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L'homme dans l'espace


L’Homme en combinaison dans l’espace © Wallpaper Flare

Les scientifiques les plus chevronnés s'accordent sur la nécessité de l'être-humain à coloniser de nouvelles planètes. Si ce fantasme fait rêver, dans la pratique, sommes-nous disposés à survivre là-haut ?


La conquête spatiale

Chaque époque a apporté une nouvelle pierre à l’édifice de l’évolution et la fin du XXe siècle est le berceau des premières avancées spatiales. Les premiers pas de la conquête de l’espace se résument à l’exploration du système solaire repoussant ainsi les frontières de l’inconnu. L’objectif ultime est, comme lors des croisades, de coloniser l’espace mais, malgré la proximité de ces planètes si proches, cette aventure n’est pas sans obstacle.


Plus la technologie se développe et plus les chercheurs souhaitent conquérir cette zone inexplorée. C’est Constantin Tsiolkovski, scientifique russe, qui élaborera des plans avant-gardistes à la fin du XIXe siècle. Certains de ses essais seront repris plus tard, tant il avait trouvé des idées brillantes concernant les fusées et la vie hors de la Terre (spoiler : c’est le premier à avoir émis l’hypothèse de la planète courbée, celle que l’on peut voir à la fin du film Interstellar, et le physicien Gerard O’neill en fera un projet théorique en 1976 ; se référer à une des images plus bas). Les premières ébauches sérieuses viennent des recherches allemandes en pleine Seconde Guerre mondiale suivi par la concurrence entre l’ex URSS et les États-Unis dans le même domaine en pleine guerre froide. La « course à l’espace » pousse différentes puissances à exploiter le marché et finalement à s’unir grâce à des agences internationales comme la NASA (National Aeronautics Space Administration) ou l’ESA (European Space Agency). C’était dans l’intérêt des ÉtatsUnis de s’unir avec la Russie tant leurs spécialistes talentueux semblaient redoutables.


Les histoires à travers les galaxies sont exclusivement imaginées par des auteurs de science-fiction mais de grands événements ont eu lieu dans notre système et, à notre échelle, ce sont de grandes avancées. Le premier vol spatial orbital de notre histoire n’était autre que le satellite « Spoutnik 1 » le 6 octobre 1957 suivi de près le 12 avril 1961 par le premier vol habité par Youri Gagarine, tous deux soviétiques. Spoutnik 2 verra son premier être vivant, la chienne Laïka, lancée dans les airs où elle mourut de stress quelques heures après le lancement. Le plus connu de tous n’est autre que le premier pas sur la Lune par le fameux astronaute américain Neil Armstrong le soir du 20 juillet 1969. Il y a un peu plus de cinquante ans, cet homme prononçait, à plus de trois cents quatre-vingts mille kilomètres, cette phrase qui fera le tour du monde « C’est un petit pas pour l’homme, c’est un bond de géant pour l’humanité ». Edwin Aldrin le rejoindra afin d’y laisser une plaque commémorative ainsi qu’un drapeau américain, pionniers dans cette appropriation du satellite naturel de la Terre.


Les différents noms des explorateurs viennent simplement de leur nationalité. Ainsi les spationautes sont européens, les astronautes américains, les cosmonautes russes et, récemment, les taïkonautes chinois et les gaganautes hindi. Chacun des noms ont pour origine « espace » pour space, « étoile » pour astro, « kosmos » et « taïkong » pour univers et « gagan » pour ciel. « Naute » vient du grec et signifie navigateur.



Station spatiale internationale © 2017 SpaceCraftEarth. All Rights Reserved.

L’ISS (Station spatiale international) est la station placée en orbite terrestre, consacrée aux recherches scientifiques concernant l’environnement spatial. Elle est occupée par un équipage international permanent : la NASA a lancé le projet mais les agences spatiales russes, japonaises, européennes (brésiliennes) et canadiennes y participent activement en coopération avec les États-Unis. C’est grâce aux navettes « Soyouz » que les cosmonautes peuvent se rendre à l’ISS qui est un avant-poste important pour tous les lancements au-delà. C’est le laboratoire géant le plus cher du monde et il a l’honneur de faire le tour de la Terre en quatre vingt-dix minutes. Même si aujourd’hui les lancements nous semblent sécurisés et maîtrisés, il reste toujours des appréhensions lors des voyages et cette station reste un point central pour cette évolution spatiale.


Mais pourquoi cette envie folle de partir ?

