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Le château de l'Herm : sa beauté aura rendu fou ses propriétaires.

Ce château fut le décor du roman d'Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, écrit en 1897, avant d'être adapté en série télévisée du même nom en 1969, puis au cinéma par Laurent Boutonnat en 2007. Jacquou le Croquant traite de la vie difficile et parfois injuste des paysans de Dordogne de 1815, en reprenant de loin l'histoire tumultueuse du château de l'Herm. S'il est difficile d'imaginer dans ces œuvres la vie des paysans de cette époque, à la merci de leur seigneur, il l'est bien plus d'imaginer les horreurs qui se sont réellement produites dans ce château. Cet édifice d'une beauté incroyable a-t-il vraiment maudit ses propriétaires ?


Crédit : Mossot

Le château de l'Herm se situe à Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, dans le département de la Dordogne. Il fut construit entre 1500 et 1520 par une des lignées les plus influentes du Périgord noir au XVIe siècle, les Calvimont. Le doute subsiste entre le père Jean de Calvimont et son fils Jean IV, quant à qui aurait construit le château. Il est sûr que Jean IV de Calvimont deviendra un seigneur influent, puisqu'il sera président au Parlement de Bordeaux et ambassadeur auprès du roi Charles Quint pour le roi François Ier. La famille est également composée de deux poètes connus : Guillaume de Calvimont et Étienne de la Boétie. Mais cette opulence ne va pas durer longtemps et laissera place à cinquante années de décès tous reliés par le château.


L'entrée principale du château. Crédit : Manfred Heyd

Ce château serait maudit par sa splendeur, ce qui se comprend lorsqu'on le compare au reste du village (composé d'à peine une dizaine de maisons) et même aux autres châteaux de la région. Jean de Calvimont accède en 1500 au titre de noble et se voit attribuer la seigneurie de Rouffignac. Pour installer son pouvoir, il décide de construire un édifice digne de son rang. Mais il ignore les gens de son époque, qui l'avertissent de ne pas construire sur les ruines de l'ancien château, plusieurs diront qu'il était condamné dès sa construction. Les Calvimont affichent leur richesse sans retenue avec des escaliers de pierre remarquables, ainsi que l'usage de matériaux totalement inconnus dans la région ; sa beauté équivaut à celle des châteaux de la Loire. Les trois cheminées sont toutes sur le même pan mural, une disposition rare. Mais c'est surtout l'immense entrée avec ses six marches qui est vivement critiquée pour son coté ostentatoire. Le château de l'Herm attise les jalousies.


La voûte remarquable de l'escalier en colimaçon, il s'agit d'une gerbe de pierres. Crédit:Mossot

C'est avec le mariage de Jean de Calvimont (fils de Jean IV de Calvimont) et Anne d'Abzac de la Douze en 1582 que débute la malédiction du château de l'Herm qui perdura pendant cinq siècles.


Anne donne naissance à Marguerite de Calvimont et son père Jean décède peu après en 1588 dans des circonstances inconnues. Elle se remarie ensuite avec son amant Foucauld d'Aubusson en 1588 qui, lui aussi, meurt en 1600. Il laisse un fils de sa précédente union, François II d'Aubusson. Mais comment garder l'héritage des Calvimont dans la famille ? Anne de la Douze a l'idée de marier sa fille Marguerite de Calvimont, âgée de quatre ans, à son beau-fils François II d'Aubusson âgé de seize ans. Marguerite est la dernière représentante de sa lignée et possède un patrimoine colossal. Hélas, François profite de l'âge de son épouse et dépense tout l'héritage de Marguerite, lui faisant même contracter des dettes. C'est lorsqu'il souhaite acheter la seigneurie voisine de Rouffignac qu'il se retrouve dos au mur et qu'il ne voit plus qu'une solution pour effacer sa dette. En 1605, ce dernier fait renvoyer les serviteurs du château, force sa femme à signer un contrat dans lequel elle l'autorise à récupérer tous ses biens, après l'avoir fait prisonnière (c'était une pratique tolérée pour « éduquer » une épouse trop encombrante). Marguerite est enfermée dans une des tours du château pendant trois jours puis elle est étranglée.


