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L'ombre de Saint-Nicolas, un esprit maléfique.

L’ombre de Saint-Nicolas ou le Krampus est un être anthropomorphe mi-démon, mi-chèvre, dont le devoir est de punir les enfants n’ayant pas été sages pendant l’année. Il se réserve le début du mois de décembre pour parader dans les rues d’Allemagne ou d’Autriche. Il s’agit d’un folklore d’origine païenne dont l’Église n’a pas su se débarrasser. Comment cet être maléfique a-t-il réussi à ne pas être étouffé par le catholicisme ?


Saint-Nicolas (Nicolas de Myre) est l’équivalent de notre père Noël pour les pays germaniques, la fête se déroule le 6 décembre. Alors qu’il était évêque, au IVe siècle, il distribua tout son or aux plus pauvres ainsi qu’à un homme afin qu’il ne prostitue pas ses filles. Aujourd’hui, cette fête consiste à offrir des cadeaux à notre famille, pour symboliser cet acte de générosité.


Cependant, il existerait une créature démoniaque apparaissant chaque 5 décembre, avant la Saint-Nicolas, lors de la krampusnacht (nuit du Krampus). Celle-ci privilégie la froideur des nuits alpines pour se laisser aller à des rapts d’enfants. Habillée de chaînes, la créature se fait entendre de loin par les habitants des villages par lesquels elle passe. Elle vient chercher les vilains enfants qui seront fouettés par ses mêmes chaînes où alors par des branches de bouleau. Armée de ses longues griffes, elle les enlève les uns après les autres, ne leurs laissant aucune chance. Ce démon mihumain, mi-chèvre, se dresse sur ses sabots avec ses longues cornes et sa langue immense, pour repérer ses proies. Accompagné d’elfes et d’une multitude de créatures maléfiques, le Krampus remplit sa hotte de Noël avec les enfants les plus méchants. L’ombre de Saint-Nicolas sait tout.


Sur cette représentation traditionnelle, on constate que le Krampus tient dans sa main gauche des branches de bouleau pour frapper les enfants. Autour de ses poignets, se trouvent des chaînes et dans son dos une hotte avec deux enfants kidnappés à l’intérieur.


Le 5 décembre, quand se déroule la Krampuslauf (course au Krampus), les hommes parcourent les rues, habillés en Krampus, pour faire peur aux femmes et aux enfants. Il s’agit d’une tradition très forte, puisque le Krampus est amené à défiler avec Saint-Nicolas, ils sont indissociables. Pourtant cette créature est bien plus ancienne que Saint-Nicolas, son existence se rapporterait aux traditions alpines préchrétiennes. Quand le catholicisme se répand en Europe, les fêtes païennes sont peu à peu remplacées par la Saint-Nicolas (vers le Xe siècle).


Cependant, certains peuples continuent de vénérer un de leurs dieux, afin que les hivers ne soient pas trop rudes. Il s’agit du Dieu Cornu. À défaut de pouvoir l’éradiquer au profit du catholicisme, les catholiques sont obligés de l’intégrer aux côtés de Saint-Nicolas. Peu à peu, ils transforment ce dieu en démon afin de détourner les païens de leurs croyances. Les chaînes que porte le Krampus, représenteraient sa servitude envers l’Église. Le terme « Krampus » vient de krampen qui signifie « griffe » en allemand. En bref, tout est fait pour que ce dernier vestige de croyances polythéistes soit perçu comme contraire à la religion. En le transformant en un être démoniaque, le catholicisme renforce la foi en Saint-Nicolas, le Krampus punit, il fait le mal, alors que Saint-Nicolas récompense, ainsi personne ne veut devenir comme le Krampus. Ce dernier est souvent représenté accompagné d’Elfes, ce qui évoque également les croyances païennes alpines.


Aujourd’hui, les fêtes dédiées au Krampus ont toujours autant de succès, les parades attirent petits et grands. En regardant les tenues des Krampus, on peut constater le travail minutieux qu’ont requis les masques. Il s’agit d’une tradition : chaque personne fabrique son propre masque et sa propre tenue.


Saint-Nicolas n’aurait pas pu vivre sans le Krampus, commeBatman sans le Joker. Les catholiques ont repris les fêtes païennes (où l’on offrait déjà des cadeaux aux enfants), ce qui permit aux païens d'avoir une transition plus douce vers le catholicisme, puisque ces derniers reprenaient des codes déjà connus des païens. Autrement dit, le catholicisme s'est servi des figures païennes pour faire accepter sa religion plus facilement.


Eloïse