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La Llorona

Depuis le XVIe siècle, le fantôme de La Llorona hante les fleuves du Mexique. Mais qui est-elle ? Une légende urbaine ou une réalité ?


La Llorona est le fantôme d’une femme habillée de blanc. Elle arpente, en pleurant, les rivières et les criques du Mexique, à la recherche d’enfants qu’elle pourrait noyer. Quoi que vous fassiez, ne sortez jamais à la nuit tombée ou La Llorona vous emportera.


Il semblerait que cette légende soit un mélange entre plusieurs faits, puisqu’il existe différentes versions ne dépeignant pas forcément cette femme de la même manière.

La première légende est la plus populaire. Elle est inspirée de l’histoire de Maria, une jeune femme venant d’un milieu pauvre, mariée à un homme certes riche mais alcoolique et coureur de jupons. Malgré cela, elle l’aimait intensément et espérait qu’il changerait ses habitudes pour elle ; ce qu’il fit. Mais cela ne dura pas longtemps. : en effet après qu’elle eut accouché de deux garçons, son époux se mit à disparaître pendant des mois sans explications.


Un jour, il prit la décision de quitter Maria pour une femme de son rang. Il ne venait plus que pour voir ses enfants. Jusqu’au jour où la pauvre femme et ses deux garçons, qui se promenaient le long d’une rivière, virent un fiacre s’arrêter près d’eux, avec à l’intérieur son ancien époux accompagné de sa magnifique femme et de leur petite fille. Le père des deux garçons leur adressa la parole en ignorant complétement Maria puis il repartit. Dans un instant de rage, Maria jeta alors ses enfants dans la rivière et les regarda se noyer. Quand elle reprit ses esprits, il était trop tard, elle commença à chercher ses enfants le long de la rivière en pleurant. Elle retourna en ville, en larmes et hurlant à la mort, dévastée par la perte de ses garçons. Quelques temps plus tard, on la retrouva morte au même endroit où elle avait noyé ses enfants.


Arrivée aux portes du Paradis, on lui demanda ce qu’étaient devenus ses enfants. N’ayant pas de réponse à donner, elle fut condamnée à errer entre la vie et la mort à la recherche de ses garçons. C’est ainsi qu’elle peut être aperçue le long de la rivière Santa-Fe, à la recherche d’enfants à noyer, pour que d’autres parents puissent ressentir la douleur qu’on lui fait endurer éternellement.


Cependant, il existe des sources plus anciennes qui rapporteraient cette légende à une déesse Aztèque du nom de Cihuacoatl. Mi-femme mi-serpent, elle est la déesse de la maternité ainsi que de la fertilité. Elle est également considérée comme la première femme arrivée sur Terre, et donc la mère de tous les aztèques et de leurs dieux. Dans cette version de la légende, s’habillant en blanc, elle passe ses nuits à errer en pleurant et en gémissant. Beaucoup de personnes pensent qu’elle errait le long des rivières en pleurant pour alerter de l’invasion des conquistadors.


Mais ce n’est pas tout, dans la première légende que je vous ai présentée, le mari d’un haut statut est dépeint dans différentes versions comme étant en réalité un conquistador espagnol. On lui attribue même un nom : Hernan Cortés (1487-1547). Ce nom vous est sans doute familier puisqu’il est connu pour avoir dirigé l’expédition espagnole qui permit de découvrir l’empire aztèque. Il se serait mis en couple avec une femme aztèque du nom de Maria, qui était également son interprète, et l’aurait quittée pour se marier avec une espagnole. C’est alors que Maria, rejetée par son peuple et couverte de honte, aurait décidé de se venger en tuant les enfants de Cortés.


Dans d’autres versions, Maria est présentée de façon plus sombre. Une femme vénale passant son temps à faire la fête jusqu’à en oublier ses enfants. Elle les oublie tellement qu’un soir en rentrant, elle les découvre noyés. C’est pour cette négligence qu’elle fut maudite. N’oublions pas que La Llorona a été aperçue un peu partout en Amérique latine, et pas seulement au Mexique. De ce fait, les versions changent de régions en régions.


Il existe également des histoires vraies impliquant La Llorona. En 1986, dans la ville de Houston (Texas, Etats-Unis), Juana Leija essaie de tuer ses sept enfants en les jetant dans le bayou. Deux enfants décèderont. Juana expliquera son geste en disant être La Llorona. En réalité, elle souffrait de troubles bipolaires mais surtout du fait que son mari la battait. Elle ne pouvait plus supporter sa vie et après un violent coup, elle commença à entendre une voix dans sa tête qu’elle désignait comme étant celle de La Llorona.


Les racines de cette légende semblent être floues. C’est ce qui en fait sans doute sa puissance de longévité. Une histoire dont on ne sait pas ce qui est vrai ou faux, qui rentre dans l’inconscient collectif et qui est constamment modifiée. La Llorona représente un symbole fort de l’identité mexicaine. De plus, de nombreuses chansons et films ont été écrits en son honneur.. Le dernier film datant de 2019, « The curse of La Llorona », passé inaperçu en France puisqu’il a été renommé « La malédiction de la Dame Blanche », alors que ce film dépeint bien la légende de La Llorona.


On peut penser que cette histoire puisse tirer son origine de la rencontre entre les aztèques et les espagnols et que, la tradition orale étant de mise à cette époque, l’histoire s’est peu à peu déformée. Il existe souvent une part de faits réels dans les légendes mais il est difficile d’en avoir des preuves, c’est cette part de vérité qui nous attire.


N’oubliez pas que si vous rêvez de La Llorona et qu’elle enlève son voile pour vous montrer son visage, c’est qu’elle vous a choisi pour l’aider à retrouver ses enfants une fois que vous serez mort.


Eloïse