• Nox

La mythologie égyptienne

Les divinités d’Égypte antique, parfois cruelles, parfois sensibles, tantôt représentées à l’image des hommes, tantôt très différentes. Aussi nombreuses soient elles, elles furent l’objet de dévotion et de passion pendant près de 3 000 ans pour le peuple qui les admiraient. Mais qui sont vraiment ces personnalités mythiques et mystiques qui encore aujourd’hui fascinent ? Quelle est leur cosmogonie ainsi que les grands mythes fondateurs que se murmuraient les fidèles de génération en génération ? Et comment dédiaient-ils leur vie entière voire plus à ces dieux ?


Généalogie et principales divinités :

Commençons par nommer et décrire chaque divinité principale ainsi que la généalogie qui les relie afin que la suite soit plus limpide.


Tout d’abord nous pouvons citer Atoum, dieu du soleil couchant. Il possède également deux autres formes, Râ, homme à tête de faucon au soleil de midi et Khepri à tête de scarabée au soleil levant. Atoum est le dieu fondateur, né de l'océan. Son nom signifie « complet », rappelant qu’il incarne à lui seul les deux sexes. C’est grâce à cette complémentarité que celui que l’on surnomme « le grand il-elle », donna naissance, seul, a Geb dieu de la terre et Nout déesse du ciel. Les deux descendants d’Atoum donnèrent à leur tour naissance à plusieurs divinités.


Enfants de Geb et Nout :

Pour commencer, nous pouvons citer Osiris, il est le dieu de la végétation, de la fertilité mais est surtout connu pour être le dieu des morts et souverain de leur royaume. Il est généralement représenté momifié, la peau verte ou bien noire (couleur de la renaissance). Concernant ses attributs, son visage orné de la barbe postiche, est couronné de la coiffe blanche de Haute-Égypte enserrée de deux plumes d’autruche et il tient dans ses mains le fouet et la crosse des bergers.


Le roi des morts est marié à sa sœur Isis. Elle est quant à elle, la déesse mère et puissante magicienne. Son nom signifiant « trône », emblème de royauté qu’elle porte également sur sa tête, elle en est la personnification et par extension la protectrice des pharaons. Elle participe également au processus de résurrection des morts vers le royaume éternel. Tantôt représentée avec ce trône caractéristique comme couvre-chef, ce siège royal fut par la suite remplacé par deux cornes de vache entourant le disque solaire.


Sa sœur jumelle Nephtys dont le nom signifie « la maîtresse du château » est la gardienne des morts, et assiste Isis lors du processus de résurrection des morts. Elle est simplement décrite comme une femme portant sur sa tête les deux hiéroglyphes de son nom.


Mari et frère de Nephtys, Seth est quant à lui le dieu du mal et de la guerre. Interprété comme un homme à tête d’animal encore aujourd’hui non identifié, il a la peau rouge comme le désert et possède une queue fourchue. Ce qui n’est pas sans rappeler les autres représentations du mal dans les différentes religions.


Voilà pour la descendance de Geb et Nout, cependant la mythologie égyptienne comporte également des dieux descendants des divinités vues précédemment.


Descendance des divinités :

Voici de gauche à droite Nephtys, Isis, Osiris et Râ © Musée du Louvre/C. Décamps

Parmi eux, Horus, premier pharaon unificateur de la Haute et de la Basse-Égypte. Il est le fils d’Isis et d’Osiris. Ils symbolisent à eux trois l’unité de la famille. Le fils des dieux est représenté comme un homme à tête de faucon avec une queue de taureau. Il est coiffé de la double couronne (celle de la Basse et celle de la Haute-Égypte, on nomme l’assemblage des deux le « Pschent »), celle-ci surmontée d’un serpent Uraeus. Possédant tous les attributs d’un pharaon, il détient également la croix Ankh dans l’une de ses mains et le sceptre Ouas dans l’autre. Il aura à son tour quatre fils, des divinités peu mises en avant mais possédant tout de même leur importance car elles sont les gardiennes des viscères des défunts. Il y a Amset à tête humaine, il est le gardien du foie, puis il y a Hapi possédant une tête de babouin, son rôle est de veiller sur les poumons. Ensuite il y a Douamoutef arborant une tête de chacal et veillant sur l’estomac du défunt et pour finir Kébéhsénouf dieu a tête de faucon, gardien des intestins.


