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La Mary Celeste : l'équipage disparaît sans laisser de traces

Octobre 1872, la Mary Celeste, un grand brick goélette, quitte le port de New York pour se diriger vers Gênes. Le Dei Gratia, qui suit le même itinéraire, découvre ce navire le 4 décembre au large des Açores. Or, le bateau, en mauvais état, semble abandonné. De plus, beaucoup de mystères entourent ce vaisseau fantôme. Que s'est-il passé pendant la traversée ? Où est passé l'équipage de la Mary Celeste ?


La Mary Celeste en 1861 © Domaine public

En 1861, au Canada, un imposant navire est lancé sur le marché. Il s'agit d'un brick goélette portant le nom d'Amazon, dont la première utilité est de transporter des cargaisons de bois. Il effectue de nombreux voyages, notamment à travers les Antilles et la France. Quelques années plus tard, en 1868, le navire est racheté par des marins qui le renomment la Mary Celeste. D'années en années, de nombreux marins effectuent des traversées à son bord sans qu'aucun problème ne soit signalé. C'est en 1872 que l'histoire de la Mary Celeste va basculer.


New York, le 20 octobre 1872, à une époque où aucun immeuble ne vient perturber la couleur du ciel. Le capitaine Briggs se promène sur l'East Rivers, il supervise le chargement de la cargaison de son bateau à destination de Gênes. Le navire qu'il s'apprête à conduire, du nom de Mary Celeste, a été racheté quelques années auparavent par Winchester avec qui il a signé un partenariat. Le contrat stipule que le bateau doit traverser l'Atlantique pour transporter environ mille sept cents tonneaux d'ethanol. La traversée s'annonce efficace : le capitaine Benjamin Briggs a prit soin de construire la meilleure équipe possible, s'entourant de marins et de stewards très qualifiés. Il est également accompagné de son épouse Sarah et de leur fille Sophia Mathilda tandis que leur fils Arthur est confié à sa grand-mère. Le 3 novembre, Briggs écrit une lettre à sa mère indiquant ses pensées concernant le futur voyage : « Notre vaisseau est en parfaite condition et j’espère que nous aurons une belle traversée ». Cependant, l'équipage patiente jusqu'au 7 novembre pour prendre la mer, à cause de conditions météorologiques défavorables.


Benjamin Briggs, le capitaine de la Mary Celeste © Domaine public

Alors que la Mary Celeste a quitté le port de New York depuis presque un mois, le Dei Gratia, manoeuvré par David Morehouse et Oliver Deveau arrive à mi-chemin entre les Açores et les côtes portugaises. Le capitaine de ce bateau, Oliver Deveau, semble être ami avec Briggs et a quitté le port de New York une semaine après l'équipage de celui-ci pour suivre le même itinéraire. C'est donc le mardi 4 décembre vers treize heures que le timonier du Dei Gratia aperçoit un navire à quelques kilomètres des Açores. Les mouvements de ce bateau inconnu et la disposition de ses voiles font penser à Oliver Deveau qu'il n'est pas en état de continuer sa traversée. De plus, le capitaine n'aperçoit personne sur le pont du navire et personne ne répond à ses signaux. En lisant sur sa poupe le nom de la Mary Celeste, Deveau et Morehouse décident de s'arrêter à côté du navire pour monter dedans et vérifier que son équipage est toujours vivant.


C'est un sinistre spectacle qui attend pourtant les hommes. Les voiles du navire découvert sont en mauvais état, son gréement – la partie du navire suportée par le mat, qui peut être bougée en fonction de la direction du vent pour gagner de la vitesse ou ralenir – est tristement détruit. Les cordages, quant à eux, pendent des deux côtés du bateau. La cale de la Mary Celeste est innondée sur une hauteur de plus d'un mètre. En entrant dans la cabine salie par l'eau de mer, on découvre que le journal de bord n'a pas été rempli depuis le 25 novembre. D'après ce carnet, le bateau se situait alors à plus de sept cent kilomètres de l'endroit où il est retrouvé. On retrouve également les objets personnels de l'équipage comme le sabre du capitaine Briggs dans son fourreau, alors que tous les documents officiels concernant le bateau et les instruments de navigation ont disparu. Une embarcation de sauvetage est manquante et semble avoir été utilisée. Deveau et Morehouse comprennent alors que le navire est abandonné.