Après un récapitulatif de l’histoire spatiale humaine, il est temps de comprendre pourquoi nous ressentons le besoin de partir. Personne n’est passé à côté de l’actualité ces dernières années et Greta Thunberg ne cesse de le répéter : nous sommes victimes de notre propre débauche. Le réchauffement climatique brûle toutes les lèvres et, même si nous cherchons encore activement des solutions pour un retour en arrière, nombreux sont les scientifiques affirmant qu’il faudra un plan B. Stephen Hawking lui-même nous conseillait vivement de nous concentrer sur l’espace tant notre réticence à adopter des solutions écologiques est lourde de conséquences.


La pollution est l’un des facteurs principaux qui entraîne la dégradation de l’environnement et, même si la nature reprend ses droits, certaines espèces animales se sont éteintes par notre faute. Parmi les nombreux facteurs nous entraînant peu à peu vers le déclin de l’humanité, nous pouvons citer : la pollution des eaux, l’exploitation forestière, le réchauffement global qui fait fondre les glaciers et perturbe les courants marins, sans parler du trou dans la couche d’ozone, ou encore du nombre croissant de la population mondiale. Les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes et les gens qui pensent que nous détruisons la Terre oublient qu’elle sera toujours présente si nous nous éteignons. Sans oublier les guerres entre les nations (guerres civiles également) et les virus mortels dont la pandémie apparue en 2019. Les exemples de grandes civilisations disparues ne manquent pas dans l’histoire seulement que le risque aujourd’hui est que toute la race humaine disparaisse pour de bon.


« On parle parfois du changement climatique comme s'il ne concernait que la planète et non ceux qui l'habitent. » Ban Ki-moon, Diplomate


Le plan B de l’humanité

Si les spécialistes ont déjà trouvé des exoplanètes habitables, il faut toutefois trouver un moyen de les atteindre. La NASA effectue de nombreux tests pour amener une première équipe sur Mars, planète la plus favorable pour une installation permanente de l’être humain. D’après « Mars Exploration Rover », robots envoyés sur la planète rouge pour étudier la géographie de celle-ci, de l’eau s’y trouve sous plusieurs formes (entre autres découvertes). Toutefois, ils n’ont pas encore de solutions pour le retour sur Terre, production de consommables sur place ou encore comment amener assez de carburant, sachant que la navette contenant celui-ci devrait consommer tout autant de carburant pour son décollage de notre planète bleue. Dirtybiology, youtubeur français et vulgarisateur, illustre ces problèmes de poids et de finances dans sa suite de vidéos « #LetsPlayScience ». Pour l’instant, la population mondiale devrait arrêter de consommer du carburant pendant une année entière pour envoyer une seule fusée avec tout le nécessaire. Actuellement, la durée d’un aller-retour pour Mars pourrait être de douze à dix-huit mois et le record de temps passé loin de la Terre est de quatorze mois d’affilé pour un soviétique dans la station Mir. Mais en admettant qu’un jour ils trouvent une solution viable, pouvonsnous concrètement vivre à long terme dans l’espace ?


Représentation du cylindre d’O’Neill © Domaine Public

« Ce qui fait l’homme, c’est sa grande faculté d’adaptation » - Socrate


Le nombre de morts dû aux expériences spatiales est anecdotique : on compte vingt-quatre morts sur cinq cent astronautes, sachant que seule une élite a pu s’envoler jusqu’à l’orbite terrestre basse (où se trouve notamment l’ISS), et que quelques-uns sont morts au lancement des premières fusées. En parallèle des recherches concernant la conquête, les chercheurs se penchent sérieusement sur les problématiques liées au corps humain. C’est en envoyant des cosmonautes sur la Station internationale pendant plusieurs mois que des études peuvent être menées. L’administration spatiale et aéronautique américaine énumère quarantecinq risques potentiels durant une mission basique.


L’une des premières conséquences serait le mal de l’espace. Aussi fou que cela puisse paraître, 40 % des spationautes sont touchés car leur oreille interne perd tout repère logique. Ce simple inconvénient peut devenir dangereux car il empêche l’équipe d’accomplir leur mission ; cependant elle se dissipe après plusieurs heures ou jours. Et si le problème se produit lors de la montée, il est évident que l’effet se reproduira lors du retour. C’est la raison pour laquelle certains astronautes s’évanouissent en arrivant sur Terre, le sang doit circuler normalement à nouveau.


80 % des enfants d’astronautes seraient des filles : les radiations qu’ils supportent tueraient majoritairement les spermatozoïdes mâles d’après les suppositions des chercheurs n’ayant pas de réelle explication à ce phénomène.