C’est sa femme Hathor, fille de Ré (dieu soleil présent dans certaines cosmogonies et remplaçant Atoum ou fusionnant avec celui-ci) qui lui donna ses quatre enfants. Elle est la déesse de la beauté, de la joie, de la danse, de la musique et de l’amour. Elle est aussi la déesse de la maternité et les femmes enceintes font souvent appel à elle afin que leur grossesse se passe dans les meilleures conditions possibles. Généralement vue comme une femme à tête de vache portant le disque solaire entre ses cornes (comme Isis avec qui il est possible de la confondre) ou bien comme une vache. Elle possède, elle aussi, le sceptre symbole de force, cependant le sien est surmonté d’une délicate ombrelle de papyrus symbolisant la santé et la jeunesse éternelle.


Entre les deux sœurs jumelles descendantes de Geb et Nout, Isis n'est pas la seule à avoir eu un fils. Nephtys donna naissance à Anubis, issu de sa relation adultère avec Osiris pensant féconder Isis. Anubis est le dieu funéraire de toute l’Égypte, protecteur des nécropoles, mais aussi des tombes, et des embaumeurs. Considéré auparavant comme le dieu des morts avant qu’Osiris ne le remplace à ce poste, il est représenté en habits de prêtre, portant un masque de chacal ou bien de chien noir.


Les autres dieux :

D'autres divinités existent sans liens établis avec les familles précédentes, parmi elles nous pouvons nommer Ptah, dieu des artisans et dieu principal de la cosmogonie de Memphis, il y remplace Atoum. Il est généralement peint avec un corps momiforme, des bandelettes pendant de son dos et une calotte bleue couvrant son crâne rasé. Nombreux sont ses attributs, le sceptre Ouas symbolisant la force, la croix Ankh gage de vie éternelle, le pilier Djed emblème de la stabilité et pour finir la barbe postiche portée habituellement par les pharaons car Ptah régnait sur l’Égypte avant les hommes.


Passons au dieu le plus apprécié des égyptiens anciens : Thot. Dieu de la sagesse, de l’écriture, du savoir, de la lune mais également des nombres et des scribes. Il est aussi l’inventeur du langage et le messager des dieux. Il est souvent représenté comme un homme à tête d’ibis ou plus rarement de babouin, coiffé de la couronne Atef et tenant dans ses mains le sceptre Ouas et la croix Ankh.


Ensuite il y a Maat, fille et épouse de Râ (ou Ré selon les textes) elle est la sœur mystique des pharaons. Déesse de la paix, de la vérité et de la justice. Elle est toujours représentée portant une plume d’autruche sur la tête, celle-ci servant lors du passage des défunts dans le monde des morts mais nous y reviendrons plus tard.


Puis Sobek, dieu de l’eau et de la fertilité mais également le créateur de l’univers pour une certaine partie de l’Égypte. Il incarne un homme à tête de crocodile ou bien simplement un crocodile coiffé d’une couronne à plume, surplombée de deux serpents Uraeus.


Et pour finir il y a Sekhmet, déesse guerrière, vengeresse, et régnant sur le désert. Elle est connue sous les traits d’une femme à tête de lionne, portant le disque solaire sur la tête.


