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L'Atlantide : un mythe antique toujours inexpliqué

Les géologues affirment qu'environ 90% des fonds marins restent inexplorés. Tous ces espaces inconnus amènent à se poser de nombreuses questions : et si des créatures fantastiques y vivaient ? Et si un trésor y était caché depuis des millénaires ? Et si, quelque part dans cette immensité, se trouvait l'Atlantide, cette cité perdue qui fascine l'être humain depuis des siècles ? Au fil du temps, de nombreux professionnels et archéologues se sont lancés à la poursuite de cette île perdue...


Plus de dix mille ans avant notre ère, Poséidon, le dieu de la mer, se voit attribuer une île située audelà des colonnes d'Hercule, renommées de nos jours le détroit de Gibraltar. Poséidon s'y installe avec Clitô, une jeune mortelle qui lui donnera cinq paires de jumeaux. Lorsque ses garçons grandissent, le dieu des océans leur partage l'île, découpée en dix royaumes équitables qu'ils gouvernent d'une manière très sage. Le plus grand enfant de la fratrie s'appelant Atlas donne son nom à l'île : l’Atlantide, ainsi qu'à l'océan qui l'entoure : l'océan Atlantique. Gouverné par des souverains justes et bons, le peuple des Atlantes connaît un âge d'or au cœur d'une cité idéale. En effet, l'île offre beaucoup de richesses matérielles comme de nombreux métaux allant de l'orichalque, un des métaux les plus rares de l'époque, à l'or. La terre fertile permet de faire pousser de nombreuses graines mais aussi une vaste variété de fruits et de légumes, capables de nourrir tant les animaux que le peuple. La cité d'Atlantide, possédant de puissantes armées et de nombreux bateaux, est considérée comme l'une des plus riches et des plus avancées de son époque. La capitale de son empire abrite un port aux multiples richesses ainsi qu'un temple dédié à Poséidon, où les atlantes sacrifient fréquemment des taureaux en l'honneur du dieu de la mer. La cité, décrite comme circulaire, est entourée de voies navigables formées de roches et de hautes murailles lui permettant de se protéger.


Les années passent et les enfants des jumeaux de Poséidon gouvernent à leur tour l'Atlantide. Ils ne souhaitent plus seulement protéger leur territoire (attirés par les richesses des pays alentours), ils veulent maintenant conquérir d'autres nations. Commence alors une guerre qui durera quelques Carte fictive de l'Atlantide datant de 1678 ©Domaine public années, durant laquelle les armées bien entraînées de l'Atlantide iront coloniser des territoires jusqu'aux limites de l’Égypte et de l'Italie. Seule la grande cité d'Athènes est capable d'arrêter ce peuple en avance sur son temps. Ainsi, les armées de la capitale grecque réussissent à arrêter l'expansion territoriale de la cité et libèrent les peuples rendus esclaves. Afin de punir les gouverneurs de l'Atlantide, Zeus provoque un cataclysme : tremblements de terre et inondations viennent engloutir la cité en un jour et une nuit seulement. Les restes de l'archipel ne seront jamais retrouvés, entretenant le mythe de l'Atlantide.


Ce récit mythique et extraordinaire ne nous est pas inconnu : nombreux sont les dessins-animés et les films de science-fiction reprenant cette légende afin de la faire vivre le plus longtemps possible. Pourtant, ce récit remonte au IVe siècle avant Jésus Christ, lorsqu'en -360, le philosophe Platon publie le Timée, suivi du Critias. Ces textes sont des retranscriptions de dialogues qu'il aurait eu avec Critias, celui-ci racontant que son arrière-grand-père s'était vu livrer une confidence par le gouverneur Solon, confidence que lui-même tenait d'un prêtre égyptien. Ces récits publiés par Platon sont les seules traces de l'existence de l'Atlantide, et une partie de son œuvre a été perdue pendant l'Antiquité, laissant quelques détails inconnus.


Si pour Platon, « il ne s'agit pas d'une fiction, mais d'une histoire véritable et d'un intérêt capital », nombreuses sont les personnes qui considèrent l'Atlantide comme une pure fiction, comme Aristote à son époque. En 1779, Giuseppe Bartoli, antiquaire du roi de Sardaigne, affirme que le récit du philosophe est purement métaphorique : Platon, considérant Athènes comme décadente, voulu donner une leçon à ses habitants à travers ce récit. Le philosophe souhaitait montrer la bonne conduite à tenir et dénoncer l'indiscipline, la querelle, la cupidité de ces peuples. Cette approche fut reprise par Pierre Vidal-Naquet, historien français du XXe siècle. Celui-ci précise que Platon n'était ni un géologue, ni un historien, mais bien un philosophe qui souhaitait définir la société idéale à travers ses textes. Ainsi, il compare l’Atlantide, une cité ouverte sur la mer, violente et corrompue par la richesse et l'expansion territoriale, à Athènes, cité conservatrice. Dans son récit, les dieux font gagner le bien sur le mal, ce dernier représenté par l'Atlantide.


