• Nox

La maison du 966 Lindley Street : un cas paranormal hors du commun

L’histoire terrifiante de la famille Goodin est un des cas paranormaux les plus documentés au monde. Hantée sans relâche pendant des années, on comptabilisera des dizaines de témoignages relatant des manifestations étranges. Des officiers de police aux enquêteurs Warren, tous s’évertueront à savoir : qui et pourquoi a-t-on décidé de s’en prendre aussi violemment aux Goodin ?



Partie 1 : La famille Goodin


1960, État du Connecticut aux États-Unis. Gerald et Laura Goodin ainsi que leur garçon forment une famille américaine on-ne-peut-plus normale en somme. Gerald travaille durement à l’usine de manufacture Harvey Hubbell, tandis que sa femme Laura reste à la maison et veille sur leur fils. Cette année-là, désireuse de davantage de confort, la petite famille saute le pas et décide d’emménager dans un nouveau cocon, dans la ville de Bridgeport. La bâtisse en question est un modeste bungalow de quatre pièces, d’apparence récente, qui a été mis sur pied par un marchand de chemises il y a une cinquantaine d’années.


La maison au 966 Lindley Street © 2021 SCREENGEEK LLC

La famille Goodin y pose ses valises et chacun des membres reprend ainsi le cours de sa vie. Les années défilent et les Goodin se disent comblés dans leur nouvelle demeure. Pourtant, un événement dramatique frappe un jour à la porte du foyer. Leur fils de sept ans, souffrant depuis plusieurs années d’une infirmité motrice cérébrale, décède tragiquement des suites de sa maladie. Effondrés, les Goodin voit leur vie basculer. Pendant de multiples années, ils tentent en vain de faire le deuil du trépas de leur cher garçon, priant chaque soir pour que leur chagrin soit effacé.


Quelques années plus tard, alors que Gerald et Laura sont déjà dans la cinquantaine, leur vient l’idée d’adopter un enfant. Se présente alors dans la famille la petite nouvelle, Marcia, six ans, originaire du Canada. L’arrivée de la fillette enchante ses parents, qui la couvent et la couvrent de tendresse. Mais Marcia, quoique choyée par ses parents, se sent désespérément seule. À l’école, ses camarades l’embêtent, lui font des misères, voire la frappent. Sa couleur de peau, rappelant celle des Amérindiens, semble être le motif de ces moqueries. Elle rentre de l’école, dissimule ses ecchymoses et ses plaies. Pour essayer de lui redonner le sourire, les Goodin adoptent alors un petit chat blanc et roux qu’ils nomment Sam. Marcia a l’air d’avoir retrouvé son bonheur et ne se lasse pas de dorloter le félin aux yeux émeraudes durant de longues heures. Il est son seul ami et compagnon capable de la comprendre. Les parents l’emmènent et la ramènent désormais tous les jours de l’école, mais remarquent pourtant une mélancolie, une tristesse tenace dans les yeux de leur fille.


Et puis, un beau jour, à l’approche des années 70, des phénomènes étranges font leur apparition dans la demeure familiale du 966 Lindley Street. Ce sont d’abord de légers craquements, des courants d’air furtifs, un subtil tambourinement contre les murs. La famille ne s’inquiète pas, elle ne remarque même presque pas ces intrus auditifs anodins qui parasitent peu à peu le cocon familial. Sam, le chat de Marcia, est amené un jour chez le vétérinaire pour une banale visite de contrôle. À son retour, Sam agit étrangement ; il semble irrité, sur le qui-vive. Surtout, il ne cesse de miauler, un miaulement rauque, comme s’il s’efforçait de parler. Les Goodin ont la sensation accablante que leur chat les avertit d’un danger, d’une menace. Il se place notamment devant la porte du sous-sol, et se met à feuler devant elle. La famille, préoccupée par l’attitude inhabituelle du chat, frissonne de peur. Quelque chose cloche, ils en sont sûrs, mais ils ne parviennent pas à poser les mots sur leur effroi.


Les semaines et mois qui suivent n’en sont que pires. Les tambourinements contre les murs se font de plus en sourds la nuit et réveillent brutalement les habitants de la maison. Paniquée, Laura Goodin se met à prier, toutes les nuits, pour que les coups s’amenuisent. Mais le cognement et les craquements persistent et s’intensifient, comme s’ils cherchaient à rentrer dans la tête des Goodin. Peu après, la famille remarque que des objets sont déplacés de pièce en pièce, et que des meubles bougent de quelques centimètres. Par ailleurs, la tringle à rideaux de la chambre parentale chute régulièrement, bien que les parents aient tenté de la changer. La famille décide aussi de remplacer toute la tuyauterie, pensant que les coups sont provoqués par cette dernière. Mais rien n’y fait, bien au contraire. Il semblerait curieusement que les efforts désespérés des Goodin pour venir à bout de leur supplice attisent et exacerbent les événements toujours plus virulents.