Il reste cependant un dernier dieu, mais celui-ci possède une certaine particularité, il ne fait pas partie de toutes les versions de la mythologie égyptienne. Amon, dieu de la ville de Thèbes, prit de l’importance au fur et à mesure des années. Il devint plus tard Amon-Ré en fusionnant avec Râ ou Ré, dieu du soleil de midi possédant une tête de faucon et portant le disque solaire. Il détient lui aussi la croix Ankh, le serpent Uraeus et le sceptre Ouas. En fusionnant avec ce dieu, Amon-Ré est considéré, au même titre qu’Atoum, comme le créateur du monde.


Les grands mythes fondateurs :

Afin d’établir avec plus de précision la position et le rôle de chacune de ces divinités et également de mieux comprendre la manière dont les anciens Égyptiens percevaient le monde qui les entouraient, nous allons voir quelques mythes fondateurs et omniprésents dans la vie des Égyptiens anciens.


Il est compliqué d’établir et de conter une cosmogonie précise en la décrivant comme « officielle », car au fil des années et d’une ville à une autre celle-ci subit de nombreux changements plus ou moins conséquents. De plus, il n’y a aucun texte officiel la décrivant, nous pouvons seulement nous référer à des contes, des manuels de magie, des textes funéraires ou historiques provenant parfois même d’autres pays comme la Grèce, des bas-reliefs et des peintures dans lesquels elle varie d’une œuvre à une autre. Cependant, une des cosmogonies fut plus populaires que les autres et écrasa peu à peu les autres mythes de la création : la cosmogonie Héliopolitaine.


La création du monde :

Selon cette version, voici le mythe de l’origine du monde : « Au commencement rien n’existait, seul un océan immense, l’océan primordial, il recouvrait toute la Terre. De cet océan du nom de Noun signifiant "eaux primitives" naquit Atoum qui créa le Benben, première colline sur l'océan primordial.


Puis, incarnant les deux sexes à la fois il donna naissance, seul, à deux enfants : Shou dieu de l’air sec et Tefnout déesse de l’humidité. Tous les trois parcoururent le monde, mais celui-ci étant vaste, une fois ses enfants perdus de vue, Atoum pensa ne plus jamais les revoir. Anéanti par cette pensée, il pleura tant de larmes que de cet océan naquirent les hommes.


Par la suite Shou et Tefnout donnèrent naissance à Geb dieu de la terre et Nout déesse du ciel. Entre les deux frère et sœur un amour incomparable vit le jour. Atoum, jaloux de cet amour inconditionnel que lui n’avait jamais vécu, ordonna à Shou de les séparer pour toujours. Juste avant d’être séparés ils scellèrent leur lien passionnel en donnant naissance à quatre divinités : Isis, Nephtys, Seth et Osiris. »


Le mythe osirien :

Celui-ci sera au cœur d’un des plus grands récits de la mythologie égyptienne : le mythe Osirien. Ce mythe relatant la vie et la mort du dieu souverain du monde éternel est conté en détail dans le traité de Plutarque De Iside et Osiride. Tout premier pharaon d’Égypte, il enseignait à ses habitants, avec sa compagne Isis et Thot, l’agriculture et l’écriture nécessaires à la vie dans ce monde prospère et de grande sagesse. Son frère Seth, jaloux du pouvoir d’Osiris, fou de rage que Nephtys l'ait trompé avec lui, réfléchit alors à un stratagème afin de l’éliminer. Il prit les mesures du corps du dieu et invita celui-ci à un banquet. Lorsque la fête battait son plein, Seth présenta aux invités un somptueux sarcophage. Chacun tenta de s’y installer, cependant chaque candidat s’y trouva mal installé, vînt le tour d’Osiris qui, amusé, tenta aussi de s’y allonger. Celui-ci le trouva parfaitement à sa taille, évident puisque Seth l’avait fait sur mesure. Le dieu du mal s’empressa alors de sceller le sarcophage et le jeter dans le Nil ou Osiris se noya.


