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La Combustion Humaine Spontanée : Entre Explication Médicale Et Paranormale.

Mis à jour : 26 mars 2020

C'est en 1672 que le premier cas de combustion humaine spontanée apparaît dans les archives médicales. Une femme seule et alcoolique est retrouvée carbonisée dans son appartement un matin. Aucune trace de matériel combustible à proximité, et les meubles n’ont subi aucun dommage. Est-ce possible que le corps de cette jeune femme ait pris feu seul ? Les médecins s’interrogent sur les réelles causes de ce phénomène. En effet, les victimes sont principalement des femmes pauvres et alcooliques. Le docteur Guionnet écrit ceci : « La combustion humaine ne frappe pas au hasard, et il est aisé de mesurer la dimension moraliste et punitive d’un tel phénomène, réservée quasi-exclusivement à la femme alcoolique, littéralement dévorée par un feu intérieur, débordée par la violence de ses passions ». Mais l’explication du châtiment divin va rapidement être abandonnée au profit de recherches scientifiques.


©Mohamed Noussi

Au siècle des Lumières, la théorie de Lecat reprend l’idée d’un châtiment exclusivement réservé à la femme : les passions qui animent celle- ci seraient le déclencheur du feu intérieur. Mais à la fin du XVIIIe siècle, on abandonne l’idée d’une simple punition tombée du ciel. Les scientifiques évoquent le rôle de l’ivrognerie dans le déclenchement de la combustion humaine spontanée. L’incendie serait provoqué par le rapprochement entre un objet combustible et le corps imbibé d’alcool. Cette idée est largement soutenue par la préoccupation croissante accordée à l’ivrognerie à cette époque : avec l’essor de l’industrie de l’alcool, de plus en plus de personnes sont sujettes à l’alcoolisme. Les médecins, qui n’ont pas encore les capacités de soigner les personnes atteintes de cette maladie, voient dans la combustion humaine spontanée un moyen de dissuader la population. Néanmoins, les médecins qui défendent cette théorie peinent à avancer de réels arguments scientifiques, d'autant qu'ils sont souvent contredits par des chercheurs plus sceptiques. Les théories des détracteurs de la combustion humaine spontanée reposent sur plusieurs faits : déjà, même un taux d’alcool conséquent ne peut suffire à rendre inflammable un corps humain. Et puis, rappelons-le, le corps humain est composé à 70% d’eau. Comment serait-il possible qu’il prenne feu ? La théorie s’essouffle alors rapidement, jusqu’à complètement disparaître des discours médicaux dans les années 1850.


Près d’un siècle après, plusieurs scientifiques décident de s’intéresser à nouveau au phénomène de combustion spontanée, qui n’a toujours pas été expliqué. En 1965, une nouvelle expérience scientifique permet de prouver que malgré la présence à 70% d’eau dans le corps, la graisse humaine peut entretenir sa propre combustion. Autrement dit, une fois que le corps commence à brûler d’un côté, le feu sera auto-entretenu par la graisse, qui dégage elle-même de la chaleur. Cette expérience, réalisée par un médecin légiste anglais, docteur Gee, réhabilite la combustion humaine qui s’explique alors par cet « effet bougie » comme il l’appelle ; mais il abandonne le caractère spontané de celle-ci. Par ailleurs, cette explication concorde tout à fait avec la prédominance des femmes alcooliques parmi les victimes : celles-ci sont plus sujettes à développer du surplus adipeux, et donc à entretenir la combustion lorsqu’elle s’est déclarée.


Mais les chercheurs s’interrogent alors sur le foyer de l’incendie : quels objets ont été à l’origine du début de combustion des victimes ? À ce titre, les scientifiques replongent dans les archives médicales et découvrent rapidement la supercherie orchestrée par les partisans de la combustion humaine spontanée. Ceux-ci avaient volontairement oublié de préciser qu’à chaque fois, la victime avait été exposée à une source de chaleur potentiellement combustible. Un vêtement, une cheminée, ou encore une cigarette : il y avait toujours un objet inflammable près d’eux. Autre information importante, les extrémités du corps étaient souvent les seuls membres toujours présents, à savoir les mains et les pieds. Cela s’explique par le taux de graisse présent, beaucoup moins important que dans le reste du corps : les extrémités sont donc moins facilement inflammables que le reste.


©Van Gogh

Les amateurs de paranormal tentent en vain de défendre la théorie, mais n’arrivent pas à convaincre : aucun cas de combustion humaine n’a été déclenché sans la présence d’un combustible. Les quelques témoignages de personnes ayant pris feu soudainement, ne pouvant être vérifiés, tombent rapidement dans l’oubli.

Dans les années 2010, le phénomène fait à nouveau l’objet de recherches qui confirment les résultats obtenus quelques décennies auparavant. Le docteur Palmiere, travaillant à Genève explique : « Tout se passe comme si le corps brûlait comme une bougie, la graisse humaine étant la cire tandis que les vêtements enflammés et imbibés de graisse servent de mèche. Ayant pris feu, les vêtements brûlent la peau qui, une fois carbonisée, se fissure. La graisse sous-cutanée s'écoule alors, entretenant le long processus de combustion. Elle ne brûle que lorsque sa température atteint au moins 250 °C. ». Les principales victimes étant buveuses et fumeuses, cet état de fait conforte les médecins dans l’idée que la combustion n’est pas spontanée, mais bien déclenchée par un facteur environnant. L’individu, alcoolisé, s’endort et ne réalise donc pas qu’il est en train de prendre feu à cause de la cigarette qui est tombée sur lui. Les antécédents médicaux de ces personnes peuvent également expliquer les cas où les victimes sont déjà décédées avant que la combustion ne commence. Le mystère a donc bien été levé sur la combustion humaine spontanée, pas si spontanée.

Salomé