Si pour certains, cette légende n'est qu'une mise en garde écrite pour les peuples grecs, pour d'autres, cette histoire est bien réelle. De nombreux géologues, historiens et géographes partent alors à la poursuite de l'Atlantide, entamant des recherches archéologiques dans le but de prouver son existence. L'hypothèse la plus répandue est l’hypothèse minoenne. Le précepteur de cette théorie est l'archéologue Spyridon Marinatos. Il affirme que la civilisation minoenne, dont les restes ont été découverts sur le site d'Akrotiri situé sur l'île de Santorin, pourrait ressembler à la civilisation atlante. De cette communauté ont été retrouvés des vestiges de bâtiments construits d'une manière extrêmement intelligente et suivant des plans très précis. Cette cité aurait été partiellement détruite lors d'une éruption volcanique vers 1650 avant Jésus Christ. L'explosion d'un volcan situé au centre de l'île de Santorin aurait pu générer d'énormes tsunamis atteignant plus de deux-cents mètres de haut, et cette catastrophe aurait détruit une énorme montagne, laissant le ciel noir plusieurs jours et engloutissant une partie de l'archipel sous les flots. Cependant, cette hypothèse fut réfutée par de nombreux professionnels affirmant que la typographie de Santorin était différente de celle décrite par Platon. De plus, le peuple minoen était une communauté pacifiste contrairement aux atlantes, qui, selon les récits, était un peuple violent.


En 2009, le géologue-préhistorien Jacques Collina-Girard propose de chercher l'Atlantide près du détroit de Gibraltar, puisque c'est ici que Platon situe l’archipel dans son récit. Recherches que le professeur Richard Freund s'empresse de démarrer. À l'aide des nouvelles technologies, il fouille les fonds marins jusqu'à quarante-cinq mètres de profondeur, où il trouve une épave malheureusement trop moderne pour pouvoir appartenir à un peuple antique. D'autres chercheurs s'orientent vers Malte et ses îles. Ils affirment qu'il y a des millénaires, Malte était une terre beaucoup plus vaste, et qu'une partie fut détruite et recouverte par les flots. Or, dans les vestiges archéologiques découverts sur l'île, aucune arme ne fut retrouvée, ce qui réfuta cette hypothèse. Les nombreuses recherches entamées ne donnèrent rien, d'autant plus que, pour Jacques Collina-Girard, l'histoire de l'Atlantide aurait été retranscrite à l'oral avant d'être écrite par Platon. Elle aurait ainsi pu être transformée à de nombreuses reprises, rendant incertain son emplacement.


Face à cette incertitude, plusieurs conférences sont organisées afin de trancher sur l’existence fictive ou réelle de l'Atlantide. En 2005 lors de la conférence de Milos en Grèce, l'historien et archéologue Christos Doumas affirme que celle-ci n'existe pas. Mais d'autres chercheurs émettent des hypothèses quant à son existence. On établit une liste de vingt-quatre critères et détails sur l'Atlantide nécessaires à l'identification d'un site pouvant correspondre aux vestiges de cette cité perdue. Par exemple, on note que « la métropole atlante ne devrait être localisée que là où existait une île et où des parties de cette île peuvent encore exister » ou « les roches en Atlantide étaient de diverses couleurs : noir, blanc, et rouge »


Les recherches pour retrouver l'Atlantide ont repris une nouvelle fois à la fin du XXe siècle, après la découverte d'une ancienne cité perdue. Ainsi, en 1992, l'archéologue français Franck Goddio engage une équipe afin de faire des recherches pour cartographier l'ancien port d'Alexandrie. C'est ainsi qu'à trente mètres de profondeur, dans la mer près d'Alexandrie, à Aboukir, il fait une découverte exceptionnelle. L'archéologue retrouve une cité égyptienne très ancienne datant du VIIIe siècle avant Jésus Christ et submergée par la Méditerranée il y a plus de dix-mille ans : la cité d’Héracléion. Cette ville antique n'étant mentionnée que très rarement dans les textes historiques, apparaissait auparavant comme une légende. Or, lors des fouilles, on retrouve au fond de l'eau de nombreuses pièces d'or athéniennes, des statues en parfait état, des ancres conservées par la mer, et surtout la stèle de Thonis. Ces nombreux objets prouvent l'existence de cette cité, et expliquent sa disparition : Héracléion aurait connu un tremblement de terre provoquant de nombreux glissements de terrain, emportant la cité dans la mer Méditerranée.


La découverte de la cité Héracléion prouve une nouvelle fois que les fonds marins n'ont pas encore livré tous leurs secrets. Même si de nos jours les vestiges de l'Atlantide et son emplacement restent inconnus, laissant penser qu'il s’agit bien d'un mythe inventé par Platon, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude qu'elle n'a jamais existé.


Constance