• Nox

La mythologie égyptienne

Les divinités d’Égypte antique, parfois cruelles, parfois sensibles, tantôt représentées à l’image des hommes, tantôt très différentes. Aussi nombreuses soient elles, elles furent l’objet de dévotion et de passion pendant près de 3 000 ans pour le peuple qui les admiraient. Mais qui sont vraiment ces personnalités mythiques et mystiques qui encore aujourd’hui fascinent ? Quelle est leur cosmogonie ainsi que les grands mythes fondateurs que se murmuraient les fidèles de génération en génération ? Et comment dédiaient-ils leur vie entière voire plus à ces dieux ?


Généalogie et principales divinités :

Commençons par nommer et décrire chaque divinité principale ainsi que la généalogie qui les relie afin que la suite soit plus limpide.


Tout d’abord nous pouvons citer Atoum, dieu du soleil couchant. Il possède également deux autres formes, Râ, homme à tête de faucon au soleil de midi et Khepri à tête de scarabée au soleil levant. Atoum est le dieu fondateur, né de l'océan. Son nom signifie « complet », rappelant qu’il incarne à lui seul les deux sexes. C’est grâce à cette complémentarité que celui que l’on surnomme « le grand il-elle », donna naissance, seul, a Geb dieu de la terre et Nout déesse du ciel. Les deux descendants d’Atoum donnèrent à leur tour naissance à plusieurs divinités.


Enfants de Geb et Nout :

Pour commencer, nous pouvons citer Osiris, il est le dieu de la végétation, de la fertilité mais est surtout connu pour être le dieu des morts et souverain de leur royaume. Il est généralement représenté momifié, la peau verte ou bien noire (couleur de la renaissance). Concernant ses attributs, son visage orné de la barbe postiche, est couronné de la coiffe blanche de Haute-Égypte enserrée de deux plumes d’autruche et il tient dans ses mains le fouet et la crosse des bergers.


Le roi des morts est marié à sa sœur Isis. Elle est quant à elle, la déesse mère et puissante magicienne. Son nom signifiant « trône », emblème de royauté qu’elle porte également sur sa tête, elle en est la personnification et par extension la protectrice des pharaons. Elle participe également au processus de résurrection des morts vers le royaume éternel. Tantôt représentée avec ce trône caractéristique comme couvre-chef, ce siège royal fut par la suite remplacé par deux cornes de vache entourant le disque solaire.


Sa sœur jumelle Nephtys dont le nom signifie « la maîtresse du château » est la gardienne des morts, et assiste Isis lors du processus de résurrection des morts. Elle est simplement décrite comme une femme portant sur sa tête les deux hiéroglyphes de son nom.


Mari et frère de Nephtys, Seth est quant à lui le dieu du mal et de la guerre. Interprété comme un homme à tête d’animal encore aujourd’hui non identifié, il a la peau rouge comme le désert et possède une queue fourchue. Ce qui n’est pas sans rappeler les autres représentations du mal dans les différentes religions.


Voilà pour la descendance de Geb et Nout, cependant la mythologie égyptienne comporte également des dieux descendants des divinités vues précédemment.


Descendance des divinités :

Voici de gauche à droite Nephtys, Isis, Osiris et Râ © Musée du Louvre/C. Décamps

Parmi eux, Horus, premier pharaon unificateur de la Haute et de la Basse-Égypte. Il est le fils d’Isis et d’Osiris. Ils symbolisent à eux trois l’unité de la famille. Le fils des dieux est représenté comme un homme à tête de faucon avec une queue de taureau. Il est coiffé de la double couronne (celle de la Basse et celle de la Haute-Égypte, on nomme l’assemblage des deux le « Pschent »), celle-ci surmontée d’un serpent Uraeus. Possédant tous les attributs d’un pharaon, il détient également la croix Ankh dans l’une de ses mains et le sceptre Ouas dans l’autre. Il aura à son tour quatre fils, des divinités peu mises en avant mais possédant tout de même leur importance car elles sont les gardiennes des viscères des défunts. Il y a Amset à tête humaine, il est le gardien du foie, puis il y a Hapi possédant une tête de babouin, son rôle est de veiller sur les poumons. Ensuite il y a Douamoutef arborant une tête de chacal et veillant sur l’estomac du défunt et pour finir Kébéhsénouf dieu a tête de faucon, gardien des intestins.


C’est sa femme Hathor, fille de Ré (dieu soleil présent dans certaines cosmogonies et remplaçant Atoum ou fusionnant avec celui-ci) qui lui donna ses quatre enfants. Elle est la déesse de la beauté, de la joie, de la danse, de la musique et de l’amour. Elle est aussi la déesse de la maternité et les femmes enceintes font souvent appel à elle afin que leur grossesse se passe dans les meilleures conditions possibles. Généralement vue comme une femme à tête de vache portant le disque solaire entre ses cornes (comme Isis avec qui il est possible de la confondre) ou bien comme une vache. Elle possède, elle aussi, le sceptre symbole de force, cependant le sien est surmonté d’une délicate ombrelle de papyrus symbolisant la santé et la jeunesse éternelle.


