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La sordide histoire du tortionnaire de Cleveland

Le 6 mai 2013, dans la banlieue de Tremont aux États-Unis, trois jeunes femmes et une petite fille sont libérées d'une bâtisse appartenant à un homme de cinquante-trois ans, d’origine hispanique et connu sous le nom d'Ariel Castro. Découvrons ensemble l'enfance, puis la vie de famille de cet homme étrange, et ce qui a bien pu le pousser à enlever et séquestrer trois jeunes femmes et une enfant pendant plus de dix ans.



© AFP/ BILL PUGLIANO


Un début de vie difficile, un mariage gâché.


Ariel Castro est né le 10 juillet 1960 à Porto Rico. ​Quelques années plus tard, il déménager​ ​ avec sa mère ainsi que ses frères et sœurs à Cleveland dans l'Ohio pour rejoindre son père. Il vit une enfance tumultueuse marquée par une mère violente, un père absent, et des voisins de Porto Rico abusifs. Il raconte notamment dans une interview avoir été agressé sexuellement et violé à l'âge de ​cinq​ ans. Le monstre aurait donc grandi ​en lui​ pendant​ de nombreuses années avant ​qu’il ne commette​ l’irréparable.


Il achète ​une maison, celle que l'on surnommera la ​“​maison de l'horreur​”​ en 1991. Il y vit pendant quelques années avec sa femme, son fils et ses trois filles. Encore une fois, tout ne se pass​e​ pas comme prévu dans la vie d'Ariel Castro. Chauffeur de bus dans la petite ville de Cleveland, il frappe sa femme à plusieurs reprises jusqu'à provoquer son départ. En 1996, elle obtient la garde des quatre enfants et décide de quitter le foyer familial​e​.

C'est alors qu'une ​véritable​ machination se lance. Ariel se retrouve seul dans cette grande maison sur Seymour Avenue. Il commence par collectionner les revues pornographiques, avant de se​promener dans les rues de Cleveland, cherchant une proie pour assouvir ​ses désirs sexuels.


Trois enlèvements, trois jeunes femmes, trois victimes.


Le 22 août 2002​, ​tandis que Michelle Knight sort du domicile de son cousin​, elle est abordée par​un homme plus ​âgé​ qu'elle. La jeune femme de vingt et un ans qui vient​ ​ de​ perdre la garde de​son propre enfant, monte ​alors​ dans la voiture de Castro avant d'être emmenée au domicile de ce dernier.


Elle y sera enfermée dans le sous​-​sol. Ligotée à un pilier en béton, violée et frappée à maintes reprises, elle sera rejoint​e​ par une nouvelle victime de Castro le 21 avril 2003.

Amanda Berry, dix-sept ans à l'époque​, ​disparaît à bord du véhicule de Castro le 21 avril 2003. 

Alors qu'elle ​venait de sortir​ de son job de serveuse dans une célèbre chaîne de fast-food aux États-Unis​, ​elle raconte avoir été abordé​e​ par un homme qui ​lui​ paraissait sympathique. Le même scénario se produit​ : ​après avoir été emmenée au domicile de celui-ci, elle a été attachée, battu​e et violée à de nombreuses reprises. 


Si l'on pensait que Castro était un ​pervers​ ​aux désir​​s assouvis après avoir enlevé deux femmes, on se trompait. En réalité il ne comptait pas s'arrêter là. ​​Il fit​ une troisième victime, le 2 avril 2004, presque un an après l'enlèvement de Amanda Berry. Alors qu​’une​ jeune fille de quatorze ans sortait de l'école, un homme se serait arrêté en voiture à côté d'elle, ​et​ lui ​aurait demandé​ son prénom​, ​ce à quoi elle ​répondit​ « Georgina DeJesus ». Il se trouv​e​ que « Gina » était une amie de la fille de Castro, il fut​ ​ alors simple pour lui de faire monter la jeune fille à bord de son véhicule et de la conduire jusqu'à son domicile.