Représentation de la création du monde avec Geb, dieu de la terre allongé et Nout la voute céleste au-dessus, séparée de lui © Musée du Louvre

Isis, la bien aimée d’Osiris, partit alors à la recherche de sa dépouille à l’aide de sa sœur et également femme de l’assassin de son mari : Nephtys. Les deux sœurs le trouvèrent, récupérèrent sa dépouille et le mirent à l’abri des regards dans un marais, sous les conseils du dieu de la sagesse, Thot.


Isis à gauche et sa sœur Nephtys veillant sur Osiris © 2021 BLOGOSTELLE Histoire de l'Art et du Sacré – blogzine culturel

Seth, alors maître de l’Égypte, entendit la rumeur courir qu’Isis avait en tête le dessein de ressusciter son époux. Fou de rage et terrifié a l’idée qu’elle mette en application son plan, il retrouva le corps d’Osiris, le découpa en quatorze morceaux qu’il dispersa à chaque coin de l’Égypte rendant ainsi la tâche d’Isis impossible. Mais l’impossible n’existait pas pour la magicienne éplorée. Elle partit à la recherche des membres de son mari et parvint à tous les réunir à l’exception d’un : son sexe qui fut dévoré par un poisson. Elle lui en fabriqua alors un en argile. Puis, avec l’aide d'Anubis qui rassembla les parties de son corps avec des bandelettes donnant ainsi la première momie, elle le ressuscita par enchantement. Elle se transforma alors en oiseau milan afin de procréer avec Osiris leur fils Horus né par magie d’un amour sincère entre les deux divinités.


Isis transformée en oiseau milan pour s'accoupler avec Osiris © 2021 BLOGOSTELLE Histoire de l'Art et du Sacré – blogzine culturel

Une fois revenu à la vie, Osiris devint alors le souverain incontesté du royaume des morts et son fils grandit, caché dans les roseaux, à l’abri de la fureur de son oncle Seth.


Une fois adulte, il voulut venger son père et réclama le trône d’Égypte à Seth. Une bataille sans précèdent s’engagea entre les deux rivaux, Horus contre Seth, la lumière contre l’obscurité. Au cours de ce sanglant affrontement, le dieu faucon perdit son œil et l’incarnation du mal perdit ses testicules. Lorsque, vainqueur, Horus s’apprêta à donner le coup de grâce à son oncle, Isis, emplie d’un élan de compassion tenta de le retenir. Mais excédé par les bons sentiments de sa mère, il lui coupa la tête. La situation prenant un tournant incontrôlable, le sage Thot décida d’intervenir. Il mit fin à la lutte acharnée des rivaux, remplaça la tête d’Isis par une tête de vache afin qu’elle continue de vivre et il guérit les blessures des deux guerriers. Horus retrouva alors la vue avec son œil Oudjat, et Seth, vaincu, fut obligé de reconnaître la victoire d’Horus et lui céda le trône d’Égypte.


C’est ainsi qu’Osiris devint dieu et souverain des morts et de leur royaume, et qu’Horus fut connu comme le premier pharaon de l’Égypte entière. Après ce mythe, les prétendus lieux ou les morceaux d’Osiris avaient étés dispersés sont devenus des lieux de culte des anciens Égyptiens comme Busiris dans le delta ou repose la « colonne vertébrale » d’Osiris dont le symbole est le pilier Djed, emblème de stabilité. On retrouve également parmi ces restes symboliques de la confrontation contre Seth, l’œil Oudjat d’Horus devenant alors l’expression de l’intégrité et de la complétude, d’être intact.


Mythe de la course du soleil :

Seth, le dieu du mal, n’a cependant pas toujours un rôle néfaste dans les querelles entre les divinités. Par exemple, dans l’important mythe explicatif du jour et de la nuit, il y joue un rôle de protecteur. Voici ce mythe appelé également la course du soleil : Selon les anciens Égyptiens, le cycle du jour et de la nuit est régulé par le combat entre le dieu Atoum, Ré ou Amon selon les versions, contre le serpent Apophis incarnation du chaos.


