aider et de protéger son créateur. Malheureusement, ce dernier est incapable de contrôler sa force. Lorsqu’on lui demande d’aller chercher de l’eau au puits, il soulève le puits pour apporter l’eau. Lorsqu’on lui demande d’aller chercher du bois pour le feu, il arrache un arbre avec ses racines. Il devient incontrôlable lorsqu’il découvre son moi-intérieur. Aurait-ce été le cas à Prague ?


En 1980, des scientifiques Tchèques ont eu l’autorisation de se rendre dans le grenier afin de trouver les fameux restes du Golem mais leurs recherches s’avéraient non concluantes. Aurait-il été caché avant l’arrivée des scientifiques ? Si le monde apprenait son existence, le fait de l’avoir animé par des mots et par conséquent un lien directe avec de la magie, cela provoquerait un bouleversement total sur notre perception de la vie.

Selon une rumeur, pendant la seconde guerre mondiale, les nazis auraient cherché à s’en emparer pour l’utiliser comme arme contre leurs ennemis. Il est impossible d’accéder de l’intérieur à la genizah (entrepôt des textes sacrés) de la synagogue et l’accès est interdit au public.



De nos jours, la popularité du Golem s’est accentuée. Il fait son apparition au cinéma dans le film « Der Golem » de Paul Wegener sortie en 1920, où il est créé à partir de magie noire ; dans la musique avec le groupe « The Click » (Golem) mais également à la télévision dans la série The Simpson « You Gotta Know When To Golem ». Dans le film Metropolis sortie en 1927 et réalisé par Fritz Lang, le cyborg est inspiré d’un golem. Ce dernier reçoit une âme et ainsi se transforme en humain. Avec le temps, le Golem devient un avatar, l’alter-ego de l’humain. Il devient un être artificiel représenté sous la forme d’un robot humanoïde ou d’une intelligence artificielle tel qu’un ordinateur. Des petites statuettes en bois sont également à son effigie à travers le monde.



Roxanne