Anne de la Douze accuse son beau-fils du meurtre et porte plainte contre lui. À la suite des procès à Bordeaux, Paris et Toulouse, François II d'Aubusson est condamné à mort. Une fois en prison, il s'échappe et regagne le château où il mènera sa vie comme si de rien n'était. Il se remarie avec Marie de Hautefort en 1606, et le couple a deux enfants ensemble : Charles et Françoise. Anne retire sa plainte en 1608, contre une partie de l'héritage de sa fille Marguerite, ce qui ne satisfait pas le clan des Calvimont. François souhaite demander la grâce royale et pour cela il doit se rendre à Paris, ce qu'il fait. Mais il y est torturé et meurt en 1618. Pour la justice, le château est toujours la propriété des Calvimont.


Marie de Hautefort ne se voyant pas vivre sans argent et ayant la réputation d'être machiavélique, fait assassiner les deux frères restants de la lignée des Calvimont en organisant un guet-apens dans la forêt voisine, et obtient la propriété du château. Son fils Charles se fait assassiner en guise de représailles en 1636.


Pour garder l'héritage, Marie est prête à tout. Elle se remarie à Henri Bertrand Raphaël de Baudet, (qui sera tué par les Calvimont) elle lui promet de marier sa fille Françoise à son fils Louis de Baudet (né d'une précédente union qui fut tué en 1649 par les Calvimont). Sauf que Françoise a déjà été promise à Godefroy de la Roche-Aymon, (qui a déjà tué en duel Jean VI de Calvimont en 1637). Elle se marie avec lui et aura une fille Marie-Armande de la Roche-Aymon. Françoise meurt en 1645 et Godefroy se remarie en 1645 avec Marie-Madeleine des Grillets. Godefroy marie alors sa fille Marie-Armande avec le fils de sa nouvelle femme, François de Reilhac en 1660. Même s'il n'y a plus de meurtres. Tout le monde à cette époque a entendu parler des procès et du château. Pour la plupart des gens c'est le château qui serait maudit et personne n'ose y mettre les pieds.


Arbre généalogique by ©Nox

Marie de Hautefort meurt au château de l'Herm en 1652 en léguant tous ses biens à sa petite-fille Marie-Armande. À la suite de nombreux procès, le château est vendu aux enchères et racheté en 1682 par Marie de Hautefort (nièce de Marie de Hautefort citée plus haut). Elle n'était autre que l'amante platonique de Louis XIII, surnommée l'Aurore de par sa beauté. Marie loue le château à un fermier puis il tombera dans l'oubli en 1862. C'est ainsi que la frénésie meurtrière de Marie de Hautefort et du clan légitime des Calvimont prend fin.


Beaucoup affirment que le château a possédé Marie de Hautefort. En effet, il est facile de comprendre les raisons financières, mais elle tenait également à rester dans ce château à tout prix. Qu'est-ce qui aurait pu la pousser à assassiner une dizaine de personnes dans l'unique but de garder ce château ? Elle n'a jamais souhaité le vendre, alors qu'il valait probablement autant que l'héritage monétaire de la famille. Marie de Hautefort désirait rester au château de l'Herm à n'importe quel prix, même celui de la vie. Beaucoup de visiteurs contemporains du château affirment que des ondes très négatives se dégagent de cet endroit. Même si je n'ai pas pu visiter l'intérieur de l'édifice puisqu'il est fermé pour travaux, l'ambiance très particulière de ce lieu et le croassement des corbeaux donne un aspect très inquiétant à l'endroit. Des chasseurs de fantômes s'y sont déjà rendus, et on ne peut réfuter l'existence de phénomènes étranges, des voix, des apparitions timides. Le sujet est à creuser un peu plus et pourrait sans doutes nous révéler des éléments d'explications.


Il est courant de dire que la beauté fait tourner les têtes. On ne saura jamais si le château est réellement un lieu maudit. Cet endroit aura surtout été le reflet de Jean de Calvimont, désirant montrer sa splendeur, dans un pays qui n'était pas familier à son style flamboyant. Il a attiré sans le vouloir des gens malveillants qui seront à l'origine de la chute de la famille. Mais il est possible de se demander si ce n'est pas le lieu qui transforme ses propriétaires, lorsque l'on voit la ténacité avec laquelle Marie de Hautefort s'est battue pour ce château de province. Ou alors, cet endroit n'a fait que révéler la véritable personnalité de ses occupants. Mettez un groupe de dix personnes devant un trésor et les personnes que vous pensiez connaître peuvent devenir vos pires ennemis.


Eloïse