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L’affaire Rosenheim, ou la théorie de la vilaine petite fille.

À la fin des années 1960, la ville de Rosenheim en Bavière connut une période trouble lorsque des événements pour le moins inquiétants commencèrent à se dérouler dans le cabinet d’avocats de Sigmund Adam.


Maître Adam et ses employés firent état de nombreuses lampes ayant explosé ou se balançant sans qu’aucun courant d’air n’ait pu en être la cause. Des ampoules auraient également disparu. Du mobilier fut déplacé à travers les bureaux, comme une armoire ne pouvant être soulevée que par plusieurs employés à la fois, ou un cadre observé en train de tourner autour du clou le fixant au mur. Tous les téléphones du cabinet se mettaient à sonner en même temps, et ce lors des heures de fermeture des bureaux.


Si ces événements ne portaient somme toute aucun préjudice à la firme ou à ses employés, cela vint très rapidement à changer lorsque le cabinet reçut une facture de téléphone exorbitante. Selon la compagnie d’électricité, en charge des communications téléphoniques à l’époque, des centaines d’appels auraient été passés à l’horloge parlante, un numéro payant, lors des heures de fermeture des bureaux. Ce service reçut le 20 octobre 1967, quarante-six appels en quinze minutes, soit un appel toutes les vingt secondes. Après une inspection approfondie des techniciens de la compagnie d’électricité, il fut déclaré que tous ces événements étaient en réalité dus à des dysfonctionnements du compteur électrique du cabinet ainsi qu’à des surcharges d’énergie dans les câbles souterrains alimentant le bâtiment.


Le parapsychologue reconnu Hans Beder, de l’université de Fribourg, fut appelé sur les lieux afin d’enquêter sur l’affaire. Il fut lui aussi témoin d’événements étranges : des objets accrochés au mur tombant sans raison logique, ainsi que des tiroirs s’ouvrant seuls. Après avoir observé tous les phénomènes décrits par les employés de la firme, ainsi que d’autres n’ayant jamais été remarqués avant, tels que des coups sur les murs aux origines inconnues, et après avoir interrogé individuellement chaque personne travaillant au sein de l’entreprise, il en vint à une conclusion qui fut par la suite largement critiquée. Selon lui, tous ces événements ne pouvant être expliqués par la science, ils ne pouvaient avoir pour unique origine la présence d’Annemarie Schaberl au sein de la firme. La jeune femme de dix-neuf ans aurait psychosomatisé sa frustration face à son poste de secrétaire qu’elle n’appréciait pas ainsi que sa détresse après sa rupture avec son fiancé. D’après le parapsychologue, les événements troublants ne prirent fin qu’après le départ de la jeune femme du cabinet ainsi que son mariage ; cela lui permit donc d’affirmer que la jeune femme avait fait preuve de psychokinésie.


Deux physiciens de l’institut Max-Planck furent également appelés sur les lieux afin de réaliser une batterie de tests scientifiques, et ce pour que le cabinet puisse se prémunir de toute accusation de malveillance. Ils ne trouvèrent aucune explication aux événements se déroulant au sein de la firme.

Si ce cas de poltergeist avait à l’époque fait grand bruit grâce à une couverture médiatique importante, il est aujourd’hui largement critiqué par une communauté de sceptiques. En effet, aucun rapport officiel n’a vu le jour depuis les faits, jetant le doute sur la véracité des événements décrits par Hans Beder. De plus, après examen des relevés scientifiques par le physicien John Taylor, il devint apparent que les instruments de mesure utilisés par les physiciens de l’institut Max-Planck auraient été manipulés afin de faire apparaître des résultats falsifiés. Selon les sceptiques s’étant intéressés à l’affaire, chaque événement étrange pouvait être expliqué par une action humaine, comme la présence de fils invisibles en nylon servant à déplacer les objets, ou d’un bâton caché derrière une armoire comme étant à l’origine des coups entendus dans les murs.


La théorie selon laquelle la jeune secrétaire aurait été la cause de ces dysfonctionnements est également largement décriée aujourd’hui. En effet, le Syndrome de psychokinésie spontanée et récurrente (SPSR), expression inventée en 1914 par l’auteur américain Henry Holt, a depuis été invalidée par plusieurs études scientifiques. Selon de nombreux physiciens, l’existence même d’une source d’énergie assez puissante pour déplacer des objets irait à l’encontre même de lois élémentaires dans le domaine de la physique. De plus, la caractérisation même du SPSR, également appelé la Théorie de la vilaine petite fille, touchant une vaste majorité de jeunes femmes, fait aujourd’hui débat. À une époque où les jeunes femmes, encore libres de par leur célibat et risquant de vouloir s’émanciper à tout moment, représentaient une menace pour l’idée de la cellule familiale traditionnelle déjà mise en danger par la libération sexuelle des années 60, il n’est pas surprenant qu’un tel syndrome ait pu les diaboliser, les encourageant donc à rester dans le droit chemin et ne pas se rebeller sous peine de causer des événements similaires autour d’elles.


Lucile