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La théorie de la simulation : sommes-nous sûrs d’être dans la réalité ?

Impression de déjà-vu, effet « Mandela », phénomènes paranormaux ou inexplicables, sont-ils des preuves que nous vivons dans une simulation ? Pour Elon Musk, grand entrepreneur de la Silicon Valley, « il y a une chance sur un milliard que nous vivions dans la réalité ». Difficile de croire en cette théorie et pourtant de nombreux scientifiques considèrent aujourd’hui que cette hypothèse est très probable. Cette théorie de la simulation repose sur l’idée selon laquelle notre réalité aurait été créée par une intelligence supérieure grâce à des technologies dépassant celles que nous connaissons. Nous ne serions alors que de simples personnages évoluant dans un monde virtuel, à la manière du célèbre jeu des Sims.



En 2003, le philosophe suédois Nick Bostrom publie son article Are you living in a Computer Simulation qui fait renaître l’hypothèse de la simulation, dont Platon avait déjà évoqué l’existence à travers le mythe de la caverne en 315 avant J.-C. Le philosophe propose un trilemme : autrement dit, trois possibilités, seulement une seule peut s’avérer vraie. En calculant les probabilités de ces trois possibilités, le scénario dont la probabilité est la plus plausible est celui qui propose qu’une civilisation avancée aurait décidé de faire revivre ses ancêtres, nous, grâce à des simulations virtuelles, dans le but d’observer et comprendre leur évolution. Pour Nick Bostrom, il y aurait tellement de simulations différentes que nous serions obligatoirement des consciences artificielles au sein de la simulation informatique. D’autres penseurs ne partagent pas cette idée : pour eux, nous serions soit des consciences biologiques soit des intelligences artificielles mais nous ne pourrions pas nous différencier.


Les scientifiques s’emparent alors de cette théorie, et de nombreux chercheurs tentent de montrer à leur tour la véracité de cette hypothèse. Pour Elon Musk, il est possible que nous soyons déjà dans une simulation sans nous en rendre compte : il y a à peine cinquante ans, Pac-Man, Tetris ou encore Snake faisaient office de jeux vidéo. Aujourd’hui, la réalité virtuelle permet de véritablement vivre le jeu vidéo. Dans quelques années, il sera impossible de différencier un jeu vidéo de la réalité ; et si c’était déjà le cas ? Pour le cosmologiste Max Tegmark et le physicien James Gates l’univers ne pourrait être qu’un code informatique : lors de ses recherches sur les électrons et les quarks, James Gates découvre dans ses équations des « codes correcteurs » qui n’ont normalement leur place que sur les navigateurs web. Les deux hommes s’interrogent également sur la capacité à expliquer l’univers par des formules rigides et mathématiques.


À une échelle plus petite, certains phénomènes individuels sont parfois surprenants et soulèvent également la question de la simulation. Les impressions de déjà-vu révèlent-elles le fait que nous avons déjà vécu cette simulation virtuelle plusieurs fois ? Il s'agit de l'effet Mandela, nom d’un phénomène où des milliers de personnes ont le même souvenir erroné. Par exemple, tout le monde a le souvenir de Dark Vador disant « Luke, je suis ton père », mais en réalité, le personnage dit « Non, je suis ton père » ; serait-ce la preuve que la personne en charge de la simulation change le passé ? En 2017, un groupe de chercheurs de l’Université de Washington prouve qu’il est possible de coder l’ADN d’un humain avec des softwares : comment expliquer cette découverte, sinon que notre ADN ne serait qu’une suite de codes informatiques ? Ou encore, les nombreux témoignages qui font état de phénomènes inexplicables, comme les ascenseurs qui permettraient de se rendre d’une simulation à une autre : plusieurs personnes racontent avoir pris l’ascenseur pour rejoindre leur chambre d’hôtel et, en rentrant dans leur chambre, avoir découvert qu’il y avait quelqu’un d’autre qui y vivait, alors même qu’ils étaient au bon étage. Ils reprennent alors l’ascenseur, les portes se ferment et rouvrent aussitôt, et ils peuvent enfin accéder à leur chambre : étaient-ils dans une autre réalité ? Était-ce un bug ? Ce sont aussi des coïncidences quotidiennes ressemblant à des glitchs qui peuvent faire douter de la réalité de notre univers, comme les sosies, ou encore les différences de perception du même objet d’un individu à l’autre.


La philosophie s’est également intéressée à ce phénomène : déjà au XVIème siècle, Descartes affirme, dans ses Méditations Métaphysiques, que nous ne pouvons avoir la certitude d’être dans la réalité et non dans un songe. Il remettait également en question l’appréhension du réel par les cinq sens, qui pouvait parfois être trompeuse « j’ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. ». Et pourtant, ce sont bien ces cinq sens qui nous permettent de discerner le réel du simulacre. Il est encore impossible aujourd’hui de prouver que nous ne sommes pas dans une simulation. Le théoricien et physicien David Bohm explique « La réalité est ce qu’on prend pour vrai. Ce qu’on prend pour vrai est ce que l’on croit. Ce que l’on croit se base sur nos perceptions. Ce que l’on perçoit dépend de ce que l’on cherche. Ce qu’on recherche dépend de ce que l’on pense. Ce que l’on pense dépend de ce que l’on perçoit. Ce que l’on perçoit détermine ce que l’on croit. Ce que l’on croit détermine ce qu’on pense être vrai. Ce qu’on pense être vrai est notre réalité. » L’homme est donc inexorablement appelé à douter de l’existence du monde qui l’entoure puisque la seule preuve de son existence est sa perception personnelle : nous pourrions alors tout à fait prendre une simulation virtuelle pour une réalité, et ce, jusqu’à ce qu’une personne arrive peut-être à sortir de la matrice. Et vous, êtes-vous sûr de vivre dans la réalité ?


Salomé