Entre les deux sœurs jumelles descendantes de Geb et Nout, Isis n'est pas la seule à avoir eu un fils. Nephtys donna naissance à Anubis, issu de sa relation adultère avec Osiris pensant féconder Isis. Anubis est le dieu funéraire de toute l’Égypte, protecteur des nécropoles, mais aussi des tombes, et des embaumeurs. Considéré auparavant comme le dieu des morts avant qu’Osiris ne le remplace à ce poste, il est représenté en habits de prêtre, portant un masque de chacal ou bien de chien noir.


Les autres dieux :

D'autres divinités existent sans liens établis avec les familles précédentes, parmi elles nous pouvons nommer Ptah, dieu des artisans et dieu principal de la cosmogonie de Memphis, il y remplace Atoum. Il est généralement peint avec un corps momiforme, des bandelettes pendant de son dos et une calotte bleue couvrant son crâne rasé. Nombreux sont ses attributs, le sceptre Ouas symbolisant la force, la croix Ankh gage de vie éternelle, le pilier Djed emblème de la stabilité et pour finir la barbe postiche portée habituellement par les pharaons car Ptah régnait sur l’Égypte avant les hommes.


Passons au dieu le plus apprécié des égyptiens anciens : Thot. Dieu de la sagesse, de l’écriture, du savoir, de la lune mais également des nombres et des scribes. Il est aussi l’inventeur du langage et le messager des dieux. Il est souvent représenté comme un homme à tête d’ibis ou plus rarement de babouin, coiffé de la couronne Atef et tenant dans ses mains le sceptre Ouas et la croix Ankh.


Ensuite il y a Maat, fille et épouse de Râ (ou Ré selon les textes) elle est la sœur mystique des pharaons. Déesse de la paix, de la vérité et de la justice. Elle est toujours représentée portant une plume d’autruche sur la tête, celle-ci servant lors du passage des défunts dans le monde des morts mais nous y reviendrons plus tard.


Puis Sobek, dieu de l’eau et de la fertilité mais également le créateur de l’univers pour une certaine partie de l’Égypte. Il incarne un homme à tête de crocodile ou bien simplement un crocodile coiffé d’une couronne à plume, surplombée de deux serpents Uraeus.


Et pour finir il y a Sekhmet, déesse guerrière, vengeresse, et régnant sur le désert. Elle est connue sous les traits d’une femme à tête de lionne, portant le disque solaire sur la tête.


Il reste cependant un dernier dieu, mais celui-ci possède une certaine particularité, il ne fait pas partie de toutes les versions de la mythologie égyptienne. Amon, dieu de la ville de Thèbes, prit de l’importance au fur et à mesure des années. Il devint plus tard Amon-Ré en fusionnant avec Râ ou Ré, dieu du soleil de midi possédant une tête de faucon et portant le disque solaire. Il détient lui aussi la croix Ankh, le serpent Uraeus et le sceptre Ouas. En fusionnant avec ce dieu, Amon-Ré est considéré, au même titre qu’Atoum, comme le créateur du monde.


Les grands mythes fondateurs :

Afin d’établir avec plus de précision la position et le rôle de chacune de ces divinités et également de mieux comprendre la manière dont les anciens Égyptiens percevaient le monde qui les entouraient, nous allons voir quelques mythes fondateurs et omniprésents dans la vie des Égyptiens anciens.


Il est compliqué d’établir et de conter une cosmogonie précise en la décrivant comme « officielle », car au fil des années et d’une ville à une autre celle-ci subit de nombreux changements plus ou moins conséquents. De plus, il n’y a aucun texte officiel la décrivant, nous pouvons seulement nous référer à des contes, des manuels de magie, des textes funéraires ou historiques provenant parfois même d’autres pays comme la Grèce, des bas-reliefs et des peintures dans lesquels elle varie d’une œuvre à une autre. Cependant, une des cosmogonies fut plus populaires que les autres et écrasa peu à peu les autres mythes de la création : la cosmogonie Héliopolitaine.


La création du monde :

Selon cette version, voici le mythe de l’origine du monde : « Au commencement rien n’existait, seul un océan immense, l’océan primordial, il recouvrait toute la Terre. De cet océan du nom de Noun signifiant "eaux primitives" naquit Atoum qui créa le Benben, première colline sur l'océan primordial.


