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Le château de Leap

Le château de Leap, construit vers le XIIIème siècle et situé dans le comté d'Offaly, en Irlande, à environ 6,5 km de la ville de Roscrea, est aujourd’hui connu comme l’un des plus grands châteaux hantés qui existe. Son nom, certes peu évocateur, reflète pourtant à merveille l’ignoble caractère des familles qui y élurent domicile. Ce nom tristement célèbre traduit par « le Saut des O’Bannon » symbolise le funeste jeu auquel les deux frères O’Bannon se sont adonnés pour déterminer celui qui allait régner. Les deux frères se jetèrent du haut d’un affleurement rocheux et le survivant de ce saut mortel gouvernerait ce domaine en construction. Comme prévu, l’un des deux frères succomba à la grande joie de l’autre. Cet acte barbare se soldant par la mort ne fut que le premier d’une très longue liste. Et les nombreux esprits condamnés à errer entre ces murs de pierres le savent mieux que personne.


Photographie du château © 2016 Ardmore Country House Bed and Breakfast Kinnitty, Birr Co Offaly Irlande.

La tumultueuse histoire du château de Leap


Le château de Leap, d’abord occupé par les O ’Bannon, est soumis aux règles de cette grande famille de notables possédant le territoire sur lequel il est placé. Par la suite il est également occupé par la famille O’ Caroll. Ceux-ci sont en quelque sorte les chefs secondaires du lieu.


En 1514, une première tentative d’assiéger le château est mise en exécution par le comte de Kildare. Cependant celui-ci échoue et réessaye deux ans plus tard, toujours sans succès. C’est en 1558 que le château sera mis en péril, mais ce par les O’ Bannon eux-mêmes, préférant alors incendier et détruire partiellement leur château plutôt que le laisser aux mains des forces élisabéthaines ayant exprimé la volonté de s’en emparer. Il fut ensuite récupéré par les O’ Caroll moins d’un an plus tard lorsque la situation s’était apaisée.


La sombre histoire du château commença alors dès la présence de la famille O’ Caroll. Cette famille réputée comme violente et perfide entama la longue liste des âmes brisées et déchues errant dans la bâtisse. Les O’ Caroll n’avaient pas d’adversaires, pour la simple raison que lorsqu’une personne, quelle qu’elle soit, émettait un avis contraire au leur, ils engageaient des mercenaires qui se lançaient à sa poursuite et l’opposant n’en ressortait jamais vivant. Même ces mercenaires étaient ensuite assassinés afin qu’aucun témoin des meurtres ne puisse parler. C’est ainsi que trente-neuf personnes du clan O’Neil trouvèrent la mort enfermés, blessés dans les oubliettes du château.


Parlons de ces oubliettes…nous pouvons nous dire que les oubliettes ne servent qu’à enfermer des gens jusqu’à ce que mort s’ensuive par manque de nourriture. Cependant dans le château des O’ Caroll même les oubliettes assuraient une mort des plus terribles : recouverte de pics plantés dans le sol, les malheureux jetés dans cette pièce trouvaient la mort, transpercés par ces pieux leur garantissant une lente agonie.


Fosse des oubliettes ©thestandingstone.ie

Le clan O’Neil n’est pas le seul à avoir subi les foudres de cette famille. Les O ’Caroll possédaient un ennemi commun au clan Mac Mahon de Monaghan, ils décidèrent alors de s’associer afin de les éliminer. Une fois tous les membres du clan opposé décimés, les O’ Caroll décidèrent de donner une grande fête dans leur château afin de célébrer leur victoire avec le clan Mac Mahon de Monaghan. Plus tard dans la soirée certains d’entre eux furent empoisonnés par le festin mortel et ceux qui restaient furent assassinés dans leur sommeil. Ainsi, il ne resta plus que les O’ Caroll pour régner sur ce fief.


Ces heures de gloire durèrent jusqu’à ce que le chef du clan, Mulroney O ’Caroll décède en 1532. Ses deux fils, Thaddeus et Teige, se disputèrent alors le pouvoir et l’héritage. À défaut de sauter d’une falaise et laisser le sort décider qui régnerait, Teige, avide de pouvoir, décida de prendre les choses en main. Il fit irruption dans la chapelle où Thaddeus, prêtre, prononçait son sermon durant la messe, et l’égorgea. Il regarda ensuite son frère, s’écrouler sur l’autel, se vidant de son sang devant la famille, spectatrice de cet acte blasphématoire. Après ce drame, celle que l’on appelait désormais « la chapelle sanglante » fut fermée et plus personne ne s’y rendit. Teige n’accéda cependant pas au pouvoir compte tenu des conditions par lesquelles il avait tenté de s’en emparer et le destin lui réserva un sort similaire à son défunt frère lorsque des années plus tard il fut assassiné par son cousin Cahir O’ Caroll.