Ainsi, chaque jour, le dieu du soleil couchant Atoum, prend place dans sa barque solaire et vogue à travers le monde d’est en ouest. Lorsque le soleil bascule en dessous de la ligne d’horizon, cela signifie que Nout l'avale et il entame alors son voyage dans le monde sous terrain qui durera douze heures. Une fois dans le monde souterrain, il prend alors sa seconde forme : Râ. La lutte commence alors entre les deux divinités à la septième heure du voyage. Le terrible serpent Apophis tente de faire chavirer la barque solaire afin qu’elle ne remonte plus à la surface. Ainsi, les ténèbres régneraient pour toujours sur l’Égypte. C’est sans compter sur Seth qui, armé d’une lance, repousse tant bien que mal le serpent afin de protéger Râ. Arrivé à la moitié de la nuit, le dieu soleil est affaibli, Osiris l’aide alors à se régénérer. Le dieu soleil prend alors sa troisième forme, le soleil levant Khepri à tête de scarabée.


Seth armé de sa lance repousse le serpent Apophis pendant que Ré est en recul sur sa barque solaire © 2021 BLOGOSTELLE Histoire de l'Art et du Sacré – blogzine culturel

Arrive alors le crépuscule, annonçant la victoire du dieu soleil sur les forces obscures et le cycle se répète alors chaque nuit.


Le mythe de la pesée du cœur :

Le dernier mythe important, guidant la vie et plus précisément la conduite des Égyptiens, est le mythe de la pesée du cœur. Selon ce mythe, un être possède en lui plusieurs forces. Il y a tout d’abord le Djet, symbolisant le corps, et le Kha, équivalent à l’esprit. Lors de la mort d’un Égyptien, celui-ci doit obligatoirement être embaumé et que sa dépouille repose dans une tombe à son nom, sinon quoi son Kha restera bloqué avec le Djet pour l’éternité et il n’aura jamais l’opportunité d’accéder au royaume éternel gouverné par le grand Osiris. Cependant pour mériter le repos éternel ce n’est pas là la seule chose à prendre en compte. Si le défunt a en effet été embaumé et que son enveloppe charnelle repose dans une tombe convenable, celui-ci s’expose alors au tribunal de la pesée de son cœur.


Lors de ce jugement, le défunt arrive dans une salle présidée par Osiris lui-même, accompagné de Thot en charge de noter le résultat du jugement, d’Anubis et d’Horus tous deux responsables du bon déroulement de la pesée et pour finir, l’indispensable présence de la déesse de la justice Maat. Elle pose une plume d’autruche qu’elle seule détient sur un des plateaux d’une balance, en face de cette plume, le cœur du défunt représentant son âme sera posé. Si le cœur est plus léger que la plume cela signifie que l’homme fut bon et qu’il mérite donc d’accéder au royaume des morts. Au contraire, si le cœur s’avère être plus lourd que la plume de Maat, cela signifie que l’homme fut mauvais. Le plus terrible des sorts lui est alors réservé : il sera alors dévoré par une créature à tête de crocodile, à corps de lion et à la croupe d’hippopotame, la dévoreuse, Amamet.


Illustration du jugement de l’âme avec en partant de la gauche, le défunt tenu par Anubis puis du côté droit de la balance la dévoreuse Amamet attendant le verdict de Thot, puis digne du royaume des morts, le défunt est accompagné par Horus jusqu'à Osiris © GNU 2002- 2021

Vie religieuse :


La préparation pour l'au-delà :

Comme nous pouvons aisément le comprendre, pour les anciens Égyptiens la vie sur terre n’est qu’une simple préparation à la vie éternelle dans le royaume d’Osiris. Nous pouvons voir que le chemin vers l’au-delà est très pris au sérieux à travers le fait que les tombes bénéficient d’un soin et d’une minutie lors de leur construction, que les demeures, maisons et autres cases ne possèdent pas. Les meilleurs exemples de cette application lors de la construction de bâtisses funéraires sont, sans conteste, les pyramides. Encore aujourd’hui, leur architecture questionne et fascine de nombreux chercheurs. Jusqu’alors, nous avons pu observer que les couloirs présents dans les pyramides s’élèvent toujours vers son sommet et le ciel est également visible depuis les chambres funéraires, ou bien celui-ci est peint sur le plafond de ces dernières. De ce fait, nous pouvons supposer qu’il s’agit là de passages permettant à l’âme de s’élever pour ainsi rejoindre le royaume des morts.