Les modifications physiques

Les conséquences physiques sont principalement influencées par l’impesanteur. Elle fait grandir de quelques centimètres mais la taille redevient normale peu de temps après le retour sur terre. Les muscles n’ont plus à lutter contre la gravité pour tenir le corps, ceux-ci nous tenant sans cesse droit, et permet donc à la colonne de s’étendre. Si ce changement physique peut amuser de prime abord, les muscles non sollicités peuvent subir un vieillissement accéléré et s'atrophier. Le sang habitué à la gravité perd le nord dans un lieu à pesanteur faible. Des machines sont à leur disposition afin de maintenir la forme de leurs muscles, mais celles-ci ne sont pas suffisantes à l'heure actuelle pour tenir le coup à long terme.


L’astronaute Aldrin lors d’une mission © Domaine Public

Les astronautes doivent avoir une santé impeccable et ne prendre aucun risque avant un vol. Leurs défenses immunitaires sont bien trop fragilisées dans un endroit aussi inhabituel et un petit virus peut poser de gros problèmes dans ce laboratoire atypique. Il semble que l'absorption des aliments et leur assimilation par l’organisme diffère également de la normale : ils manquent plus facilement de calcium en plus du fait qu’ils perdent facilement du poids car ils ne pratiquent pas un effort physique suffisant pour avoir faim. La pression intracrânienne lors de vols prolongés causerait des troubles de la vue.


S’il n’y avait que l’adaptation physique... Mais il reste encore l’exposition aux radiations naturelles et cosmiques. L’atmosphère terrestre constitue une barrière protectrice qu’ils n’ont plus dans la station et reçoivent ainsi dix fois plus de radiations que nous. Ils ont également découvert que l’ADN pouvait être modifié par cet inconvénient. À haute dose, elles peuvent endommager le système nerveux centrale et dégrader les fonctions motrices comme marcher, parler, etc.


Mais lorsqu’il s’agit de travail d’équipe, il est aussi question de cohésion, de communication et donc de psychologie au beau fixe. Le manque de sommeil peut s’avérer dangereux lors de l'exécution des tâches, mais une mauvaise entente dans l’équipe est tout aussi nocive. Le stress doit être limité au maximum et interdiction aux astronautes d’être claustrophobes. Si le confinement vous a ennuyé en mai 2020, imaginez-les six mois enfermés dans la station avec la même équipe et pour seul contact des équipiers vous parlant par radio. Tous ces facteurs peuvent mener à une dépression et perturber l’expérience.


Pour avoir toutes ces informations, des passagers ont passé de nombreux mois dans l’espace et Scott Kelly en fait partie. Un peu moins d’un an sur l’ISS l’a métamorphosé. Malgré ses deux heures d'exercices par jour une fois arrivé sur Terre, ses jambes et ses pieds, contraints au poids du corps, le faisaient souffrir. Sa peau s’est considérablement fragilisée car rarement soumise aux agressions extérieures. Les calculs rénaux semblent être monnaie courante chez les astronautes. Son jumeau, également astronaute, s’est retrouvé comparé à son frère lors de son retour, et leurs différences physiques sont dorénavant troublantes. Toutes ces précieuses informations sont maintenant connues des scientifiques et chercheurs grâce à de braves explorateurs tel que lui.


Scott Kelly et son frère jumeau après trois-cents quarante jours séparés © Domaine Public

Condamnés à vivre en combinaison

Si nous savons aujourd'hui qu'il nous faut une planète adaptée à nos besoins si spécifiques, c'est justement parce que l'espace n'est absolument pas fait pour des êtres-vivants comme nous. Les combinaisons spatiales sont des tenues complexes mélangeant rigidité et souplesse pour les mouvements. Elles ont des fonctions multiples et chacune d'elles est essentielle aux missions en extérieur :

- Fournir et recycler l'oxygène,

- Fournir un environnement pressurisé,

- Réguler la température ainsi que l'humidité,

- Résister aux micrométéorites,

- Protéger et résister au rayonnement solaire.


Cette technologie est indispensable pour tout passager devant parfois passer huit heures en dehors du vaisseau pour des constructions ou réparations en tout genre. Si nous avons l'image d'un bonhomme Michelin sautillant sur la lune, la NASA cherche activement un moyen de rendre ces combinaisons plus légères (comme une seconde peau), pratiques et moins onéreuses.


Si cette quête semble pour l'instant impossible, les chercheurs ne comptent rien lâcher. Les avancées technologiques nous permettent peu à peu d'avancer vers de nouvelles solutions. Ces petits pas pour l'homme sont effectivement décisifs pour notre avenir. Affaire à suivre de très près.


Patricia