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L’impact psychologique du viol sur les victimes

D’après les estimations rapportées sur une étude de 2016 intitulée « Violences et rapports de genre », la proportion de victimes de violences sexuelles au niveau national est la suivante : 14,5 % des femmes françaises, face à 3,9 % des hommes. Il reste important de souligner que, malgré la libération de la parole ayant eu lieu ces dernières années, le sujet reste encore extrêmement tabou pour une grande partie des martyrs qui n’osent pas encore en parler.


Cet article a pour vocation d’aider. Plus simplement, c’est ce que j’aurais aimé pouvoir lire après avoir été moi-même victime. Un article me prévenant de l’impact d’un viol sur la psychologie des victimes, sur les ressources d’aides disponibles, sur les manières de se reconstruire... Malgré tout, la subjectivité présente dans cet article est à garder en mémoire durant la lecture.


Manifestation contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, à Paris, le 24 novembre 2018. (MAXPPP)

ÉTAPE 1 : La phase aiguë.

Le Rape Abuse and Incest National Network fait la différence entre trois types de comportements pouvant survenir durant la période critique succédant immédiatement au traumatisme :


-L’extériorisation : la victime est agitée, hystérique et peut souffrir de crises d’angoisses ou de pleurs violentes.

-Le contrôle : la victime parait vidée d’émotions et agit « comme si rien ne s’était passé ».

-Le choc et l’incrédulité : la victime est désorientée, elle peut avoir du mal à se concentrer ou à prendre des décisions.


Les symptômes physiques ou psychologiques faisant suite à l’agression peuvent être les suivants :


-Torpeur psychologique ou physique.

-Des fonctions sensorielles, affectives ou mémorielles endommagées.

-Des difficultés à organiser ses pensées.

-Des nausées et vomissements.

-De l’anxiété.

-Des tremblements incontrôlés.

-Une obsession de la propreté.

-Des crises de pleurs ou de confusion.

-Une sensibilité accrue aux actions d’autrui (des paroles anodines pouvant devenir blessantes, des comportements normaux apparaissant soudainement comme menaçant aux yeux de la victime).


ÉTAPE 2 : La période d’ajustement.

Une fois que cette première phase aiguë est passée, la victime semble reprendre le cours normal de sa vie. Cen’est pour autant pas le cas, la majorité des troubles n’étant pas visibles aux yeux de l'entourage. Cinq types de mécanismes de défense peuvent être retrouvés, certaines victimes alternant entre plusieurs d’entre eux :


-La « minimisation » : la victime fait semblant d’aller bien. Elle peut parfois le croire, jusqu’à ce que le cerveau ait repris assez de force pour faire face à la réalité.

-La « dramatisation » : la victime n’arrête pas de parler des faits.

-La « suppression » : la victime refuse de parler des faits.

-« L’explication » : le martyr tente par tous les moyens d’analyser ce qui lui est arrivé.

-La « fuite » : la victime déménage dans une autre ville ou à l’étranger, elle change drastiquement son apparence ou son comportement.


Certains signes sont généralement présents chez les victimes lors de cette même phase :


-Une mauvaise santé : des troubles psychosomatiques (soit des troubles physiques causés ou aggravés par des facteurs psychiques) peuvent apparaître. On retrouve une grande proportion de victimes souffrant de douleurs à la tête, au thorax, aux membres ou à la gorge, sans cause précise.

-Des troubles de l’anxiété.

-De l’hypervigilance (une surveillance constante de l’environnement pour repérer de potentielles menaces).

-Une incapacité à maintenir des relations sociales.

-Un syndrome dépressif.

-Des sautes d’humeur.

-Une colère extrême.

-Des troubles du sommeil (insomnie, hypersomnie, terreurs nocturnes, cauchemars récurrents).

-Des flash-back.

-Des états de dissociation (l’impression que son esprit est détaché de son corps).

-Des crises de panique.


Cette phase peut durer des années, durant lesquelles la victime peut paraître relativement « normale » aux yeux de son entourage. Ce n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg qui leur est visible. Si la victime peut avoir l’air de reprendre sa vie en main et de revenir à la normale, elle peut en réalité développer des phobies ou des troubles du comportement alimentaire et parfois sans même s’en rendre compte.


© Stocklib / Khoon Lay Gan

ÉTAPE 3 : La renormalisation.

Durant cette étape, la victime arrive à reconnaître l’impact que le viol a pu avoir sur elle. Elle peut donc ainsi sortir du déni, ou bien prendre conscience des mécanismes de défense qu’elle a pu développer au fil du temps. Elle arrive à ne plus considérer l’agression sexuelle comme l’élément central la définissant. Elle arrive également à dépasser ses sentiments de honte et de culpabilité. En effet, une grande majorité des victimes ressent un sentiment de culpabilité très fort suite aux agressions subies, notamment à cause de l’état de sidération.


L’état de sidération est, selon France Info : une « réaction à l’angoisse extrême subie lors d’un viol ou d’une violence […] la victime est tétanisée, ce qui lui permet de diminuer sa souffrance physique et psychique […] et ne peut réagir. » Après les faits, la victime peut se blâmer de ne pas s’être débattue, de ne pas avoir assez dit non, ou peut parfois même se dire qu’elle s’est laissée faire. La victime peut même en venir à douter de la véracité de ce qu’elle dit avoir subi, remettant sa propre parole en doute. La libération de ce sentiment de culpabilité n’arrive pleinement que pendant la phase de renormalisation.