Reconstitution en 3D de la tombe de la reine Nefertari, plafond peint avec le ciel étoilé © 2020 CCM Benchmark

Cependant, le défunt devait avoir de quoi subsister durant ce long voyage. Pour ce faire, de nombreuses offrandes alimentaires étaient placées au pieds de la tombe. De nombreuses prières et incantations, gravées ou déposées près du monument funéraire servaient également à guider son voyage et le préparer au tribunal du jugement de son âme auprès du grand Osiris et ses compères.


Au même titre que l’architecture des pyramides, les prières, corbeilles de fruits et autres offrandes, l’embaumement du défunt possède un rôle très important, si ce n’est principal afin que son esprit ne reste pas bloqué dans son enveloppe charnelle comme nous l’avons vu dans le mythe de la pesée du cœur. Ce rite très minutieux est sacré du début à la fin. Le commencement du rituel se fait dès l’arrivée du corps dans la « ouâbet, » bâtiment ou il sera préparé et embaumé durant 70 jours.


Dès cet instant, la famille se plonge alors dans une période de deuil, marqué par un jeûne constitué de maigres repas à base de pain, d’eau et de légumes cuits, et ce jusqu’à la fin de la préparation du corps. Le jour de l’arrivée du défunt dans la ouâbet sera marqué par une incision dans son flanc gauche afin que le Ba, essence vitale puisse s’échapper. Après quoi, le corps sera éviscéré. Le cerveau du défunt sera extrait par les narines à l’aide d’un crochet, le foie, les poumons, l’estomac et les intestins seront enlevés du corps et placé dans des vases canopes à l’effigie des quatre fils d’Horus, chargés de protéger ces organes.


Les vases canopes a l'effigie des quatre fils d'Horus, de gauche à droite nous avons Hapi pour les poumons, Kébéhsénouf pour les intestins, Amset pour le foie et Douamoutef pour l'estomac ©RMNGRAND PALAIS

Par la suite, le corps sera desséché durant une quinzaine de jours dans un bain de natron, mélange de sel et d’essences. Une fois cette étape réalisée, c’est dans un bain de résine « sefet » à base d’huile de lin que la dépouille sera plongée afin de la solidifier. Durant les trente-quatre jours suivants, la dépouille sera couverte de bandelettes collantes, trempées dans une solution chaude de graisse de bœuf, d’huile, d’encens et de cire. À raison d’une nouvelle couche de bandelettes tous les quatre jours afin de laisser préalablement sécher la couche précédente, la momie sera enveloppée de douze couches.


Puis, le corps du défunt continu de sécher pendant une vingtaine de jours. Lors de ce laps de temps, il est préparé par les embaumeurs qui rajoutent des couches de bandelettes sèches, cette fois ci en glissant entre les couches, des amulettes protectrices pour l’au-delà comme l’œil d’Horus, le pilier Djed, la croix Ankh et bien d’autres encore.


Arrivés au 70e jour, le corps est fin prêt, il est alors déposé dans la « tente de purification » ou les embaumeurs procèdent au rituel de « l’ouverture de la bouche », une opération magico-funéraire permettant au défunt de retrouver ses cinq sens. Le lendemain, la momie sera finalement déposée dans son caveau funéraire en procession suivi de sa famille ainsi que des « pleureuses » étant des femmes payées par la famille pour pleurer le défunt.


Détail des funérailles du vizir Ramosé © 2020 veroeddy.be.

