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La véritable histoire des évadés du 11 juin 1962

Alcatraz, une île reconvertie pour accueillir et garder sous contrôle de redoutables tueurs en série et délinquants comme Al Capone, était dite impénétrable. Pour en sortir, il fallait en effet être prêt à braver les eaux glacées de la baie de San Francisco et parcourir à la nage presque 2km pour rejoindre le port de la ville. Alors, comment trois hommes ont bien pu faire pour s'échapper de l'île du diable et que sont-ils devenus ?


11 juin 1962, 7h, Alcatraz prison de haute sécurité

Alors que les gardes de nuit finissent leur énième ronde dans le couloir principal, l'appel du matin est donné. Trois des détenus ne se réveillant pas, un des gardes déverrouille une cellule, soulève le drap et découvre une fausse tête faite à partir de carton, de papier mâché et de savon. Deux autres têtes sont découvertes dans deux autres lits, trois prisonniers manquent donc à l'appel. L'alerte est donnée, il est capital de retrouver, et vite, Clarence et John Anglin, deux frères retenus pour de nombreux braquages de banque, ainsi que Frank Morris, enfermé pour meurtre, détention de stupéfiants et vol à main armée. Tous trois sont déjà connus pour leurs nombreuses tentatives d'évasion. Alors que tout le personnel est en effervescence, un des prisonniers va faire des révélations aux gardes. En effet, il se dit être le parrain de l'opération et livre le récit idéal de l'évasion. Il raconte ne pas avoir pu s'échapper à temps et que ses coéquipiers seraient partis sans lui. Les gardes se tiennent prêts à recevoir des ordres. La tension est palpable et les autres détenus tentent de comprendre comment les trois hommes ont pu réussir à fuir l'enfer d'Alcatraz. Pour comprendre cela, il faut remonter quelques mois en arrière.


Décembre 1961, quatre hommes, un plan, un même objectif

Frank Morris, Allen West ainsi que les frères Anglin se sont déjà croisés dans un pénitencier à Atlanta dans lequel ils ont été détenus. À leur arrivée sur l'île d'Alcatraz, c'est le choc pour les quatre bourreaux du crime. Ils découvrent une prison juchée sur une petite île, enfermant derrière ces murs de couleur grisâtre les plus grands criminels des États-Unis. Dès le départ, les quatre compagnons organisent une hypothétique évasion de ce caillou isolé appelé autrefois l'île du diable. Au fur et à mesure des années, la forteresse impénétrable se dégradait en raison de l'eau salée, de la houle et du vent qui provoquaient une dégradation de la bâtisse et les quatre prisonniers l'avaient bien remarqué. Ils notent la présence d'une grille d'aération au fond de chaque cellule. Pour eux c'est évident : les conduits d'aération s'échappent le long de grands couloirs menant jusqu'au toit. Cependant, et malgré le béton qui tombe en lambeau, ils mettent plusieurs mois à creuser une sortie assez grande pour un corps d'homme. Ils récupèrent lors des repas, des cuillères leur servant pour creuser le béton. Étant donné que certains jours de la semaine, quelques prisonniers ont la permission de sortir de leur cellule pour jouer de la musique, ils saisissent cette chance pour masquer le bruit de leur ouvrage. À l'aide d'imperméables volés lors de nombreux ateliers mis à disposition des prisonniers, ils réussissent à construire un radeau de fortune, qui devait leur permettre de traverser la baie et rejoindre la côte. Une fois que tout était prêt, il ne restait plus qu'à mettre le plan à exécution. L'excitation était palpable même si les prisonniers savaient que d'autres avaient péri en tentant d'accomplir le même dessein.


Le soir de l'évasion, 21h30

Maintenant que les lumières sont éteintes, les quatre prisonniers vont pouvoir passer à l'action. Dans l'obscurité, ils saisissent les fausses têtes et les placent dans leur lit afin de tromper les gardes ; retirent la grille et se faufilent à travers le trou. Allen West ne parvient pas à passer n'ayant pas assez creusé sa grille, et malgré l'aide d'un coéquipier, il doit être laissé derrière eux sous peine de faire échouer le plan. Les trois hommes se précipitent dans les conduits de ventilation. Ils traversent le toit en courant dans le noir, descendent le long des gouttières, franchissent les 4 mètres de grillage et de barbelés, et là c'est la libération. Aucun tir n'a été émis dans leur direction. Les gardes semblent n'avoir rien remarqué, chose presque surréaliste quand on sait que Alcatraz était la prison la plus sécurisée pour l'époque. Ils se retrouvent donc devant l'océan, déploient leur radeau de fortune et disparaissent dans la brume nocturne entourant l'île du diable. L'heure prétendue de l'évasion est 23h.


Aucun des trois hommes ne fut retrouvés. Certains prisonniers racontent avoir entendu Allen West sangloter après avoir été abandonné par ses coéquipiers. La police pense que les trois hommes se sont probablement noyés dans la baie, en raison d'une eau glacée et de courants marins très forts. Cette hypothèse ne peut pas être confirmée puis qu’aucun corps ou ossements ne furent retrouvés dans la baie. Cependant, deux hypothèses majeures ont toutes deux été explorées par la police, sans grand résultat.



La première hypothèse provient d'une photo que les neveux de Clarence et John ont confié à History Channel lors de la réalisation d'un reportage sur les évadés. Ils racontent même que leur mère avait reçu des cartes de vœux pour Noël de la part des deux frères. On peut voir sur cette photo deux hommes se tenant devant ce qui semble être un tas de terre. La photo n'est pas datée et la qualité plutôt médiocre. Un expert a étudié le cliché et semble convaincu : pour lui les frères Anglin ont bel et bien réussi à survivre et à se reconstruire après ces années de prison.


La seconde hypothèse concerne cette fois-ci une lettre reçue en 2013 par la police. Cette lettre, comme vous allez le voir, est censée être écrite par John Anglin. Dans celle-ci, il explique que ces deux confrères sont morts, et qu'atteint d'un cancer, il souhaiterait recevoir des soins en échange de sa position. La police est sceptique, mais suit tout de même la piste. Des recherches sont menées pendant 5 ans, et dans la semaine du 24 janvier 2018, la lettre est rendue publique. Cependant et malgré les empreintes, la typographie de l'écriture et l'ADN, les recherches n'ont pas été concluantes.



« Mon nom est John Anglin. Je me suis échappé d'Alcatraz en Juin 1962 avec mon frère Clarence et Frank Morris. J'ai 83 ans et je suis en mauvaise forme. J'ai un cancer. Oui nous l'avons fait cette nuit là mais de justesse... »





Depuis janvier 2018, la police a abandonné l'enquête mais le FBI maintient les avis de recherche sans grand espoir. Malgré les études de trajectoire de la traversée de l'île jusqu'au littoral, les empreintes et les nombreuses hypothèses parcourues par le FBI, l'affaire reste à ce jour nonrésolue. Des questions subsistent, puisque les hypothèses concernent principalement les deux frères : qu'est devenu Frank Morris leur équipier ?


Le mystère des évadés d'Alcatraz reste entier. Un film a même été réalisé, racontant l'évasion de Frank Morris, le coéquipier des deux frères. L'évadé d'Alcatraz a été réalisé en 1979 à partir d'un livre écrit par J. Campbell Bruce. Alcatraz a fermé ses portes peu de temps après l'évasion des trois hommes en 1963 et est devenu un lieu touristique.