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La malédiction de Toutankhâmon : un mystère enfin expliqué ?

Le pharaon Toutankhâmon, fils d'Akhenaton, est l'un des rois les plus mystérieux de sa dynastie. Ayant exercé un règne court achevé à dix-neuf ans par une mort brutale dont les causes restent inconnues, Toutankhâmon n'était pas considéré comme un grand pharaon à son époque. C'est en 1922, lorsque son tombeau et toutes les richesses qu'il renferme sont découverts que naît sa notoriété. Le plus grand mystère qui entoure ce pharaon reste la fameuse malédiction de Toutankhâmon. En effet, une légende raconte que certains membres de l'équipe d'archéologues ayant retrouvé la momie seraient ensuite presque tous morts subitement...


Début du XXe siècle, dans la vallée des Rois située sur la rive ouest du Nil, de considérables recherches sont en cours pour retrouver le tombeau de Toutankhâmon. Après de nombreuses années sans résultat, c'est enfin le 4 novembre 1922 que l'égyptologue Howard Carter découvre un escalier s'enfonçant dans le sol, donnant sur une porte encore scellée pouvant être celle de la fameuse sépulture. L'égyptologue envoie immédiatement un télégramme crypté à Lord Carnarvon, son associé séjournant en Angleterre : « Avons enfin fait une découverte extraordinaire dans la vallée : une tombe somptueuse dont les sceaux sont intacts ; l'avons refermée jusqu'à votre arrivée ; félicitations ».


Après quelques jours de travaux et de fouille, Howard Carter et Carnarvon accèdent à la fameuse tombe, découvrant un trésor d'une valeur inestimable : un lit en plaqué or orné d'une tête de lion, un poignard au manche d'or, ainsi que de nombreux objets décorés de pierres précieuses entourant la tombe du mystérieux pharaon. Or, ce qui retient l'attention des personnes présentes, c'est la mort subite du canari de Carter, avalé par un cobra qui se serait glissé dans le tombeau quelques jours avant son ouverture. Les ouvriers égyptiens y voient immédiatement un signe de mauvais présage, le serpent étant considéré comme l'animal totem des pharaons. Une théorie qui se vérifie une seconde fois lorsque Carnarvon meurt en 1923, quelques semaine après la découverte de la tombe. Le milliardaire, pris de fièvre et de sueurs, est diagnostiqué par ses médecins d'une septicémie incurable. L'homme aurait été piqué par un moustique, et aurait accidentellement coupé la piqûre en se rasant. En s'infectant, la coupure serait devenue mortelle. Le soir même de sa mort, la ville du Caire est subitement plongée dans l'obscurité pendant de nombreuses heures suite à une panne électrique.


Il n'en faut pas plus pour que la presse internationale, qui n'a aucune information sur le déroulement de la découverte du tombeau, s'empare de l'affaire. En effet, pour ne pas être dérangés par les journalistes, Carter et Carnarvon avaient donné l'exclusivité au Times de Londres pour la couverture médiatique de la fouille du tombeau. C'est donc le romancier Arthur Conan Doyle, inventeur du célèbre détective Sherlock Holmes et adepte de spiritisme, qui va être l'un des premiers à alimenter la légende de la malédiction de Toutankhâmon. Il apparaît régulièrement dans les journaux pour commenter les nouvelles venues d’Égypte, et notamment la mort de Carnarvon. Il affirme : « Je ne dis pas qu'un esprit égyptien a tué Lord Carnarvon. Je dis que c'est possible ». Pour lui, des sorts avaient été lancés par des prêtres au moment de fermer le tombeau, il y a plus de trois-mille ans, pour protéger la sépulture et le pharaon. La rumeur est également alimentée par Marie Corelli, une romancière britannique qui imagine des sorts effrayants qui seraient inscrits sur la porte du tombeau : « Ceux qui pénètrent dans ce tombeau sacré seront tôt emportés par les ailes de la mort ». En effet, les décès se succèdent suite à la mort de Carnarvon : deux égyptologues qui avaient visité le tombeau, puis le frère et l'infirmière du milliardaire succombent. En 1928, c'est le savant Arthur Mace, qui avait aidé Carter à détruire le mur de la chambre mortuaire pour entrer dans le tombeau, qui meurt subitement. En 1967, Mohammed Mehri, directeur du département des antiquités égyptiennes au musée du Caire, succombe à une hémorragie cérébrale après avoir signé l'accord de sortie du trésor de Toutankhâmon pour une exposition à Paris. En tout, ils seront plus d'une trentaine à succomber à la malédiction...


La malédiction de Toutankhâmon gagnant en popularité, nombreux sont ceux qui tentent d'émettre leur théorie pour expliquer ces morts troublantes : des bougies de cire à base d'arsenic exposées en quantité dans le tombeau, des capsules à base de blé parasitées par le champignon Claviceps Purpurea qui pourrait être responsable de la maladie de l'ergot de seigle... Geoffrey Dean, professeur à l'hôpital de Port Elizabeth, pense que les morts auraient été victimes d'un virus qui serait resté enfermé dans le tombeau et que les experts auraient alors pu contracter à l'ouverture de la sépulture. Or, les recherches effectuées depuis ont démontré cette théorie. En effet, les virus liés à l'homme ne peuvent survivre que dans des milieux vivants et non dans des chairs mortes. Un virus n'aurait donc pas pu survivre dans un cadavre enfermé pendant des milliers d'années.


C'est en 1985, alors qu'elle restaure la tombe de Ramsès II, que le docteur Caroline Stenger-Philipp apporte une nouvelle hypothèse. En effet, elle découvre dans la sépulture la propagation de nombreux champignons. La description du tombeau de Toutankhâmon par Carter laissant penser que celle-ci pourrait également abriter de nombreux parasites et moisissures, Stenger-Philipp est alors sûre de la présence de champignons dans le tombeau de Toutankhâmon. Elle accuse les fruits et légumes, posés en offrandes de part et d'autres de la tombe pour servir de nourriture au pharaon pendant son voyage vers l'éternité. Selon elle, les végétaux ont pu former de la moisissure qui se serait ensuite décomposée en particules de poussières très allergènes. Son hypothèse se renforce du fait que les maladies des archéologues et des chercheurs étaient souvent des pneumonies, donc des maladies liées aux poumons. Les experts affirment par ailleurs que ce seraient l'Aspergillus Niger ou l'Aspergillus flavus, des moisissures trouvées fréquemment sur les momies, qui pourraient être la cause de la malédiction du pharaon.


Enfin, pour beaucoup de scientifiques, il n'existe pas de malédiction autour de Toutankhâmon, puisque la plupart des membres de l'équipe de fouille de l'époque ont connu une fin de vie totalement banale, dont Howard Carter. En effet, l'égyptologue est décédé à l'âge de soixantequatre ans, soit des années après avoir découvert le tombeau. Alan Gardiner, engagé pour étudier les inscriptions du tombeau, est mort à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Ils sont donc nombreux à avoir continué leur vie après cette expédition.


Même si la légende semble être réfutée par de nombreux professionnels, celle-ci continue de faire rêver les plus curieux et les amateurs de surnaturel. De plus, elle inspire de nombreux classiques de la culture : dès 1923, Agatha Christie écrit l'aventure du tombeau égyptien, un roman s'inspirant de cette légende. On note également les nombreux films reprenant le mythe de la momie, dont le classique simplement prénommé La Momie, sorti en 1932, dont un remake fut produit en 1999. Le pharaon Toutankhâmon restera donc éternel au travers de cette malédiction, qui continue de nous fasciner.


Constance