Manuel des rituels :

Le processus précédent de préparation du défunt est principalement connue grâce au déchiffrage d’un manuel décrivant ces rites. Ce manuel, dont nous n’avons pu restituer que les onze dernières étapes, est visiblement organisé en paragraphes divisés chacun en deux parties : la première étant les manipulations, gestes et opérations à exécuter sur le corps et la seconde correspondant aux paroles sacrées à prononcer pendant les gestes avant ou après. Néanmoins nous savons que ces rites sont bien plus anciens que ce manuel. Les plus anciennes traces d’une telle précision dans la préparation du défunt remontent à l’ancien empire, sur la pyramide du roi Pépi 1er de la Ve dynastie. Mais d’autres allusions à ces rites sont également trouvées sur des textes de sarcophages et dans le Livre des Morts ou nous pouvons par exemple lire : « Qu'elles [Isis et Nephtys] empêchent que tu te décomposes selon ce nom qui est tien d'Anubis ! Qu'elles empêchent que ta putréfaction ne s'écoule à terre selon ce nom qui est tien de Chacal de Haute-Égypte ! Qu'elles empêchent que l'odeur de ton cadavre ne devienne mauvaise selon ce nom qui est tien de Horus de Shat ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus Oriental ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus de la Douat ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus, le Maître du Double Pays ! »


Des dieux omniprésents :

Nous pouvons voir dans ces paroles de nombreuses références aux dieux qui sont aussi craints qu’adorés. La religion est donc l’explication que les anciens Égyptiens donnèrent à tous les phénomènes qui les entouraient comme nous l’avons vu avec la mort. La religion rythmait leur vie, elle était la raison d’être de chacun d’eux et nous allons voir comment et pourquoi.


Tout est affaire de présage. En effet, selon Hérodote : « les égyptiens sont les plus religieux de tous les hommes » et leur vie centrée sur la religion est jalonnée de présages bons et mauvais. Par exemple, lorsqu’un crocodile se repose sur les berges du Nil, il s’agit en fait d’une manifestation du dieu Sobek. Les terres seront donc fertiles et les récoltes bonnes. Lorsque le Nil est en crue, il s’agit là du dieu du Nil, Apis, qui plonge dedans et le fait ainsi déborder. Outre le fait qu’elle guide leurs pas, la religion possède également un but utilitaire pour eux. Les anciens Égyptiens attendent des dieux une aide dans la réalisation de chacune de leurs activités et gardent ainsi espoir. En échange de leur aide, manifestée par exemple par une vache nourricière, un soleil resplendissant permettant de bonnes récoltes ou encore la naissance d’un arbre donnant de l’ombre et permettant un point de fraîcheur, les Égyptiens leur font de multiples offrandes. Cependant, il ne s’agit pas là des seules interventions divines que le peuple d’Égypte perçoit. Il accorde également une grande importance aux animaux comme le bélier, la vache, le cobra, le taureau, le vautour, le crocodile comme nous avons pu le voir mais également l’ibis, le chat et le chacal. Ces animaux ne sont pas vénérés en tant que tel pour leur aspect animal, mais plutôt pour la symbolique divine, la puissance du dieu duquel ils se rapprochent. Par exemple le chacal représentant Anubis, dieu des embaumeurs possède une importance très particulière.


Apis, dieu du Nil recevant des offrandes © Le grenier de Clio 2001 – mythologica.fr - 2021

Entre puissance et faiblesse :

La dimension de puissance et d’infaillibilité de ces divinités est directement en opposition à leur aspect, d’un autre côté, très humain. D’une part ils communiquent entre eux, boivent, mangent, se querellent, s’aiment, cèdent à leurs pulsions, se marient, se font la guerre, ont des enfants… Et bien qu’ils puissent même mourir, ils ont également le droit à la résurrection comme les humains. Ils n’incarnent donc pas d’image de perfection, ne sont pas un modèle à suivre vu qu’ils sont eux même victimes des vices qui atteignent l’homme. D’autre part, à l’inverse des divinités grecques qui interagissent souvent avec les humains, les dieux égyptiens mettent une certaine distanciation avec les hommes, afin de crée une hiérarchie certaine. Pour affirmer cette position supérieure, ils sont d’ailleurs toujours représentés avec les signes de leurs pouvoirs, comme pour le rappeler, par exemple, le sceptre Ouas ou la croix Ankh.


