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La Bête du Gévaudan, entre mythe et réalité

Mis à jour : 22 mai 2019



© csp_cynoclub/Fotosearch


Trois ans. C’est le temps qu’il faudra aux Lozerois, pour retrouver goût à la vie. Trois ans en proie à une terreur constante, ne sachant s’ils verraient le jour d’après.

Son nom ? Le monstre. La bête. Le Loup-Garou. Ou encore Satan. D'où sort-il ? Pourquoi agit-il de cette façon ? Pourquoi tant de cruauté ? Ce monstre qui aurait sévit dans le pays du Gévaudan en Lozère, ne nous a toujours pas livré tous ses secrets. Encore aujourd'hui, personne ne peut déterminer avec certitude ce qui s’est réellement passé.



Cette fois, ce n’est pas à la nuit tombée que nous devons avoir peur...


Tout commence au printemps 1764 avec l’attaque d’une jeune femme, dans la commune de Langogne en Lozère. Alors qu’elle garde son troupeau de bœufs, une bête jaillit de nulle part et commence à s’attaquer à la jeune bergère. Ses bœufs, en groupe, réussirent à faire fuir la bête. Premier échec pour celle-ci.

Peu de temps après, Jeanne Boulet, une adolescente de 14 ans fut retrouvée morte. Son corps semblait avoir été dévoré. Elle est considérée comme la première victime de la créature, première d’une très longue liste.


Sa description est effrayante, presque surréaliste « Une bête avec une très grosse tête, des flancs rougeâtres, avec une bande noire tout au long du dos, une queue très touffue et des pattes larges munies de grandes griffes. »

Le loup qui est bien connu des paysans de l’époque, est le premier suspect potentiel. Mais les attaques continuent et deviennent de plus en plus troublantes.

Que la personne ou la chose s’en prenne à un enfant ou à une personne isolée est une stratégie classique. Cependant, elle n’hésite pas à s’en prendre à des groupes, comme si elle savait d’avance qu’elle remporterait le combat. Elle attaque également en plein jour et ne le fait pas seulement pour se nourrir. Elle déchire les chairs, décapite. Les habitants du Gévaudan commencent à l’appeler « la Bête » et à juste titre puisque sa nature reste inconnue.


Cette chose est dotée d’une agilité hors norme, de cruauté et échappe à toutes les attaques, ce qu’un simple animal ne peut faire. À plusieurs reprises durant ces trois années, l’animal a été blessé. Pourtant, il s’est toujours relevé pour s’enfuir.

NB : « À cette époque, on croit en Dieu mais aussi au Diable, aux sorcières et aux Loups-Garous. Ces croyances « païennes » font partie du catholicisme. »


C’est alors que les gazettes du royaume s’emparent de ces faits mystérieux dans plusieurs articles. Le roi Louis XV réagit et fait venir des spécialistes chasseurs de loups : en juin 1765 il envoie son porte arquebuse François Antoine, accompagné de six autres bon tireurs afin d’abattre cette fameuse bête. En une seule année, elle a déjà tué, dévoré et déchiqueté plusieurs dizaines de personnes. Beaucoup l’ont vu, certains disent même l’avoir entendu parler et rire.

Et malgré les battues organisées, le carnage continu. Trois mois plus tard, toujours aucun résultat.

François Antoine décide alors de partir aux environs de l’abbaye de Chaze en Auvergne où la présence de la bête n’a jamais été signalée. Pourtant, il rentre à Versailles avec la dépouille d’un loup de grande taille. Pour la cour et la presse, l’affaire est close. Mais les attaques continuent jusqu’en 1767.



Une récompense de 6000 livres pour quiconque tuerait la bête


© Archives départementales de la Lozère

L’hypothèse d’un tueur en série, agissant dans l’ombre et utilisant l’animal pour camoufler ses pulsions n’est pas à écarter. Cela expliquerait pourquoi elle a échappé à tant de battues. Grâce à cette protection, elle aurait été préservée des coups de lames et des balles qu’elle a reçue à plusieurs reprises, sans paraître en souffrir. La bête aurait pu être cachée et soignée lors de ses longues périodes d’inactivité (jusqu’à cent vingt jours sans attaques) ou durant ses périodes de chasses. Malgré les doutes concernant le garde-chasse Jean Chastel, aucune preuve ne vient étayer cette théorie.


Jean Chastel : Serial killer ?


Jean Chastel était le garde-chasse marginal du Gévaudan, surnommé « de la masca », qui signifie « fils de la sorcière ». Il était aussi connu pour être meneur de loups (la domestication du loup était vue comme de la sorcellerie à l’époque). Lors d’une battue en juin 1767, il abat à l’aide de balles en argent béni, « un animal de grande taille, ressemblant à un loup ». Aussitôt envoyé à Versailles pour présenter la dépouille au roi, ce dernier ne pourra la voir en raison de la puanteur qu’elle dégageait suite à sa décomposition. Seul, le zoologiste Buffon l’examina et en conclut que c’était bien un loup. D’autres experts pensent à la théorie d’un hybride : un loup croisé avec un chien, certains documents étayent d’ailleurs cette théorie. C’est à ce moment-là que les attaques cessèrent. Jean Chastel avait-il réussi à tuer la bête du Gévaudan ? Comment un seul homme avait-il put avoir le monstre alors que les battues organisées se soldèrent toutes par des échecs ? Avait-il un lien avec elle ? De nombreux soupçons ont toujours pesé sur lui. Et malgré son statut de héros, à sa mort, sa maison fut brûlée et du gros sel jeté sur les cendres.

NB : Selon les dires de l’époque, l’animal serait enterré dans le parc de Versailles. Sa dépouille serait d’ailleurs toujours présente.


La bête du Gévaudan ne serait pas un cas isolé


Plusieurs cas de « bête » virent le jour à travers les siècles. Ainsi nous avons la bête de Caen (1632-1633), la bête d’Évreux (1633-1634), la bête de Bennais en Touraine (1693-1694), la bête de l’Auxerrois (1731-1734), la bête du Lyonnais (1754-1756), la bête de Brive (1783), la bête du Vivarais (1809-1816), la bête du Cézallier (1946-1951) et la bête des Vosges (1977-1988) qui a mystérieusement disparu comme elle est apparue. En 2011, soit 23 ans d’absence réelle, une nouvelle « bête » fit son apparition, attaquant plusieurs troupeaux de moutons dans les Vosges. À ce jour, sa nature reste inconnue.

Cette créature qui apparaît à chaque siècle agit-elle sous l’influence d’un homme ou sort-elle tout droit de notre imaginaire ? Est-elle une seule et même bête revenant à chaque siècle pour déchaîner sa colère ? Difficile de répondre à ces questions avec exactitude. Seule certitude : elle finira par réapparaître, au moment où on l’attendra le moins.



© Thierry Planche

Accusée de près de 200 attaques sous le règne de Louis XV, revêtant l’apparence d’un Loup-Garou, d’un monstre apocalyptique ou encore de Satan, la Bête du Gévaudan n’a jamais révélé sa vraie nature. Les attaques, la manière de tuer, la résistance aux balles, l’agilité et la rapidité de mouvement : tout semble concorder pour écarter la théorie d’un simple animal. Le mystère autour de cette bête reste entier et toutes les pistes sont envisageables.


Roxanne