Épuisée par ces phénomènes inexplicables, Laura Goodin est lasse de ses prières : « Pourquoi nous ? » se demande-t-elle. Qu’ont-ils pu bien faire de mal pour subir ces attaques ? Bientôt, les manifestations deviennent de plus en plus agressives. Le fauteuil à bascule sur lequel Marcia s’assoit se renverse inopinément ; les crucifix accrochés sont projetés contre les murs ; la télévision posée sur la table du salon se soulève, lévite, avant de retomber. Pire encore, les couverts se retrouvent à terre quotidiennement, des couteaux sont retrouvés plantés dans le mur, comme une menace de mort. Pétrifiés et ne sachant que faire, les Goodin assistent, impuissants et désemparés, à ce qui figure comme étant le diable.



Partie 2 : le 24 novembre 1974


Pour John Allsworth, officier de police à Bridgeport, ce devait être une journée comme les autres. Mais en ce 24 novembre 1974, il reçoit un appel des plus invraisemblables. Une femme, visiblement affolée, le somme de se présenter immédiatement : des événements inexplicables se déroulent dans sa maison. John Allsworth se rend alors sur place, afin de constater par luimême les étrangetés dont faisait état la femme. L’officier de police connaît très bien cette habitation, il réside lui-même juste à côté, dans la même rue. Arrivé au 966 Lindley Street, l’inquiétude le gagne sur-le-champ : la famille Goodin semble exténuée, à bout de forces. Les cernes de Gerald Goodin sont si creusés qu’ils paraissent noircis ; Laura Goodin, elle, est en pleurs. Quant à la maison, elle est sens dessus dessous : les tiroirs sont ouverts, certains à terre. Des meubles sont complètement en travers de la pièce. John Allswort est décontenancé, il pense avoir affaire à un cambriolage, mais rien de suspect ou objet ne semble avoir été emporté. Les Goodin lui assure : cela fait des jours que les meubles sont déplacés, les affaires éparpillées, c’est un diable qui opère.


Perplexe, l’officier de police choisit d’appeler du renfort. Une fois sur place, les cinq officiers s’aventurent dans la maison et sont à leur tour pétrifiés. Dans la cuisine, le réfrigérateur est en lévitation, à une dizaine de centimètres du sol. Un officier quitte alors la propriété sans se retourner. Les autres sont ébahis par ce qu’ils voient. Comment cela est-ce possible ? Ils changent de pièce, et découvrent une commode secouée, comme tremblante, dont la saccade incessante ouvre et ferme les tiroirs. Ils entendent aussi ces tambourinements, ces coups sourds et puissants qui retentissent dans les murs. Un silence presque total traverse de part et d’autre de la maison. Stupéfiés, personne n’ose parler, car personne ne peut mettre des mots sur ce qu’il se passe. Seul le grésillement de la télé du salon résonne dans la pièce.


La commode de Gerald Goodin saccagée © Pinterest 2021

John Allsworth, bien qu’horrifié, cherche une explication rationnelle. Il avertit alors les pompiers : « Il faut vérifier le réseau de câbles, cela doit sûrement venir du câblage ! » signalet-il. Les Goodin, pourtant plein d’espoir, n’y croient pas. Comment un réfrigérateur peut-il léviter à cette hauteur ? Bientôt, ce sont quatorze officiers de polices et seize pompiers qui s’agglutinent dans la piètre maison. Tous se mettront à minutieusement étudier les câbles, les fondations de la bâtisse, le réseau électrique. De fond en comble, chaque centimètre du domicile est scruté à la loupe. Mais rien, absolument rien n’est endommagé ou dysfonctionnel. Les pompiers sont eux-aussi témoins de phénomènes surnaturels. Cette fois-ci, c’est un véritable orchestre macabre qui est à l’œuvre. La télévision se met elle aussi à léviter, puis à tournoyer avant de retomber lourdement sur le meuble. De la vaisselle est projetée à travers le salon, heurtant de temps à autre des officiers. Les crucifix accrochés au mur tournoient, d’abord lentement, puis rapidement avant de tomber soudainement au sol. On entend le grincement lointain des meubles se mouvoir, des chaises tomber et des portes claquer.