Puis, incarnant les deux sexes à la fois il donna naissance, seul, à deux enfants : Shou dieu de l’air sec et Tefnout déesse de l’humidité. Tous les trois parcoururent le monde, mais celui-ci étant vaste, une fois ses enfants perdus de vue, Atoum pensa ne plus jamais les revoir. Anéanti par cette pensée, il pleura tant de larmes que de cet océan naquirent les hommes.


Par la suite Shou et Tefnout donnèrent naissance à Geb dieu de la terre et Nout déesse du ciel. Entre les deux frère et sœur un amour incomparable vit le jour. Atoum, jaloux de cet amour inconditionnel que lui n’avait jamais vécu, ordonna à Shou de les séparer pour toujours. Juste avant d’être séparés ils scellèrent leur lien passionnel en donnant naissance à quatre divinités : Isis, Nephtys, Seth et Osiris. »


Le mythe osirien :

Celui-ci sera au cœur d’un des plus grands récits de la mythologie égyptienne : le mythe Osirien. Ce mythe relatant la vie et la mort du dieu souverain du monde éternel est conté en détail dans le traité de Plutarque De Iside et Osiride. Tout premier pharaon d’Égypte, il enseignait à ses habitants, avec sa compagne Isis et Thot, l’agriculture et l’écriture nécessaires à la vie dans ce monde prospère et de grande sagesse. Son frère Seth, jaloux du pouvoir d’Osiris, fou de rage que Nephtys l'ait trompé avec lui, réfléchit alors à un stratagème afin de l’éliminer. Il prit les mesures du corps du dieu et invita celui-ci à un banquet. Lorsque la fête battait son plein, Seth présenta aux invités un somptueux sarcophage. Chacun tenta de s’y installer, cependant chaque candidat s’y trouva mal installé, vînt le tour d’Osiris qui, amusé, tenta aussi de s’y allonger. Celui-ci le trouva parfaitement à sa taille, évident puisque Seth l’avait fait sur mesure. Le dieu du mal s’empressa alors de sceller le sarcophage et le jeter dans le Nil ou Osiris se noya.


Représentation de la création du monde avec Geb, dieu de la terre allongé et Nout la voute céleste au-dessus, séparée de lui © Musée du Louvre

Isis, la bien aimée d’Osiris, partit alors à la recherche de sa dépouille à l’aide de sa sœur et également femme de l’assassin de son mari : Nephtys. Les deux sœurs le trouvèrent, récupérèrent sa dépouille et le mirent à l’abri des regards dans un marais, sous les conseils du dieu de la sagesse, Thot.


Isis à gauche et sa sœur Nephtys veillant sur Osiris © 2021 BLOGOSTELLE Histoire de l'Art et du Sacré – blogzine culturel

Seth, alors maître de l’Égypte, entendit la rumeur courir qu’Isis avait en tête le dessein de ressusciter son époux. Fou de rage et terrifié a l’idée qu’elle mette en application son plan, il retrouva le corps d’Osiris, le découpa en quatorze morceaux qu’il dispersa à chaque coin de l’Égypte rendant ainsi la tâche d’Isis impossible. Mais l’impossible n’existait pas pour la magicienne éplorée. Elle partit à la recherche des membres de son mari et parvint à tous les réunir à l’exception d’un : son sexe qui fut dévoré par un poisson. Elle lui en fabriqua alors un en argile. Puis, avec l’aide d'Anubis qui rassembla les parties de son corps avec des bandelettes donnant ainsi la première momie, elle le ressuscita par enchantement. Elle se transforma alors en oiseau milan afin de procréer avec Osiris leur fils Horus né par magie d’un amour sincère entre les deux divinités.


Isis transformée en oiseau milan pour s'accoupler avec Osiris © 2021 BLOGOSTELLE Histoire de l'Art et du Sacré – blogzine culturel

Une fois revenu à la vie, Osiris devint alors le souverain incontesté du royaume des morts et son fils grandit, caché dans les roseaux, à l’abri de la fureur de son oncle Seth.


Une fois adulte, il voulut venger son père et réclama le trône d’Égypte à Seth. Une bataille sans précèdent s’engagea entre les deux rivaux, Horus contre Seth, la lumière contre l’obscurité. Au cours de ce sanglant affrontement, le dieu faucon perdit son œil et l’incarnation du mal perdit ses testicules. Lorsque, vainqueur, Horus s’apprêta à donner le coup de grâce à son oncle, Isis, emplie d’un élan de compassion tenta de le retenir. Mais excédé par les bons sentiments de sa mère, il lui coupa la tête. La situation prenant un tournant incontrôlable, le sage Thot décida d’intervenir. Il mit fin à la lutte acharnée des rivaux, remplaça la tête d’Isis par une tête de vache afin qu’elle continue de vivre et il guérit les blessures des deux guerriers. Horus retrouva alors la vue avec son œil Oudjat, et Seth, vaincu, fut obligé de reconnaître la victoire d’Horus et lui céda le trône d’Égypte.


