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L’affaire Daval, la mascarade est terminée

Le vendredi 7 décembre 2018, Jonathann Daval est confronté à sa belle-famille après un revirement exceptionnel dans l’enquête. La rencontre avec Isabelle Fouillot, la mère d’Alexia, est décisive : Il revient sur sa première version et avoue être le meurtrier d’Alexia.


Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous vous proposons de revenir sur cette enquête criminelle, terrible et complexe, qui a ébranlé la France pendant trois ans.



Jonathann et Alexia Daval © 2021 Ladepeche.fr

Nous sommes à Gray-la-Ville, petit village de moins de 1000 habitants, situé en HauteSaone (70).


Le samedi 28 octobre 2017, à 10h15, Jonathann Daval signale la disparition de sa femme, Alexia, aux gendarmes. En effet, elle serait partie faire son jogging à 8 heures, comme tous les matins, mais celle-ci n’est toujours pas rentrée. Ayant pour habitude de courir une quarantaine de minutes, sa disparition est suspecte. Les forces de l’ordre sont alors immédiatement mobilisées et un appel à témoin est lancé.


Malheureusement, vers 15 heures, le jour même, un corps calciné est retrouvé dans un village voisin à Velay.


Le corps est caché sous des feuilles mortes, il est en très mauvais état. L’identification visuelle est impossible, mais il correspondrait à la corpulence d’une jeune adulte. Les enquêteurs et la famille d’Alexia gardent espoir que ce n’est pas elle. Le corps a été retrouvé à plusieurs kilomètres de son parcours habituel de joggeuse.


Mais le verdict tombe très rapidement : Le corps calciné de Velay est bien celui d’Alexia Daval, disparue le samedi matin.


L’autopsie dévoile une violence inouïe à l’égard de la jeune femme. Elle a été frappée à de nombreuses reprises puis étranglée jusqu’à sa mort. La calcination a été effectuée post-mortem. Il n’y a pas de signes de viol.


L’effroi parcourt le village, la France entière est en deuil et organise des marches blanches en hommage à la victime.



Roses blanches déposées devant le commerce des parents d’Alexia, en hommage à leur fille. © 2021 Europe 1 Digital

Qui aurait pu en vouloir à cette jeune banquière de 29 ans, sans histoire et aimée de tous ?


Alexia Daval, originaire de Gray-la-Ville, était une femme sportive, souriante et avec une vie stable, tant sur le plan professionnel que personnel. En effet, mariée depuis deux ans après dix ans de vie commune avec Jonathann, leur couple semblait idyllique.


Jonathann, quant à lui, est également originaire de ce petit village. Âgé de 34 ans, il travaillait en tant qu’informaticien. Il est décrit par ses amis et sa belle-famille comme un homme timide, calme, presque effacé, mais avec une gentillesse sans égale. Tout comme sa femme, il aimait le sport, passion qu’ils avaient en commun. Il était très dévoué aux autres et appréciait rendre service. Il était profondément aimé de sa belle-famille, qui le considérait comme leur fils.


Pendant trois mois, les policiers vont tout mettre en œuvre pour retrouver le coupable, un monstre qui se serait acharné sur Alexia Daval.


Les parents de la victime, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, soutiennent leur gendre. Ils apparaissent tous les trois en public, et implorent que le coupable soit arrêté. Jonathann semble justement très touché par la mort de sa femme. Il pleure à chaudes larmes aux côtés de sa belle-famille, complètement anéanti.



Un témoignage et des preuves accablantes


Trois mois après la mort d’Alexia, Jonathann est placé en garde à vue.


Un des voisins du couple a vu une voiture sortir du domicile conjugal, vers 1 heure et demie, la nuit précédant le meurtre.


De plus, des traces de pneus similaires à ceux de sa voiture sont retrouvées près de la découverte du corps, bois d’Esmoulins.


Jonathann nie toute implication. Sa version ne change pas : le vendredi 27 octobre, le couple a passé la soirée chez les parents d’Alexia pour dîner, puis est rentré tard dans la soirée. Ce qui pourrait expliquer une potentielle erreur de la part du voisin. De plus, le type de pneu est assez répandu.


Pourtant, les policiers doutent. Personne n’a vu la joggeuse le samedi matin.



Serait-elle au moins partie courir ?


Quand il n’était encore qu’un témoin, Jonathann avait rapidement évoqué une dispute qu’ils avaient eu ce soir-là, au sujet du désir d’Alexia de devenir mère. Le couple essayait d’avoir un enfant depuis quelques mois, en vain. La piste d’une dispute conjugale qui tourne mal est alors exploitée.


Les beaux-parents quant à eux, soutiennent leur gendre à 100%. L’imaginer coupable du meurtre de leur fille est impensable.


Pourtant, le GPS de la voiture de Jonathann confirme le témoignage du voisin. Le conducteur était bien l’homme éploré. De plus, le tissu calciné qui recouvrait le corps d’Alexia a été identifié comme appartenant au couple.


Ces preuves mettent Jonathann au pied du mur.



Le 31 janvier 2018, il avoue avoir tué sa femme par accident.