Photographie de la chapelle sanglante ©Ciaran McHugh Photography

Concernant la fille du clan O’ Caroll, celle-ci tomba follement amoureuse d’un prisonnier anglais nommé Darby, issu d’une grande famille ennemie des O’ Caroll comptant parmi ses membres le vice-amiral George Darby, l’amiral Sir Henry D’Esterre Darby et John Nelson Darby. Après avoir discuté avec lui de longues heures, chaque jour à la nuit tombée en lui apportant de quoi subsister à la faim, elle décida de l’aider à s’évader du château et l’accompagna dans cette escapade. Cependant il y eut un contre-temps, lors de la mise en application de leur plan, la jeune fille croisa son frère dans les longs escaliers du château. Bien consciente qu’il s’empresserait de les dénoncer, elle n’hésita pas une seule seconde et lui enfonça une lame dans le cœur. Laissant le sang de son frère dévaler les marches, elle prit ensuite la fuite avec son détenu. Elle apprit peu après que, ayant tué le seul successeur de la famille O’ Caroll, elle était alors la seule à qui revenait l’héritage du château. Elle y revint alors avec son bien aimé, les deux s’unirent et le domaine passa alors sous la juridiction des Darby en 1659. Afin de marquer la passation, la famille Darby fit alors agrandir le château, cependant la construction étant plutôt onéreuse, la famille augmenta les loyers des paysans et revendit une partie de leurs terres. (Cette augmentation des prix et la vente de leurs terres sans leur accord rendant la vie des paysans plus rude, vaudra d’ailleurs aux Darby la mise à feu de leur château lors de la guerre civile de 1922.)


La famille Darby n’étant pas moins malfaisante que celle des O’ Caroll, ils sont, eux aussi, à l’origine de sinistres histoires qui ont eu lieu entre ces murs et celles-ci commencèrent à peine quelques années après leur arrivée : une des jeunes filles du couple Darby tomba également amoureuse de celui qu’il ne fallait pas. Éprise d’un pauvre fermier, les deux tourtereaux passaient l’entièreté de leur temps ensemble. Cela ne tarda pas à éveiller les soupçons de son père qui l’avait promise à un homme d’un autre clan pour les intérêts de son propre clan. Afin que sa décision soit respectée il entreprit de tuer le jeune amant de sa fille. Cependant, il n’avait point envisagé que, meurtrie par le chagrin de la perte de son âme sœur, sa propre fille décide d’en finir en se jetant du haut des remparts.


Quelques décennies après ce nouveau drame, et le château appartenant toujours aux Darby, c’est Mildred Darby qui l’occupa entre les années 1850 et 1921, de nombreuses rumeurs la caractérisent comme une sorcière sans cœur. Mais ce ne sont que des rumeurs, ce qui est sûr cependant, c’est la raison qui poussa les habitants de la région à les créer. Mildred possède une étrange fascination pour la magie noire. Cette passion la poussa à appeler au cours d’une de ses nombreuses séances de spiritisme un esprit maléfique qui s’empara du fief et y régna en maître. Mais celui-ci ne s’empara pas seulement du domaine, il prit possession également de l’âme de Mildred Darby.


Mais ce n’est pas tout. Cette immense bâtisse faite de pierres n’abrite pas seulement des âmes errantes. Elle renferme également un trésor, un homme de la famille Darby a enterré dans le jardin du domaine un trésor en partie volé à l’aide de deux hommes qu’il assassina par la suite. Une fois ses méfaits révélés au grand jour, il fut emprisonné pour traîtrise. Malheureusement, une fois remis en liberté la folie l’avait atteint et il ne fut jamais capable de retrouver l’emplacement de son butin. Celui-ci reste, encore aujourd’hui, introuvable.



