• Nox

La paralysie du sommeil : entre mythe et réalité

Dernière mise à jour : 26 mars 2020

« J'étais sur le point de m'endormir quand j'ai entendu la porte de ma chambre s'ouvrir et des bruits de pas s’approcher de mon lit. Convaincue qu’il s’agissait de mon frère, je ne me suis pas inquiétée. Mais que pouvait-il bien faire dans ma chambre à quatre heures du matin ? Alors, j'ai ouvert les yeux : un homme en camisole à moitié défaite, les manches longues et abîmées, était debout près de mon lit. J’étais paralysée. Je voulais crier mais quelque chose m’en empêchait. Soudain il a couru hors de ma chambre en riant fort. Je pouvais enfin bouger. » - Kimico B.


Imaginez-vous endormis paisiblement dans votre lit. Soudain, quelque chose vous réveille. Un bruit, un souffle, peut-être un pas ; difficile de savoir. Vous ouvrez les yeux et cherchez du regard la cause de ce bruit. Votre cœur fait un bond quand vous apercevez, au pied de votre lit, quelqu’un ou quelque chose. Vous voulez crier, vous lever mais vous ne pouvez pas. Vous voyez cette forme étrange s’approcher de vous. Elle pèse sur votre corps et vous étrangle. Des sueurs froides descendent le long de votre dos. Vous étouffez. D’un coup, elle disparaît. Vous pouvez bouger. Vous vous demandez « mais que s'est-il passé ? ».


Entre réelle intervention démoniaque et simple dysfonctionnement neurologique, la paralysie du sommeil a suscité, à travers les pays et les époques, de nombreux questionnements et interprétations. Scientifiquement, c’est dès l’Antiquité que l’on peut retrouver des traces de la paralysie du sommeil, désignée à ce moment comme un « éphialte » (autrement dit l’étouffeur). Les médecins décrivent une sensation d’écrasement et d’étouffement. Hippocrate ne sait l’expliquer autrement que par un phénomène lié à l’indigestion ; d’autres pensent que cette paralysie est annonciatrice d’une crise d’épilepsie et pourrait éventuellement conduire à la mort. Étonnamment, les croyances superstitieuses à l’égard de ce phénomène sont rares pendant l’Antiquité. C’est à partir du Moyen Âge que la paralysie du sommeil prend une place prépondérante dans le folklore et l’imaginaire collectif. Fantômes, sorcières, démons… La paralysie du sommeil revêt toute forme maléfique dans la culture européenne, asiatique ou encore africaine.


À cette époque, l’Église s’empare de ce symptôme clinique et rapidement le phénomène tombe dans le domaine de la sorcellerie. Parce qu’au regard des écrits bibliques, il est impossible d’interpréter ce type de cauchemar, l’inquisition considère donc qu’il relève d’une manifestation maléfique. Ces monstres de la nuit auraient, selon l’Église, un poids, une volonté et des sentiments. Ils ressemblent le plus souvent à un cheval surnaturel, chevauchant le dormeur pour l’écraser. D’ailleurs, le terme « nightmare » en anglais signifie littéralement « la jument de la nuit ». Néanmoins, les étymologistes considèrent que la vraie origine du mot dérive de « mare », tout comme le mot français « cauchemar ». « Mar » qui est un esprit diabolique, souvent féminin, et qui vient étouffer le dormeur. Plus tard, c’est le mot « incube » qui sera utilisé pour désigner la paralysie du sommeil. Pour les ecclésiastes, l’incube est un démon homme violant les femmes dans leur sommeil. Saint Augustin en fait même un commentaire dans La cité de Dieu. Plus tard, le terme incube relèvera du vocabulaire médical.


Difficile donc d’établir une origine précise des croyances qui ont accompagné la paralysie du sommeil jusqu’au XIXe siècle, d’autant plus qu’elles sont nées aux quatre coins du monde, avec différentes formes et interprétations. Dans les pays nordiques ce sont des esprits maléfiques qui seraient responsables de cette altération du sommeil ; même chose dans les pays arabes où l’on parle plus précisément de djinn. Dans les pays d’Amérique latine, il s’agirait d’une manifestation de l’âme des défunts. En Côte d’Ivoire, ce sont des entités qui empêchent les personnes de ressentir des sentiments pour d’autres personnes réelles. En bref, toutes les cultures interprètent à leur manière ; mais encore aujourd’hui, les paralysies du sommeil donnent naissance à des récits paranormaux. Après les sorcières et les démons, ce sont les extraterrestres qui ont commencé à hanter l’imaginaire commun. Les cas de témoignages d’enlèvement par des extraterrestres se sont multipliés depuis les années 60 et ce sont toujours des abductions qui se déroulent la nuit, la victime expliquant qu’elle ne pouvait plus bouger, ni crier pour fuir le danger.


Néanmoins, la notion de paralysie du sommeil a été proposée en 1928 par le neurologue britannique Kinnier Wilson et a été retenue par la Classification internationale des troubles du sommeil. C’est un phénomène aujourd’hui très connu, et qui se définit par une entrée ou une sortie trop rapide du sommeil paradoxal. Le corps est endormi, mais le cerveau est éveillé : la personne est immobilisée et ressent rapidement une sensation d’oppression et de suffocation. Dans la plupart des cas, cette paralysie s’accompagne d’hallucinations effrayantes, qui donnent l’impression d’une présence diabolique ou d’une mort imminente. La paralysie dure quelques minutes à peine, et n’est absolument pas dangereuse. Si vous y êtes un jour confrontés, il est conseillé de bouger ses doigts pour réveiller le reste du corps. Mais attention, si vous pouvez crier, c’est qu’il y a bien un monstre en face de vous…


Salomé