Près de la moitié des victimes de viol développent un trouble de stress post traumatique (TSPT) suite au traumatisme vécu. Si les premiers symptômes apparaissent généralement trois mois après les faits, cela peut varier, et l’apparition peut arriver bien des années après. Une victime souffrant de TSPT évite volontairement de penser au trauma, ou de se laisser ressentir des émotions y étant associées. Cet évitement peut parfois se transformer en amnésie post-traumatique (APT). L’amnésie en question peut concerner le traumatisme en lui-même, les mois voire les années le précédant et le suivant. Certaines victimes ne se souviennent que de bribes d’informations sur les années ayant encadré leur agression sexuelle. L’amnésie post-traumatique pousse la victime à ignorer son état de victime et le traumatisme vécu en le faisant continuer à vivre « normalement ». L’APT est pourtant à l’origine de nombreuses difficultés annexes rencontrées par la victime. La mémoire de cette dernière ayant été touchée, cela peut affecter ses capacités mémorielles et cognitives. Elle peut donc soudainement ne plus arriver à se concentrer, ne plus pouvoir apprendre une leçon, retenir des informations ou des rendez-vous. Les victimes d’APT ayant du mal à se concentrer ou à garder le fil de leurs pensées intact, elles peuvent rencontrer des difficultés à tisser des liens sociaux, n’arrivant pas par exemple à raconter une histoire simple pendant une conversation sans être déconcentrée ou oublier des pans entiers de l’histoire en question.


Il est pourtant possible d’arriver à se remettre d’un tel traumatisme. Parler est la clef de la guérison. Un suivi psychologique est extrêmement important, afin d’obtenir de l’aide d’un professionnel formé. En effet, en discuter avec ses proches peut aider, mais ils ne pourront pas toujours avoir les bonnes réponses. Un suivi par un psychologue n’est généralement pas remboursé par la sécurité sociale, alors qu’un suivi psychiatrique peut l’être s'il est prescrit par un médecin traitant (avec l’aide d’une mutuelle complémentaire pour la dizaine d’euros non remboursée par séance si le psychiatre n’effectue pas de dépassements d’honoraires). Il existe plusieurs types de thérapies, c’est pourquoi il est important d'en discuter au préalable avec un médecin traitant afin qu’il vous oriente vers des psychiatres qui sauront vous apporter la thérapie la plus adéquate. Il arrive qu’un.e psychiatre ne convienne pas à son patient ou inversement, et il ne faut pas avoir peur d’en essayer plusieurs.


Des séances d’EMDR peuvent également être très bénéfiques aux victimes. L’EMDR, ou la désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires, est une thérapie qui, selon EMDR-France.org :« utilise une stimulation sensorielle bi-alternée qui se pratique par mouvements oculaire – le patient suit les doigts du thérapeute qui passent de droite à gauche devant ses yeux – mais aussi par stimuli auditifs […] ou tactiles ». Cette thérapie aide la partie du cerveau affectée par le trouble de stress post-traumatique à refonctionner normalement, comme un téléphone qui aurait besoin d’être réinitialisé. Il est important de bien se renseigner sur les psychologues pratiquant l’EMDR, ainsi que sur leurs formations afin de trouver une personne digne de confiance. C’est également le cas si vous souhaitez vous tourner vers un.e hypnothérapeute, pratique pouvant également être salvatrice si effectuée par un.e soignant.e bien formé.e.


La reconnaissance officielle du statut de victime juridiquement parlant peut représenter une libération pour certaines personnes. Il peut être extrêmement intimidant de se lancer dans une procédure judiciaire longue et coûteuse. Si vous souhaitez entamer des démarches, il faut commencer par aller porter plainte au commissariat. Pour rappel, le refus du dépôt de plainte est interdit par la loi : votre plainte doit être prise si vous en faites la demande. Pour des victimes mineures, les parents devront être mis au courant. Il est très important d’être bien entouré lors du déroulement de la procédure, que cela soit pour le dépôt de plainte, la reconnaissance potentielle des lieux, la confrontation avec l’accusé, les réceptions régulières de courriers du tribunal etc… Quant au coût de la procédure, votre assurance peut prendre en charge les frais de votre avocat.e.


Voici quelques liens et numéros utiles aux victimes et proches de victimes :39 19 : Numéro d’écoute, d’information et d’orientation pour les femmes victimes de toutes formes de violences. Il est anonyme, gratuit, 7j/7 de 9h à 22h la semaine et de 9h à 18h le week-end et les jours fériés.0800059595 : SOS Viols Informations, numéro destiné aux victimes et à leurs proches, anonyme et gratuit, du lundi au vendredi de 10h à 19h.0884284637 : Numéro national d’aides aux victimes, 7j/7, de 9h à 21h, où des travailleurs sociaux pourront vous écouter, vous orienter vers des services compétents (association d’aides aux victimes, centre psycho-social…)Le site du gouvernement sur les violences sexistes et sexuelles : https://arretonslesviolences.gouv.fr/?xtor=-GOO-[]-[435669762633]-S-[%2Bviol]


Si vous êtes vous-même victime, ne perdez pas espoir. Il est possible de survivre, de s’en sortir, de ne plus y penser tous les jours ni même toutes les semaines. Il est possible de reprendre une vie normale. Il est possible de transformer cet événement destructeur en force, d’en faire une partie intégrante de son identité sans que cela ne soit un poids constant. Le chemin est long et tortueux, mais on peut y arriver. Promis.


Lucile