Les nombreuses âmes errant dans le château de Leap :


Habité par deux familles tout aussi malfaisantes l’une que l’autre, le château est aujourd’hui aux mains des âmes de personnes ayant agonisé entre ses murs, des êtres en souffrance pour l’éternité. Lors du rachat du château par le propriétaire actuel, plus d’une centaine d’ossements humains furent découverts dans les oubliettes. Trois charrettes ne furent pas de trop pour tous les extraire de la pièce. Parmi eux figuraient certainement les Mac Mahon de Monaghan, et les trente-neuf membres du clan O’Neil.


Les fantomes des oubliettes ©Nox France

Selon plusieurs médiums, déplacer ces ossements aurait libéré une charge négative dans le château ce qui aurait, par conséquent, réveillé toutes les âmes en peine qui y sommeillaient. Après cela de nombreuses personnes aperçurent les esprits des morts qui avaient constitué la sordide histoire du château.


Nous pouvons bien évidemment compter parmi eux le prêtre Thaddeus, froidement assassiné par son propre frère. Plusieurs témoins affirment l’avoir aperçu aux alentours de la chapelle sanglante dans laquelle il perdit la vie.


Thaddeus prêtre égorgé ©Nox France

Le frère poignardé par sa sœur durant son escapade avec le prisonnier erre toujours dans le château, cet homme était, selon les dires, profondément mauvais. On peut alors imaginer que la rancœur de s’être fait ôter la vie par sa propre sœur le ronge pour toujours.


Frère poignardé dans les escaliers ©Nox France

La fille issue de l’union des deux amoureux meurtris, amante éplorée, elle, reproduit encore et encore son saut fatal du haut des remparts sous les yeux ébahis des témoins l’ayant vue… D’autres l’ont aperçue au bras de son bien aimé assassiné, unis pour l’éternité.


Femme suicidée et son amant assassiné ©Nox France

Ce n’est pas la seule à exécuter un saut mortel avant de disparaître, Emily et Charlotte, deux sœurs ayant vécu dans le château jouent joyeusement dans le hall avant de commettre cet acte terrifiant. L’histoire de ces deux sœurs reste aussi mystérieuse que leur mort mais un indice peut cependant nous aider à comprendre : la plus petite des deux sœurs possède une jambe mal-formée, peut-être due à une chute mortelle des remparts.


Les deux sœurs: Emily et Charlotte ©Nox France

Concernant la sorcière Mildred Darby, l’identité qu’elle appela lors d’une de ses messes noires serait encore aujourd’hui le maître de ces lieux. On retrouva son témoignage écrit datant de 1909 dans lequel elle raconte sa rencontre avec ce puissant démon. Une nuit, se promenant dans la galerie du château, elle sentit alors une main se poser sur son épaule et lorsqu’elle se retourna, elle vit celui qu’on appelle « Him ». Mi-homme, mi-bête, le visage ténébreux et creusé, dont les yeux ne sont que deux cavités d’un noir profond. Même s’il n’est pas plus grand qu’un mouton, l’odeur de décomposition émanant de la fumée blanche qui l’entoure le rend particulièrement discernable.


"Him" le démon ©Nox France

Mais celle qui amena cet être ici ne fut pas en reste, « Him » prit avec lui, l’âme de Mildred pour s’en délecter. Depuis, elle aussi errerait entre les murs de la maudite bâtisse, à la recherche de son âme donnée aux forces du mal.


Mildred Darby la sorcière ©Nox France

Une autre femme continuerait de hanter ces lieux. Une prisonnière qui fut agressée par plusieurs O’ Caroll. Elle donna naissance à un enfant que les O’ Caroll tuèrent avec une dague prétendant ne pas vouloir nourrir une bouche de plus. Désemparée, la mère s’empara de la dague et rejoignit son enfant. Elle se baladerait depuis plusieurs années près des ruines, vêtue d’une longue robe rouge, flottant dans les airs et une dague à la main.


Dame en rouge ©Nox France

Toutes ces vies écourtées constituant l’histoire du château, seraient, selon les enquêteurs du paranormal, à l’origine de pas moins de vingt entités coincées entre les murs froids de la grande bâtisse. Les gens de la région décrivent ce château comme en proie à une terrible malédiction y faisant régner le mal. Une coutume locale exige que l’on ne passe pas devant ce château après le couché du soleil afin de ne pas s’attirer le mauvais œil. Aujourd’hui, interdit aux visiteurs, peut être afin de les protéger, le lugubre château de Leap reste gravé dans les mémoires avec une certitude : la mort ne signifie pas la fin de l’existence, et les âmes errantes, condamnées à errer et crier leur détresse éternellement peuvent en témoigner.


- Loukina