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L'Eldorado existe-t-il vraiment ?

Un lieu exceptionnel, où les palais sont gigantesques et les diamants jaillissent de nombreuses fontaines. Une population accueillante, des banquets garnis, des mets les plus raffinés qu'il existe. Une contrée si prospère que l'or se trouve dans ses moindres recoins. Cette description n'est pas sans rappeler les chapitres XVII et XVIII de Candide écrit par Voltaire. Il y évoque l'Eldorado : un lieu utopique censé mettre en avant les idéologies des Lumières, comme l’humanisme.


Dès le XVIème siècle, les conquistadors s'intéressent aux pays outre-Atlantique afin de découvrir les trésors qu'ils cachent. Ils cherchent ce fameux « Eldorado », signifiant « le doré » en espagnol, une contrée mythique censée regorger d'or. Ainsi, en 1492, Christophe Colomb et son équipe quittent l'Espagne dans l'espoir de découvrir les Indes telles que les a décrites Marco Polo dans son récit de voyage. Celui-ci présente une contrée si riche qu'elle utilise des « papiers de monnaie » pour payer, qui sont l'équivalent de nos billets de banques et très avant-gardistes à l'époque. En revanche, l'histoire a démontré que Marco Polo avait visité l'Asie du Sud-Est et non un pays d'Amérique. Mais à l'époque, les conquistadors ne le savent pas et cherchent ce fameux lieu idyllique en Amérique du Sud.


On leur raconte la légende des indiens Chibcha : un peuple si riche que leur chef organise une fois par an une cérémonie dans laquelle il se baigne dans de l'or. Ce lac est identifié comme le lac Guatavita, perché à trois mille mètres d'altitude. On raconte que lors de cette fête, les villageois jettent des outils et des objets précieux dans le cours d'eau. En 1545, les espagnols atteignent le fameux lac et entreprennent de le vider pour trouver des tas d'or et d'objets luxueux. Ils déchantent rapidement, ne découvrant que quelques pièces d'or.


Le lac Guativita ©A. WOOLFITT/AFP

Pourtant, cette légende persiste dans les esprits. En effet, en 1636, Juan Rodriguez Freyle, rédacteur pour un journal Colombien, raconte cette cérémonie en identifiant cette fois le peuple comme étant les Musisca. Il écrit : « Sur ce lac on faisait un grand radeau en joncs, décoré autant qu'il se pouvait... Ils dévêtaient l'héritier et le mettaient nu, le recouvraient d'une terre collante et le pulvérisaient d'une poussière d'or moulue, de sorte qu'il allait sur ce radeau entièrement recouvert de ce métal. ». C'est en 1969 que des chasseurs découvrent un petit radeau en or mesurant près de vingt centimètres de long dans une grotte située en Colombie. L'embarcation ressemble à celle du récit de Freyle : fabriquée en cire avant d'être recouverte d'argile, puis de paillettes dorées. Mais cette découverte est la seule qui parait correspondre à la légende, alors les conquistadors agrandissent leur terrain de recherche, se dirigeant vers la forêt amazonienne. C'est d'ailleurs ce que fait Sir Walter Raleigh, en poussant ses recherches jusqu'en Guyane pour découvrir la fameuse contrée, sans grand succès.


Le radeau en or découvert dans une grotte ©C. M. RODRIGUEZ/MUSEO DEL ORO DEL BANCO DE LA REPUBLICA (BOGOTA)

Finalement, c'est la ville actuelle de Bogota, capitale de la Colombie, qui se revendique comme l'Eldorado. Son aéroport international porte le nom de la cité idyllique, comme pour montrer aux touristes que l'endroit est celui qu'on a cherché durant des centaines d'années. De nos jours, on peut accéder à cet Eldorado en se payant un billet pour le musée de l'or, fondé en 1939. Celui-ci donne l'impression que la ville regorge de richesses, avec plus de trois-cent-mille pièces exposées, comportant des parures et des bracelets, des colliers, ainsi que des pièces d'or en grande quantité.


En réalité, la recherche de l'Eldorado par les espagnols a toujours été une quête importante pour ceux-ci. Ils ont commencé en s'installant à Hispaniola Haiti, mais l'exploitation des richesses naturelles y a causé un dépeuplement important. En continuant leur quête en Amérique centrale puis au Mexique, les espagnols ont décimé de nombreuses populations sur leur passage. Mais ce mythe des cités d'or n'a jamais été réellement découvert. Les sceptiques expliquent l’impossibilité que l'Eldorado existe par le fait que les climats tropicaux empêchent de faire pousser des plantations, notamment en Amazonie où la terre deviendrait stérile rapidement.


Pour beaucoup, il n'y a pas eu de pays ou de contrés où l'or coulait à flot, mais les conquistadors, en découvrant des civilisations comme les Chibchas ou les Incas, ont découvert de nouvelles cultures possédant une certaine richesse. Hélas, ces peuples ont au fur et à mesure été décimés par les maladies apportées par les européens, si bien qu'il ne reste d'eux que des légendes et des textes.


Constance