C'est encore une fois​, ​un enlèvement parfait, qui pour l'époque était bien exécuté puisqu’aucune​ trace​​ des trois jeunes femmes ne fut retrouvée avant longtemps.


Des conditions de vie effroyables, une vie en prison.


Michel​le​ Knight, la première victime de Castro a servi de « souffre​-​douleur ». Ayant encore énormément de haine envers son ex-femme Grimilda Figueroa, Castro battait Michel​le​ avec une violence inouïe, ​et​ n'hésitait pas à l’agresser verbalement et physiquement par les viols. Détenu​e au départ dans la cave, la jeune femme aurait été emmenée à l'étage, dans une chambre lugubre et pleine de saleté​s​.


Enchaînée jour et nuit, elle n'avait d'autre choix que de faire ​ses besoins dans un ​seau​, et raconte être passée une seule fois en un an dans une douche. La nourriture était infâme, souvent des restes de fast-food presque moisi​s​. ​Chaque jour la jeune femme perdait encore plus espoir, jusqu'à ce qu'elle fasse la rencontre d'Amanda en 2003, puis de Georgina un an plus tard. Les​ sévices corporels étaient intenses, les chaînes serrées les coupaient au niveau des poignets, les os brisés par tant de violence.



© La Presse (2018) Inc.

© La Presse (2018) Inc.




Michelle exprime dans une interview avoir souvent baissé les bras, ne pas avoir eu un seul instant l’​espoir de sortir de cet endroit. ​Ses paroles ​témoignent de​ la vraie folie qui habitait Ariel Castro, cette folie qui le poussait à faire n'importe quoi : « ​Il nous parlait, il nous disait comment il allait nous faire du mal, comment il allait aggraver nos souffrances. Il me disait : 

Si je te tue maintenant, tout le monde s'en fiche, personne ne remarquera ta disparition​. »

Au sein même du foyer, Castro essaie de semer la discorde entre les trois jeunes femmes, de les retourner les unes contre les autres​. ​​Il met ainsi en​ place ​une machination qui ​lui paraissait sans faille. Il arrivait parfois, qu'après les nombreux viols, l’​une des femmes tombe​ enceinte. C'est ce qui est notamment arrivé à Michelle​. ​Elle explique : « ​C’était un rituel. Je suis tombée enceinte à cinq reprises.Àchaque fois, il m’a fait avorter en m’affamant puis en frappant mon ventre avec une batte de baseball. Quand je perdais le fœtus, il me hurlait dessus, en m’accusant d’avoir tué “son” bébé ». 


Après avoir appris​ la mort de sa mère, à cause du chagrin de la disparition de sa fille, Amanda apprend ​elle aussi qu'elle est enceinte. Elle exprime avoir eu peur pour son enfant, elle était​convaincu​e​ que cet enfant ​lui​ était envoyé ​par​ sa mère. Sans le savoir, c'est la venue​ de cet enfant qui va déclencher la sortie de l'enfer. 


En effet, Castro ​accueille​ sa petite fille Jocelyn en 2006, un enfant qu'il semblait désir​er​ par-dessus tout. Dans les premières années de sa vie, Castro semble plus détendu et presque apaisé. Quand l'enfant commence à comprendre le sens de la vie, Castro détache même les trois jeunes femmes pour ne pas paraître « suspect » devant sa fille. Il s'autorisait des sorties avec celle-ci, la couvrait de cadeau​x​, et expliquait à tout le monde qu'elle était sa petite fille. 


Jusqu'au jour où​, ​Castro fait une énorme erreur lors d'une de ​ses sorties journalière​s​, ce qui lui portera préjudice par la suite. 


Une libération contre une condamnation.