Marcia, alors assise sur le fauteuil à bascule devant la télé, se retrouve projetée à terre subitement. Les pompiers et officiers de police chercheront à déplacer le fauteuil, sans succès. Le fauteuil reste de marbre, impossible à soulever. Finalement, tout le monde abandonne. Les Goodin expliquent qu’ils subissent ces phénomènes sinistres depuis déjà plusieurs années et que rien ni personne n’a su les expliquer. Les officiers finissent par s’en aller, indiquant dans leur rapport que des nuisances d’origine inconnue surviennent dans la maison du 966 Lindley Street, sans donner davantage de détails quant à l’identité de l’inconnu.



Partie 3 : Médiatisation et enquête des Warren


Les locaux s’attroupent devant la maison © 2021 Patch Media.

Le nombre de témoins de ces manifestations occultes fait de la maison au 966 Lindley Street l'objet d’une curiosité malsaine dans les jours qui suivent. Alors que le film L’Exorciste (William Friedkin, 1973) vient tout de juste de paraître au cinéma, les locaux sont persuadés qu’une histoire similaire est en train de se produire. Ils accourent alors les jours suivants, devant le logement, prêts à capter un quelconque événement. Les journaux locaux s’emparent de l’intrigue et se délectent des manifestations dont font écho les pompiers ou les officiers de police. Une véritable marée humaine, plus de deux-mille personnes, vient assister, l’œil aguerri, aux fouilles des policiers qui continuent pendant encore quelques temps et l’étude des architectes afin de connaître l’éventuelle origine de ces phénomènes. Un aumônier est même présent, dans le but de bénir la demeure. Il déclare devant tout le monde, même devant les officiers, qu’aucune présence maléfique n’est présente dans le domicile.


Apercevant les journalistes défiler chaque jour chez les Goodin, les curieux perdent peu à peu leur intérêt, estimant qu’il s’agit peut-être d’un coup monté. La rumeur grossit, tant et si bien que le capitaine de police finit par déclarer que ces événements ont été commis et perpétrés par Marcia, la fille des Goodin : « Comment une fillette aurait-elle pu faire léviter un réfrigérateur, capitaine ? ». Mais l’histoire, pour la ville de Bridgeport, s’arrête dorénavant ici. Ennuyés, on ne s’intéresse plus à cette banale histoire de famille. Pour les Goodin toutefois, l’enfer continue. Ils s’en remettent dans un premier temps à un prêtre spécialisé dans l’occulte, qui se fait rapidement chasser de la ville après avoir déclaré que la maison était bel et bien hantée par un poltergeist.


Le couple Warren devant la maison de Lindley Street © Pinterest 2021

Remontée aux oreilles des Warren, l’affaire intrigue le célèbre couple d’enquêteurs du paranormal. Ils ne perdent pas une seconde, contactent la famille Goodin et se rendent sur place afin d’investiguer les lieux. Lorraine, qui dispose d’une sensibilité médiumnique accrue, s’aventure dans les pièces, de plus en plus mal à l’aise. Prise de nausées, elle doit même sortir et reprendre ses esprits un instant. « Il y a quelque chose de malsain dans cette maison, il y a des forces occultes ». Le couple Warren est lui-même témoin de phénomènes surnaturels, Lorraine gardera même précieusement dans une boîte les morceaux d’un crucifix qui a explosé devant eux.


« Mais qui peut bien nous faire ça ? » ne cesse de demander la famille Goodin. Pour les Warren, tout porte à croire que la présence de Marcia n’est pas acceptée dans la maison, et la tristesse ressenti par la fillette accroît les événements surnaturels. Selon eux, la mort du garçon de sept ans, jumelée au chagrin des parents et le rejet de Marcia seraient à l’origine de ces esprits occultes : « Votre malheur et celui de Marcia ont dû attirer des entités néfastes dans votre demeure. Ces entités cherchent définitivement à vous nuire ».


Les Goodin ne se feront pas prier. Ils mettront en vente leur maison quelques semaines après, et, ne trouvant pas acquéreur, décideront tout de même de quitter les lieux maudits. Disparue des radars, la famille ne fera plus jamais entendre parler d’elle, préférant rester discrète quant à leur passé. Les parents Goodin décéderont quelques années plus tard, et la petite Marcia devenue adulte déménagera de l’État. Cette affaire sera restée dans les mémoires durant des semaines de par le nombre de témoins ayant assisté à des manifestations paranormales. Jamais un cas paranormal n’aura été autant documenté et médiatisé !


Une question reste néanmoins en suspens : était-ce vraiment la maison qui était hantée ? Se pourrait-il que le fils décédé des Goodin soit à l’origine de ces tragiques événements ? Ou bien Marcia, qui paraissait toujours triste ? La famille a-t-elle gardé dans ses bagages le monstre qui les terrorisait ? Seule la maison au 966 Lindley Street connaît la vérité sur cette histoire des plus effroyables.


- Amandine