C’est ainsi qu’Osiris devint dieu et souverain des morts et de leur royaume, et qu’Horus fut connu comme le premier pharaon de l’Égypte entière. Après ce mythe, les prétendus lieux ou les morceaux d’Osiris avaient étés dispersés sont devenus des lieux de culte des anciens Égyptiens comme Busiris dans le delta ou repose la « colonne vertébrale » d’Osiris dont le symbole est le pilier Djed, emblème de stabilité. On retrouve également parmi ces restes symboliques de la confrontation contre Seth, l’œil Oudjat d’Horus devenant alors l’expression de l’intégrité et de la complétude, d’être intact.


Mythe de la course du soleil :

Seth, le dieu du mal, n’a cependant pas toujours un rôle néfaste dans les querelles entre les divinités. Par exemple, dans l’important mythe explicatif du jour et de la nuit, il y joue un rôle de protecteur. Voici ce mythe appelé également la course du soleil : Selon les anciens Égyptiens, le cycle du jour et de la nuit est régulé par le combat entre le dieu Atoum, Ré ou Amon selon les versions, contre le serpent Apophis incarnation du chaos.


Ainsi, chaque jour, le dieu du soleil couchant Atoum, prend place dans sa barque solaire et vogue à travers le monde d’est en ouest. Lorsque le soleil bascule en dessous de la ligne d’horizon, cela signifie que Nout l'avale et il entame alors son voyage dans le monde sous terrain qui durera douze heures. Une fois dans le monde souterrain, il prend alors sa seconde forme : Râ. La lutte commence alors entre les deux divinités à la septième heure du voyage. Le terrible serpent Apophis tente de faire chavirer la barque solaire afin qu’elle ne remonte plus à la surface. Ainsi, les ténèbres régneraient pour toujours sur l’Égypte. C’est sans compter sur Seth qui, armé d’une lance, repousse tant bien que mal le serpent afin de protéger Râ. Arrivé à la moitié de la nuit, le dieu soleil est affaibli, Osiris l’aide alors à se régénérer. Le dieu soleil prend alors sa troisième forme, le soleil levant Khepri à tête de scarabée.


Seth armé de sa lance repousse le serpent Apophis pendant que Ré est en recul sur sa barque solaire © 2021 BLOGOSTELLE Histoire de l'Art et du Sacré – blogzine culturel

Arrive alors le crépuscule, annonçant la victoire du dieu soleil sur les forces obscures et le cycle se répète alors chaque nuit.


Le mythe de la pesée du cœur :

Le dernier mythe important, guidant la vie et plus précisément la conduite des Égyptiens, est le mythe de la pesée du cœur. Selon ce mythe, un être possède en lui plusieurs forces. Il y a tout d’abord le Djet, symbolisant le corps, et le Kha, équivalent à l’esprit. Lors de la mort d’un Égyptien, celui-ci doit obligatoirement être embaumé et que sa dépouille repose dans une tombe à son nom, sinon quoi son Kha restera bloqué avec le Djet pour l’éternité et il n’aura jamais l’opportunité d’accéder au royaume éternel gouverné par le grand Osiris. Cependant pour mériter le repos éternel ce n’est pas là la seule chose à prendre en compte. Si le défunt a en effet été embaumé et que son enveloppe charnelle repose dans une tombe convenable, celui-ci s’expose alors au tribunal de la pesée de son cœur.


Lors de ce jugement, le défunt arrive dans une salle présidée par Osiris lui-même, accompagné de Thot en charge de noter le résultat du jugement, d’Anubis et d’Horus tous deux responsables du bon déroulement de la pesée et pour finir, l’indispensable présence de la déesse de la justice Maat. Elle pose une plume d’autruche qu’elle seule détient sur un des plateaux d’une balance, en face de cette plume, le cœur du défunt représentant son âme sera posé. Si le cœur est plus léger que la plume cela signifie que l’homme fut bon et qu’il mérite donc d’accéder au royaume des morts. Au contraire, si le cœur s’avère être plus lourd que la plume de Maat, cela signifie que l’homme fut mauvais. Le plus terrible des sorts lui est alors réservé : il sera alors dévoré par une créature à tête de crocodile, à corps de lion et à la croupe d’hippopotame, la dévoreuse, Amamet.


Illustration du jugement de l’âme avec en partant de la gauche, le défunt tenu par Anubis puis du côté droit de la balance la dévoreuse Amamet attendant le verdict de Thot, puis digne du royaume des morts, le défunt est accompagné par Horus jusqu'à Osiris © GNU 2002- 2021

Vie religieuse :


La préparation pour l'au-delà :

Comme nous pouvons aisément le comprendre, pour les anciens Égyptiens la vie sur terre n’est qu’une sim