Le 6 mai 2013, alors que Castro est en route pour une épicerie du coin, l'une des jeunes femmes détenu​e​s se rend compte que la porte de la chambre n'est pas verrouillée. Se précipitant jusqu'au rez-de-chaussée, Amanda Berry tente sa chance en hurlant à travers la porte principale donnant sur l'extérieur. Deux hommes du voisinage, Angel Cordero et Charles Ramsey, perçoivent des cris venant de la maison de Castro. Amanda leur explique qu'elle est retenu​e​ ici depuis des années. La porte étant fermée, les deux hommes saisissent leur chance et défoncent​ celle-ci pour libérer la jeune femme. 


Amanda se rend alors chez l'un des voisins, saisi​t​ le téléphone et appelle​ le numéro d'urgence. Les mots qu'elle prononce sont forts et significatifs d'une libération après plus de dix ans de séquestration : ​ « ​Au secours, je m'appelle Amanda Berry… J'ai été enlevée et séquestréependant plus de dix ans. Je suis là, je suis libre désormais​. » 


En arrivant sur les lieux, la police découvre Michelle et Gina, ainsi que Jocelyn enfermée​s​ dans une chambre. Ce même jour, Ariel Castro est arrêté pour séquestration et viol.

C'est ce même jour que les autorités annoncent à la presse​, ​l'inculpation d'Ariel Castro pour séquestration et viol sur trois femmes. En août 2013 lors de son procès, il plaide coupable pour 937 chefs d'accusation et est condamné à la perpétuité.



© 2019 France Télévisions

C'est finalement le 7 août 2013, peu de temps après l'inculpation d'Ariel Castro​, ​que la maison que l'​on surnomme « la maison de l'horreur​ » sera rasée par une équipe de démolition de Cleveland. Michelle​, ​entourée par la foule​, ​témoigne du soulagement qu'elle est en train de vivre : « ​Je me sens vraiment libérée quand je pense que tant de gens me voient comme unehéroïneet un modèle, ​j'aimerais que cela continue.​ »

On apprendra dans la presse​, ​moins d'un mois après son inculpation, que Castro aurait été retrouvé mort dans sa cellule du centre correctionnel de l'Ohio. Le suicide fut la première thèse évoquée, les rapports révèlent en vérité une mort provoqué par une asphyxie érotique. ​C’est​ une méthode qui consiste à priver le cerveau d'oxygène à l'aide d'un nœud autour du cou, provoquant chez​ certaines personnes​, ​​du​ plaisir sexuel. 


La souffrance éprouvée par les victimes pendant plus de dix ans est inimaginable. Mais la libération est elle aussi difficile. Être relâché de l'enfer est une bonne chose, encore faut-il savoir comment se réadapter à une vie qui n'était plus la nôtre. 


Amanda Berry et Georgina DeJesus ​sont restées​ très proches à leur​​ sortie​, ​au point de sortir un livre s'intitulant « ​Hope : A Memoir of Survival in Cleveland ​» en 2015. Un récit rappelant les violences commises par le bourreau Ariel Castro et la détention pendant une décennie des trois jeunes femmes. 


Certains spécialistes se sont souvent penché​s​ sur le profil du ​psychopathe​ parfait. On parle souvent de syndromes développés par les enfants battus, violés ou harcelés. Cela entraîne des difficultés dans le développement psychosocial. ​Dans le​ cas​ de​​ Castro​, celui-ci​ présente des troubles mentaux liés à la​ pédophilie, ainsi que ​le​ ​satyriasis​ appelé depuis quelques années l’hyper​sexualité. Les premières années de vie​​ d'un enfant ​sont​ cruciale​s​ pour son développement. Ici​, ​nous ne pouvons pas justifier le comportement de Castro, mais nous pouvons comprendre que cela fait entièrement partie​ de sa personnalité et qu​’il ne s’agit​ pas simplement​ ​d’une​ maladie mentale guérissable.  


La reconstruction après l'enfer n'est pas une tâche aisée pour tous. Peu de personnes seraient capable de reprendre une vie dite​​ « normale » après avoir connu le pire. Michelle, Amanda et Georgina ontreprisle cours de leur vie, s'efforçant à vivremalgréces années de ​cal​vaire. 


Julie.p