La mythologie égyptienne, une religion en mouvement :

Malgré ce léger paradoxe, les croyances des anciens Égyptiens qui les poussèrent à construire des bâtiments pharaoniques durèrent plusieurs milliers d’années, plus exactement 3 000 ans. Néanmoins, cette religion n’est pas restée figée dans le temps, elle a également su s’adapter aux changements de mœurs, d’alliances et de nécessités.


Ainsi, les cosmogonies qui se succédaient, se complétaient pourtant souvent et restaient globalement similaires. De plus, parmi les centaines de dieux originellement différents d’une ville à une autre, certains, au fur et à mesure des siècles, se sont imposés et d’autres se sont effacés. Prenons l’exemple d’Amon : originellement dieu de Thèbes qui prit une grande importance dans la totalité du pays lorsque les pharaons ont élu domicile dans cette ville.


L’important nombre de divinités fait de la mythologie égyptienne une religion polythéiste sans conteste. Cependant ces croyances subirent également des menaces, comme lorsque Akhénaton tenta d’imposer une religion monothéiste centrée sur le dieu Aton, dieu soleil similaire à Ré, Atoum ou Râ. Heureusement, cette tentative ne fut que de courte durée car le peuple se bâtit pour ceux en qui ils croyaient. Les prêtres et le peuple s’insurgèrent pour ainsi protéger ceux qu’ils avaient l’habitude de vénérer.


Représentation d'Akhénaton accompagné de sa femme Nefertiti et ses enfants vénérant l'unique dieu solaire Aton © ARThisto | 2021

Un autre exemple de la persistance de ces croyances liées à leur pouvoir d’adaptation au changement est la représentation des divinités. Au commencement, ils sont représentés sous forme intégralement animale, puis par la suite vers 3100 av. J.-C. ceux-ci prennent une forme humaine. Ils perdent ainsi leur forme mystique mais gagnent cependant une proximité avec le peuple qui peut désormais s’identifier à eux. Pour finir, ils retrouvèrent leurs attributs mystiques tout en gardant cette ressemblance à l’homme vers 2700 av. J.-C. avec des têtes animales mais des corps humains. De ce fait, un dieu peut donc se retrouver identifié de différentes manières, par exemple, Hathor fut peinte sous forme de vache, puis sous forme humaine, puis un mélange des deux en étant représentée comme une femme à tête de vache. De même, Amon peut être représenté sous la forme d’un bélier, d’un homme, ou encore d’un homme à tête de bélier.


Dieu Amon à tête de bélier © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

Dieu Amon sous forme de bélier © The Trustees of the British Museum.

Pour conclure, selon les anciens Égyptiens, les dieux et déesses étaient à leurs côtés, omniprésents. Toujours dans les présages, parfois dans les actions du peuple, de temps à autre dans le monde souterrain, dans le ciel ou même encore dans les étoiles comme le raconte Plutarque : « l’âme de la déesse Isis se trouve dans l’étoile du Chien (Sirius) et celle d’Horus dans Orion. » Existant ou non, peu importe, Atoum, Geb, Nout mais aussi Osiris, Isis, Nephtys, Seth, Horus, Anubis mais également Ptah, Thot, Hathor, Maat, Sobek, Sekhmet, Amon et bien d’autres encore, ont eu un pouvoir inégalable : donner l’espoir d’un lendemain encore et toujours meilleur à une civilisation entière pendant plus de 3 000 ans et de fasciner l’homme encore aujourd’hui.


Loukina