C’est un immense choc pour les proches d’Alexia, qui le soutenaient depuis le début.


Suite aux dires de l’avocat de Jonathann qui évoque la légitime défense, un scandale de « victim blaming » éclate. Alexia est peinte comme une femme violente qui maltraitait son mari, vivait des crises d’hystérie et où Jonathann n’aurait pas eu d’autres options que de la tuer, car il se sentait faible et désarmé face à elle. Nous ne pouvons cautionner ce blâme.


Premièrement, la victime reste Alexia, nous rappelons qu’elle a été sauvagement assassinée.


Deuxièmement, ce portrait ne serait qu’un tissu de mensonges selon les proches d’Alexia, qui en souffrent énormément, comme en témoigne la mère d’Alexia : « Je vois un avocat qui est en train de salir ma fille, là ça faisait deux choses en même temps. Mais je me suis dit, on est où là. Mais je me dis que je perds la tête là. Voilà qu’Alexia mérite ce qu’elle a subi. Ces quinze coups de poing dans la figure qu’elle a eu, de mériter d’avoir été étranglée, elle a eu des ongles retournés. Les crises d’hystérie il n’y a que Jonathann, qui en parle. Elles n’existent pas. Personne ne les a jamais vues. » Isabelle Fouillot (Bfmtv, Daval : la série).


Cette double peine pour les proches d’Alexia est renforcée par un revirement de la part de Jonathann.



Un revirement inattendu


En juillet 2018, il change sa version des faits. Selon, lui, le meurtrier serait son beau-frère, Grégory Gay (mari de la sœur d’Alexia qui s’appelle Stéphanie). Il explique que pendant la soirée du vendredi quand ils étaient réunis chez les parents d’Alexia, Grégory l’aurait étranglé pour la calmer. De ce fait, toute la famille serait au courant. Ce serait un complot des proches d’Alexia, où lui-même en est victime.


Grégory nie évidemment, et les enquêteurs n’ont aucune preuve. La possibilité qu’il y ait eu une deuxième personne pour aider Jonathann est tout de même envisagée, puisqu’il nie avoir brûlé le corps d’Alexia. De plus, l’acharnement et la violence qu’elle a subie nourrissent cette hypothèse.


En septembre 2018, une bombe aérosol est retrouvée au domicile du couple, dont le bouchon manquant aurait été présent près du corps de la victime.


De plus, en novembre, les policiers tombent sur un document Word écrit par Jonathann. Le fichier recense tous les détails de la journée d’Alexia (ce qu’elle a mangé, les vêtements qu’elle portait, ce qu’elle a fait...). À travers ce document troublant, nous pouvons imaginer que le mari s’en servait comme notes pour ne pas oublier ce qu’il allait dire aux forces de l’ordre.


Enfin, des traces de Tramadol (un antalgique opiacé similaire à de la codéine) sont retrouvées en quantité importante dans l’organisme d’Alexia. La possibilité que la victime ait été droguée au moment des faits est engagée. Même si Jonathann Daval nie, le meurtre aurait été prémédité.



Une confrontation décisive


Le vendredi 7 décembre 2018, une confrontation est organisée entre Jonathann et les membres de la belle-famille d’Alexia (les parents, la sœur et son mari).


Au bout de plus de vingt heures et face à la mère d’Alexia, Jonathann craque. Il s’effondre, se jette aux pieds d’Isabelle en disant que c’est lui, qu’il est impardonnable.


Par la suite, une reconstitution des faits est menée, dont l’acte d’étranglement.


Comme le souligne la mère d’Alexia : « C’est long quatre minutes quand on étrangle quelqu’un. Il aurait pu reprendre ses esprits. La volonté de tuer était là. » Isabelle Fouillot (Bfmtv, Daval : la série).


Il avoue aussi avoir brûlé le corps.


Tout le monde est soulagé, la vérité a été rétablie.



Qui est Jonathann ?


L’expertise psychiatrique a permis de lever un bon nombre de doutes.


Jonathann est un manipulateur, un faux-dominé, un homme narcissique. Il s’adapte aux différents interlocuteurs qu’il a en face de lui. Ce caméléon a réussi à jouer la comédie, à faire croire à la France entière qu’il était brisé, alors que le meurtrier était devant nous, depuis le début.


Pour le meurtre de son épouse, Jonathann Daval, 36 ans, est condamné le 20 novembre 2020, à 25 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de la moitié, soit 12 ans et demi.

S’il remplit absolument toutes les conditions nécessaires et accomplit les démarches pour les obtenir, il pourra bénéficier d’une réduction de peine « automatique » et supplémentaire, de 7 ans et neuf mois au maximum.

En aucun cas une fin de peine avant début 2035 est possible pour Jonathann Daval.



« La justice a bien fait son travail, a compris notre douleur et a compris le massacre d’Alexia en même temps ». Jean-Pierre Fouillot (Bfmtv, Daval : la série).


Nos pensées vont à la famille Fouillot. Que l’âme d’Alexia Fouillot repose en paix.


Ève-Marie