Le bateau semble abandonné (image d'illustration © 2013-2020 BuuckPhotography)

L'équipage du Dei Gratia décide d'emmener la Mary Celeste au tribunal maritime situé à Gibraltar. En effet, le droit maritime affirme que le sauveteur d'un bateau peut espérer garder une part de sa valeur lorsqu'il le ramène au tribunal. C'est donc le 7 décembre 1872 que l'audience commence au tribunal de Gibraltar. Le procureur Frederick Solly-Flood et le juge en chef James Cochrane se chargent de présider l'entretien. Les deux hommes concluent rapidement à un crime violent motivé par la présence d'alcool sur le bateau.


Le 23 décembre, Solly-Flood organise une fouille sur le Mary Celeste afin de trouver des preuves pour l'enquête. On découvre quelques entailles sur le bois de la proue, certainement causées par des objets tranchants comme un couteau ou une hache. En analysant les outils trouvés à bord du bateau, on observe des traces de sang sur le sabre. La coque ne semble pas montrer de trace d'échouement ou de collision, le bateau n'est donc pas abandonné dans des circonstances normales. Grâce à ces nouvelles preuves, Solly-Flood explique dans son raport que le bateau ressemble réellement à une scène de crime. Il note que l'équipage, sous l'effet de l'alcool et transporté par la Mary Celeste – alors que celui-ci était impropre à la consommation – aurait assassiné la famille de Briggs et le capitaine, avant de rayer la proue pour faire croire à une collision. L'équipage aurait ensuite quitté le navire dans une embarcation de sauvetage.


Alors que Solly-Flood défend son hypothèse, les analyses du sabre viennent l'infirmer. En effet, celles-ci montrent que ce sont des taches de rouille et non de sang que l'on observe sur l'objet. De plus, les entailles sur la proue auraient été causées par l'action naturelle de la mer dégradant le bois du navire. Face à ces nouvelles découvertes, Solly-Flood libère la Mary Celeste le 25 février. Quelques semaines plus tard, le navire quitte Gibraltar avec à bord d'un nouveau capitaine : George Blatchford. De leur côté, les sauveteurs reçoivent chacun environ mille sept cents livres. Cette somme est considérée comme faible connaissant les risques endurés pour ramener la Mary Celeste au tribunal maritime. On dira par la suite que le juge Cochrane fut très sévère avec l'équipage du Dei Gratia.


Même si la Mary Celeste reprend la mer suite à ce drame, elle garde sa réputation de navire maudit. Elle connaîtra d'aillers une triste fin puisqu'en 1885, son capitaine l'échouera délibérément sur un récif près d'Haïti afin de gagner l'argent de son assurance.


Longtemps après sa découverte près des Açores en 1872, le mystère qui entoure la Mary Celeste reste entier : qu'est devenu l'équipage de ce vaisseau fantôme ? Certains tentent d'expliquer cette disparition par une attaque de pirates, or des produits de valeurs sont retrouvés à bord, ce qui infirme cette hypothèse. On pense également à des phénomènes naturels dangereux ayant poussé l'équipage à quitter la Mary Celeste précipitamment. En effet, un tremblement de terre aurait pu endommager une partie de la cargaison remplie d'alcool. Les marins, inquiets à l'idée que leur navire explose, l'auraient quitté à bord d'une embarcation de sauvetage. Par ailleurs, le navire aurait pu être frappé par un violent orage projetant tout l'équipage par-dessus celui-ci.


D'autres ont émis des hypothèses paranormales : l'équipage auraient pu être enlevé par des extraterrestres, d'autant plus qu'aucun corps n'a été retrouvé près du lieu où l'on a découvert la Mary Celeste. Les marins auraient disparu dans une cité sous-marine inconnue de l'homme s'apparentant à l'Atlantide.


Malgré de nombreuses recherches et hypothèses, le mystère entourant la Mary Celeste et la disparition de son équipage perdure encore aujourd'hui. Cet évènement a inspiré de nombreuses oeuvres littéraires et filmographiques, faisant de la Mary Celeste l'un des vaisseaux fantômes les plus connus au monde.


Constance